Neutralité carbone : planter des arbres ne suffira pas

03/08/2021
Dans son nouveau rapport intitulé « Pas si net », Oxfam dénonce les engagements de nombreux pays et entreprises à la neutralité carbone d’ici à 2050. Des engagements à la fois irréalistes, peu fiables et souvent sans fondements.  
 
De plus en plus de pays et d’entreprises font miroiter la neutralité carbone à l’horizon 2050 en absorbant autant de CO2 qu’ils en émettent. Une idée séduisante sur papier mais c’est avant tout une réduction drastique des émissions qui permettra de limiter le réchauffement climatique et de lutter contre les injustices.  

1,6 milliard d’hectares de forêts pour compenser les émissions de CO2 ? 

 
Pour compenser les émissions de CO2 et arriver à la neutralité carbone, il existe différentes techniques dont l’impact réel est parfois incertain. Beaucoup de ces techniques impliquent d’utiliser des terres, soit pour y planter des arbres, qui gardent le carbone et rejette de l’oxygène, soit pour adapter les surfaces agricoles afin qu’elles absorbent plus de CO2. Or, les terres ne sont pas infinies, elles appartiennent souvent à des communautés qui en vivent et elles permettent de produire de la nourriture. 
 
La Belgique, qui fait partie des pays avec la plus grande empreinte carbone par personne, ne pourrait jamais compenser ses émissions en faisant pousser des arbres sur son territoire. C’est la même chose pour de très nombreux pays, sans parler des entreprises, qui vont vouloir acheter des terres un peu partout dans le monde pour pouvoir continuer à polluer. Pour y arriver, il faudrait 1,6 milliard d’hectares de forêts supplémentaires, soit plus que l’ensemble des terres agricoles de la planète. 
 

Augmentation de 80% des prix de la nourriture ! 

 
La reforestation implique de récupérer des terres agricoles. Moins de terres agricoles, c’est moins de nourriture. Moins de nourriture, ça veut dire explosion des prix. Surtout si l’accaparement des terres se fait dans les proportions décrites ci-dessus. Cela mènerait à une augmentation de 80% des prix alimentaires. Une catastrophe humanitaire alors que la faim gagne à nouveau du terrain dans le monde depuis la pandémie. A côté de cela, ce sont des communautés entières qui risquent d’être déracinées via des expulsions le plus souvent violentes. 

Emissions de CO2 : avant que la baignoire ne déborde  

 
Pour bien comprendre le principe des émissions de CO2, il faut savoir qu’elles s’accumulent au fil du temps. Un peu comme si on remplissait une baignoire avec un bouchon fermé. Si on fait couler un peu d’eau, l’eau reste dans la baignoire et si on en rajoute, le niveau augmente. Et à un moment la baignoire déborde si on continue à la remplir. Dans le cas du climat et du CO2, plus la quantité de CO2 augmente dans l’atmosphère, plus le réchauffement va être important. Sur les 25 dernières années, on a émis autant de CO2 que durant le siècle précédent et on a déjà rempli deux tiers de la baignoire. Si on continue au même rythme, en 2030, la baignoire va déborder et on aura dépassé la barre des 1,5°C de réchauffement.  

CO2 : viser le 0 absolu 
 

Près de 400 multinationales, les Etats-Unis, la Chine ou encore l’Union européenne ont déjà annoncé qu’ielles allaient s’engager sur la voie de la neutralité carbone d’ici à 2050. Mais la compensation doit venir dans un second temps. La priorité absolue, c’est de viser le zéro absolu. D’arrêter quasiment toutes les émissions de gaz à effet de serre. Car compenser est non seulement injuste mais prend du temps. Un temps que l’on n’a pas si on veut éviter que la baignoire ne déborde. 
 
En fait pour limiter le réchauffement climatique sous les 1,5°C, il faudrait une diminution globale au niveau mondial de 45% des émissions de CO2 d’ici à 2030. Les objectifs actuels permettront de diminuer de 1%...  Autant dire que viser la neutralité en 2050, c’est beaucoup trop tard. 
 
Agissez avec nous, en exigeant que la Belgique fasse partie de la solution et plus du problème face à la crise climatique. Lors de la prochaine Conférence de l’Onu sur le Climat, exigez que nos responsables politiques fassent partie des moteurs du changement.