Les ultra-riches ont récupéré les pertes dues à la crise de la COVID en un temps record alors que des milliards de personnes vivront en situation de pauvreté pendant au moins 10 ans.

25/01/2021

En neuf mois seulement, les 1 000 personnes les plus riches au monde sont déjà parvenues à compenser les pertes qu’elles avaient subies du fait de la crise causée par la COVID-19. Cependant, il faudra plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour se relever des impacts économiques de la pandémie, selon le nouveau rapport d’Oxfam. Le virus des inégalités est publié le jour de l’ouverture de l’Agenda de Davos, organisé par le Forum économique mondial. 

Le rapport d’Oxfam montre que la COVID-19 pourrait accroître les inégalités économiques simultanément dans la quasi-totalité des pays du monde, une première depuis que ce type de données a commencé à être enregistré, il y a plus d’un siècle. À l’échelle mondiale, il pourrait falloir au moins 14 fois plus de temps à l’humanité pour que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté retrouve le niveau enregistré avant la pandémie qu’il a fallu aux 1 000 milliardaires les plus riches, dont la plupart sont des hommes blancs, pour récupérer la fortune qu’ils avaient perdue.  

À l’échelle mondiale, les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 3 900 milliards de dollars entre le 18 mars et le 31 décembre 2020, plus qu'il n’en faut pour financer la vaccination de la totalité de l’humanité et empêcher que d’autres personnes ne basculent dans la pauvreté des suites de la pandémie. 

Pendant ce temps, les personnes vivant dans la pauvreté continuent de s’appauvrir à cause du coronavirus : entre 200 et 500 millions de personnes supplémentaires pourraient avoir basculé dans la pauvreté en 2020, vivant avec moins de 5,50$ par jour. 

Une nouvelle enquête d’Oxfam menée auprès de 295 économistes dans 79 pays, dont la Belgique, révèle que 87 % des personnes interrogées, dont Jeffrey Sachs, Jayati Ghosh et Gabriel Zucman, s’attendent à ce que les inégalités de revenus dans leur pays s’intensifient ou s’intensifient fortement du fait de la pandémie. 

La pandémie et la récession qu’elle a entraîné - la pire depuis la Grande Dépression - sont survenues à un moment où les inégalités mondiales étaient déjà fortes. Le rapport d'Oxfam montre à quel point les inégalités systémiques, telles que le patriarcat et le racisme structurel, ont amplifié les effets de la pandémie.     

Une fois de plus, les femmes sont les plus durement touchées

Dans le monde, les femmes sont surreprésentées dans les secteurs de l’économie les plus durement touchés par la pandémie, en particulier le secteur de soins de première ligne : elles représentent jusqu’à 70% des agents de santé et d’aide sociale, des emplois essentiels pour lutter contre la pandémie mais depuis longtemps dévalorisés et mal rémunérés. Par ailleurs, au cours du premier mois de la pandémie, les 740 millions de femmes dans le monde qui travaillent dans l’économie informelle ont vu leurs revenus chuter de 60%, sans qu’elles puissent bénéficier d’une quelconque sécurité sociale comme des allocations de chômage. Enfin, les femmes ont endossé la charge du travail de soins à la maison (comme la garde d’enfants non scolarisés et la prise en charge de personnes malades), ce qui a contribué à saper leur santé mentale et a augmenté leur risque de contracter le virus.   Les inégalités raciales tuent 

La pandémie frappe plus durement les personnes noires, les personnes afrodescendantes, les peuples Autochtones et les communautés historiquement marginalisées et opprimées partout dans le monde. Au Brésil, les personnes afrodescendantes sont 40 % plus susceptibles de mourir de la COVID-19 que les personnes blanches. Aux États-Unis, les populations noires et hispaniques auraient déploré près de 22 000 morts de moins si leurs taux de mortalité face à la COVID-19 avaient été les mêmes que ceux des personnes blanches. 

La pandémie a frappé le plus durement les plus pauvres 

Dans le monde entier, les régions les plus pauvres ont connu des taux d'infection et de mortalité plus élevés que les régions économiquement plus prospères. En Belgique, des recherches montrent que le taux de mortalité des hommes âgés de 40 à 65 ans dans les 10 groupes de revenus les plus faibles était jusqu'à 5 fois plus élevé que celui de leurs homologues dans les 10 groupes de revenus les plus hauts. L'une des raisons est que les travailleurs les moins bien payés n'avaient souvent pas la possibilité de télétravailler et étaient davantage exposés au virus. Dans l'UE, seuls 3 % d'entre eux pouvaient travailler à domicile, alors que 74 % des travailleurs les mieux payés le pouvaient. 

Aurore Guieu, responsable de l’équipe « Justice fiscale et Inégalités » chez Oxfam Belgique, a déclaré : « Notre système économique biaisé concentre les richesses entre les mains d’une élite fortunée qui traverse la pandémie dans le plus grand des luxes, alors que les personnes en première ligne de cette crise, à savoir les vendeurs et vendeuses, le personnel soignant et les commerçants peinent à payer leurs factures et à se nourrir. Pendant ce temps, les femmes et les groupes ethniques marginalisés font les frais de cette crise et sont plus susceptibles de se retrouver en situation de pauvreté, de ne pas pouvoir manger à leur faim et d’être exclus de l’accès aux services de santé. » 

Ces inégalités ne sont pas inévitables, d’après le rapport d’Oxfam qui formule des recommandations et salue d’ailleurs les mesures positives prises par certains gouvernements pour atténuer les conséquences de la pandémie.  

 

  1. Une protection sociale universelle dès maintenant : Plus de la moitié de la population mondiale n'avait pas accès à la protection sociale au début de la pandémie. Les mesures d'urgence ont été pour la plupart de courte durée et ont pris la forme de versements uniques qui n'ont pas répondu à tous les besoins et n'ont pas pu contrer les effets à long terme. Bien que leurs mesures d'urgence aient été de courte durée, certains pays comme la Bolivie, les Philippines et la Namibie se sont distingués en parvenant à atteindre 95 % de leur population.

  2. Taxer les plus riches : La fiscalité est la clé qui permet aux pays de mobiliser les ressources dont ils ont tant besoin pour renforcer leurs systèmes de santé et faire face aux conséquences socio-économiques de la crise. Les gouvernements doivent prendre des mesures et adopter des politiques fiscales qui favorisent l'équité et la solidarité. En Argentine, un impôt de solidarité extraordinaire sur les super-riches a été voté, qui pourrait rapporter plus de 3 milliards de dollars d'ici 2021.

  3. Une distribution équitable des vaccins : Un petit groupe de pays a acheté la moitié de l'approvisionnement mondial en vaccins les plus efficaces, alors qu'il ne représente que 14 % de la population mondiale. Les gouvernements du monde devraient exiger le libre accès aux brevets et aux technologies nécessaires afin de garantir un approvisionnement suffisant en vaccins et répondre aux besoins de tous les pays du monde. 

 

« Il est de la plus haute importance que les gouvernements du monde ne répètent pas les erreurs de 2008-2009, où 75 % de la population mondiale avait été frappée par l'austérité, ce qui a alimenté les inégalités. La pandémie montre l'importance de l'investissement public dans la santé et la protection sociale lorsqu'une crise frappe", rappelle Aurore Guieu. » 

« Nous nous situons à un moment charnière de l'histoire. Partout dans le monde, les gouvernements doivent placer la lutte contre les inégalités au cœur de leurs plans de sauvetage et de leur relance économique, et dans le cadre de la solidarité mondiale. Ces mesures ne doivent pas être considérées comme de simples réponses à la crise. Elles doivent être la nouvelle norme, pour des économies au service de toutes et tous, et pas seulement d’une élite privilégiée. » 

  

Notes aux rédactions 

  • Téléchargez Le virus des inégalités et une note méthodologique décrivant comment Oxfam a compilé les statistiques du rapport.
  • Au cours de la semaine du 25 janvier, le Forum économique mondial organise les « Dialogues de Davos », une initiative en ligne dans le cadre de laquelle les principaux/ales dirigeant-e-s du monde partageront leurs points de vue sur l’état du monde en 2021.  

    Les calculs d’Oxfam sont fondés sur les données les plus complètes et les plus actuelles disponibles. Les données sur les personnes les plus fortunées de la société proviennent du classement des milliardaires de 2020 de Forbes.

  • Les données sur la richesse ayant connu de nombreuses variations en 2020, le Credit Suisse Research Institute a repoussé la publication de son rapport annuel sur la richesse de l’humanité au printemps 2021. Par conséquent, contrairement à ce qui a été fait les autres années, nous n’avons pas pu comparer la richesse des milliardaires à celle de la moitié la plus pauvre de l’humanité.  Selon les chiffres avancés par Forbes, les dix personnes les plus riches du monde au 31 décembre 2020 ont vu leur fortune augmenter de 540 milliards de dollars depuis le 18 mars 2020. Les dix hommes les plus riches étaient Jeff Bezos, Elon Musk, Bernard Arnault et sa famille, Bill Gates, Mark Zuckerberg, Larry Ellison, Warren Buffett, Zhong Shanshan, Larry Page et Mukesh Ambani. 

  • Les informations les plus anciennes sur les tendances des inégalités sont basées sur des données fiscales remontant au début du XXe siècle.

  • La Banque mondiale a créé une simulation pour déterminer l’impact potentiel d’une hausse des inégalités touchant en même temps la quasi-totalité des pays sur la pauvreté à l’échelle mondiale. Elle en a conclu que, si les inégalités (mesurées par le coefficient de Gini) augmentaient de 2 points de pourcentage par an et que la croissance du PIB par habitant-e se contractait de 8 %, 501 millions de personnes supplémentaires vivraient encore avec moins de 5,50 $ par jour en 2030 par rapport à un scénario dans lequel les inégalités n’augmenteraient pas. De ce fait, les niveaux de pauvreté à l’échelle mondiale seraient plus élevés en 2030 qu’avant la pandémie, et 3,4 milliards de personnes vivraient encore avec moins de 5,50 $ par jour. Il s’agit là du scénario le plus pessimiste de la Banque mondiale, mais les projections de contraction de l’économie dans la plupart des pays en développement vont dans ce sens. Dans les Perspectives de l’économie mondiale (octobre 2020), le scénario le plus sombre envisagé par le Fonds monétaire international suggère que nous pourrions n’atteindre les niveaux de PIB connus avant la crise que fin 2022. L’OCDE a déclaré que cela entraînerait une augmentation à long terme des inégalités, sauf si des mesures fortes sont prises. 

  • Oxfam a déterminé qu’au moins 112 millions de femmes ne seraient plus exposées au risque de perdre leur emploi ou leurs revenus si le taux de représentation des hommes était le même que celui des femmes dans les postes précaires peu rémunérés qui ont été les plus affectés par la crise de la COVID-19, selon les données d’un document d’orientation politique de l’OIT publié en juillet 2020.

  • En Belgique, un certain nombre d'études ont démontré que les résident.es des quartiers plus défavorisés ont plus de risque d’être infectés par le coronavirus que dans les quartiers les plus riches. Une étude publiée par De Tijd calcule par exemple que les 10 % de quartiers les moins fortunés de Flandre dénombrent plus du double d’infections au coronavirus.

  • Oxfam-en-Belgique et d'autres organisations européennes affiliées à Oxfam sont membres de "Right to Cure", une initiative citoyenne européenne qui demande à la Commission européenne de faire tout son possible pour faire des vaccins et des traitements anti-pandémiques un bien public mondial, librement accessible à tous. Une initiative citoyenne européenne est un moyen de proposer des mesures législatives concrètes à la Commission européenne.

 

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