Pfizer, BioNTech et Moderna réalisent un bénéfice de 1.000 dollars par seconde alors que les pays les plus pauvres sont toujours largement sous-vaccinés

16/11/2021

Un nouveau rapport publié par la People’s Vaccine Alliance, dont Oxfam fait partie, révèle que les entreprises à l'origine de deux des vaccins COVID les plus performants – Pfizer-BioNTech et Moderna - réalisent des bénéfices combinés de 65.000 dollars par minute. Ces chiffres, basés sur les derniers rapports rendus publics par les entreprises pharmaceutiques en question, sont publiés alors que les PDG de l'industrie pharmaceutique se réunissent pour le sommet annuel STAT - l'équivalent d'un "Davos des Big Pharma" - du 16 au 18 novembre à Boston.

2% de la population des pays à faible revenu complètement vaccinée

Ces entreprises ont vendu la majorité des doses qu’elles ont produites aux pays riches, laissant les pays à faible revenu sur le carreau. En effet, Pfizer et BioNTech ont livré moins d'un pour cent de leurs stocks totaux de vaccins aux pays à faible revenu. Et ce taux atteint à peine 0,2% pour Moderna. Pendant ce temps, le fossé continue de se creuser entre le taux de vaccination des pays riches et celui des pays à faible revenu dans lesquels 98 % des habitants n'ont pas été entièrement vaccinés.

Maaza Seyoum, de l'Alliance africaine et de la People's Vaccine Alliance Africa, a déclaré : « Il est inacceptable qu’une poignée d’entreprises fassent des millions de dollars de bénéfices par heure, alors que seulement deux pour cent des habitants des pays à faible revenu ont été entièrement vaccinés contre le coronavirus. Pfizer, BioNTech et Moderna ont utilisé leurs monopoles pour donner la priorité aux contrats les plus rentables avec les gouvernements les plus riches, laissant les pays à faible revenu sur le carreau ».

Les laboratoires vent debout contre la levée des brevets

Bien que bénéficiant d'un financement public de plus de 8 milliards de dollars, les trois entreprises pharmaceutiques ont refusé les appels à un transfert urgent de la technologie et du savoir-faire en matière de vaccins avec des producteurs compétents dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, par l'intermédiaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), une mesure qui pourrait accroître l'offre mondiale, faire baisser les prix et sauver des millions de vies.

Alors qu'Albert Bourla, le PDG de Pfizer, a qualifié l'appel au partage du savoir-faire en matière de vaccins de "dangereux non-sens", la décision de l'OMS d’accorder son homologation d'urgence au vaccin indien Covaxin début novembre démontre que les pays du Sud ont la capacité et l'expertise nécessaires pour créer des vaccins efficaces.

Anna Marriott, responsable santé chez Oxfam International, a déclaré : « Contrairement à ce que dit le PDG de Pfizer, le véritable non-sens est de prétendre que l'expertise nécessaire pour développer et fabriquer des médicaments et des vaccins qui sauvent des vies n'existe pas dans les pays ‘en développement’. Ce n'est qu'une fausse excuse derrière laquelle les entreprises pharmaceutiques se cachent pour protéger leurs bénéfices astronomiques ».

Et d’ajouter : « La faute incombe également aux gouvernements qui permettent à ces sociétés de freiner la vaccination en pleine pandémie alors que tant de personnes dans le monde doivent encore être vaccinées ».

Jackpot pour les Big Pharma

Sur base des états financiers publiés par ces sociétés pharmaceutiques, l'Alliance estime que Pfizer, BioNTech et Moderna réaliseront à elles trois des bénéfices avant impôts de 34 milliards de dollars cette année, soit plus de mille dollars par seconde, 65.000 dollars par minute ou 93,5 millions de dollars par jour. Les monopoles détenus par ces entreprises ont produit cinq nouveaux milliardaires pendant la pandémie, avec une richesse nette combinée de 35,1 milliards de dollars.

La People’s Vaccine Alliance, qui compte 80 membres, dont l'African Alliance, Global Justice Now, Oxfam et l'ONUSIDA, demande aux sociétés pharmaceutiques de suspendre immédiatement les droits de propriété intellectuelle sur les vaccins, tests et traitements liés à la COVID en acceptant la proposition visant à établir une dérogation temporaire à certaines obligations de l’Accord sur les ADPIC de l’OMC pour faire face à la COVID-19.

Ils demandent également aux gouvernements, y compris les États-Unis, d'utiliser tous leurs leviers juridiques et politiques pour exiger que les sociétés pharmaceutiques partagent le savoir-faire et la technologie liés à la COVID-19 avec le groupement d'accès aux technologies contre la COVID 19 de l'OMS (C-TAP) et le centre de transfert technologique de l'ARNm en Afrique du Sud.

Plus de 100 nations, dirigées par l'Afrique du Sud et l'Inde - avec le soutien des États-Unis - ont demandé une dérogation à l'accord sur les ADPIC, qui bénéficie également du soutien de plus de 100 leaders mondiaux et de lauréats et lauréates du prix Nobel.

Malgré cela, certaines nations riches, dont le Royaume-Uni et l'Allemagne, continuent de bloquer la proposition, faisant passer les intérêts des sociétés pharmaceutiques avant le bien commun. Cette question devrait dominer le sommet ministériel de l'Organisation mondiale du commerce qui se tiendra à Genève du 30 novembre au 3 décembre.

Notes aux rédactions

  • Un rapport de la People’s Vaccine Alliance datant du 21 octobre a révélé que Moderna n'a fourni que 0,2 % de son approvisionnement total en vaccins aux pays à faible revenu, un taux qui n’excède pas 1% pour Pfizer/BioNTech.
  • Dans son rapport financier du troisième trimestre, Pfizer prévoit 36 milliards de dollars de recettes pour les vaccins en 2021. La marge brute de ces revenus est partagée à 50/50 avec BioNTech. Pfizer prévoit que son revenu avant impôt (après avoir partagé le bénéfice avec BioNTech) sera de l'ordre de 20 % en pourcentage des revenus. Une marge prudente de 25 % porterait le bénéfice avant impôt de Pfizer à 9 milliards de dollars en 2021 grâce au vaccin Covid de Comirnaty.
  • Dans sa déclaration financière du troisième trimestre, BioNTech prévoit des recettes de 16 à 17 milliards d'euros pour les vaccins en 2021. Au cours de ces 9 mois, la société a réalisé un bénéfice avant impôts de 10,3 milliards d'euros sur un chiffre d'affaires de 13,4 milliards d'euros, soit une marge bénéficiaire de 77 %. En utilisant une prévision prudente de 16 milliards d'euros de revenus pour l'ensemble de l'année, nous estimons donc qu'avec une marge bénéficiaire de 77 %, BioNTech réalisera 12,3 milliards d'euros de bénéfices avant impôts en 2021 - ou 14,7 milliards de dollars en utilisant le taux de change moyen de 2021.
  • Le bénéfice avant impôt de Moderna pour les 9 premiers mois de l’année est de 7,8 milliards de dollars sur un chiffre d'affaires de 11,2 milliards de dollars, soit une marge bénéficiaire avant impôt de 70 %. La société prévoit que le chiffre d'affaires de l'année 2021 se situera "entre 15 et 18 milliards de dollars".  Si l'on prend l'extrémité inférieure de l'estimation, 70 % de 15 milliards de dollars représentent 10,5 milliards de dollars de bénéfices pour 2021. Le vaccin est le seul produit commercial de Moderna.
  • Nous estimons donc que le bénéfice combiné avant impôts de Moderna, Pfizer et BioNTech pour 2021 est de 34 milliards de dollars. Il y a 525.600 minutes dans une année, ce qui donne un bénéfice avant impôts de 64 961 $ par minute ou 1083 $ par seconde. Le calcul se fait sur le bénéfice avant impôt, plutôt que le bénéfice net, car Pfizer ne communique que les indications relatives à la marge bénéficiaire avant impôt.
  • Aurore Guieu, responsable de l'équipe justice fiscale et inégalités chez Oxfam Belgique est disponible pour toute question.

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