Philippines : mieux vaut prévenir les catastrophes que les guérir

Pour de nombreux habitant.e.s de la ville philippine de Cotabato, les inondations sont un problème récurrent.
02/11/2020

Pour de nombreux habitant.e.s de la ville philippine de Cotabato, les inondations sont un problème récurrent. La ville est fréquemment inondée par la principale rivière de la province Maguindanao, inondations qui provoquent le déplacement de milliers de personnes et met en péril leurs moyens de subsistance. Un projet innovant soutenu par l’Union européenne tente de changer la donne.

Sahara Nongka, vit dans le village de Tamontaka, à quelques encablures de Cotabato, dans l’extrême sud de l’archipel. Comme chaque année, des pluies torrentielles se sont abattues sur sa région, provoquant d’importantes inondations. Cependant, bien que les pluies aient été bien plus abondantes cette année, la communauté de Tamontaka était mieux préparée à cette catastrophe annoncée, grâce à un projet de protection contre les risques liés aux phénomènes climatiques extrêmes.

Ce qui a changé la donne : Sahara a pu bénéficier de distributions de cash inconditionnel afin de financer les frais de transport qui ont permis de mettre sa famille à l’abri chez ses beaux-parents, loin des zones inondables. Les sommes d’argent dont elle a pu bénéficier lui ont aussi servi à acheter du riz, de la nourriture et des couches pour son bébé, de quoi prolonger son séjour chez eux « sans avoir le sentiment de représenter une charge » pour ses beaux-parents, chose qui aurait pu la dissuader de quitter Tamontaka.

Sahara Nongka, à Tamontaka, à quelques encablures de Cotabato, dans l’extrême sud de l’archipel.

Le projet mis en œuvre par plusieurs ONG dont Oxfam et qui a bénéficié du financement de la DG Protection civile et opérations d'aide humanitaire européennes, allie prévision des risques et soutien financier pour sauver des vies, améliorer la préparation aux catastrophes climatiques en facilitant les transferts d'argent avant l’arrivée de la saison des pluies.

Ce soutien s'est avéré d'autant plus crucial que, cette année-là, les pluies ont été exceptionnellement abondantes en raison du phénomène météorologique La Niña et se sont abattues sur la région en pleine pandémie de coronavirus.

Prévention des inondations

Début octobre 2020, l'agence de prévision des Philippines annonçait de fortes pluies sur la région de Maguindanao. Avec les autorités locales, Oxfam aux côtés d’autres organisations humanitaires partenaires de l'UE ont commencé à surveiller de près les zones de la ville les plus exposées aux inondations. Peu après, le versement préventif de sommes d’argent aux ménages vulnérables dans les zones inondables était déclenché.

Les versements ont été effectués dès le 20 octobre, soit près d’une semaine avant que les inondations ne provoquent le débordement de la rivière avoisinante d'une hauteur de 2 mètres. Lorsque de nombreux quartiers de la ville et villages avoisinants se sont retrouvés sous les eaux, 852 familles réparties dans 5 localités inondables de la municipalité de Cotabato avaient déjà bénéficié de notre soutien.

Samir Diocolano vit de la pêche dans un village non loin de Cotabato, lui aussi établi sur les bords de la rivière Maguindanao. Lorsque la rivière est sortie de son lit et a pénétré dans la plupart des maisons occupées par les villageois.e.s, Samir et des dizaines d’autres personnes ont été empêchées de regagner la mer pendant de longs jours et ont été privés de leur unique moyen de subsistance.

Samir Diocolano vit de la pêche dans un village non loin de Cotabato

Dans son cas, l’aide financière lui a permis de compenser l’arrêt soudain de son activité, de mettre son bateau à l’abri des flots, mais aussi de continuer à aider ses parents ainsi que ses huit frères et sœurs qu’il avait l’habitude de soutenir en temps normal et qui étaient d’autant plus dans le besoin car eux aussi avaient été touchés par les inondations. Ici aussi, le pire a pu être évité.

Ce projet illustre parfaitement le fait que la protection contre les risques de catastrophes naturelles est l’un des investissements les plus rentables en termes de réduction de la pauvreté qu’un pays puisse être amené à réaliser. Car une fois de plus, les personnes qui vivent en situation de pauvreté et qui ne bénéficient pas de systèmes de protection sociale sont les principales victimes des inondations et autres aléas climatiques : ils y perdent la vie ou assistent, impuissants, à la destruction de leurs écoles, de leurs hôpitaux, de leurs habitations et de leurs moyens de subsistance.

Notre impact en quelques chiffres

  • 232 foyers ont bénéficié d’aide financière dans la reconstruction de leurs maisons
  • Nous avons distribué plus de 3000 kits contenant des outils afin de procéder à la réhabilitation de leurs biens
  • Afin de minimiser le risque de maladies hydriques, 4000 kits d’hygiène ont été distribués, nous avons acheminé de l’eau potable, distribué des jerrycans et construit des toilettes.
  • Nous avons distribué des gants et des masques afin de se prémunir du coronavirus.
  • 13.000 personnes ont reçu un versement moyen de 88 €.
  • Nous avons formé plus de 200 personnes à la prise en charge psychosociale pour soutenir les sinistré.e.s.

La réponse humanitaire déployée aux Philippines a bénéficié du finacement de l'Union Européenne (Protection Civile et Opérations d'aide humanitaires européennes).