Le défi au Mozambique

La réalité du Mozambique est à deux visages : du point de vue macro-économique, le pays se montre très performant, mais dans le même temps, il ne parvient pas à traduire ce succès par une réduction de la pauvreté et un développement durable de sa société.

Richesses et pauvreté

76 % de la population active du Mozambique, vit de l’agriculture familiale et travaille 97 % des terres cultivées. Même si la diversification augmente les rendements sont insuffisants, obligeant le Mozambique à continuer à importer des biens alimentaires. Les revenus des petits paysans sont très fragiles car leurs rendements sont limités et irréguliers. Plus de 10 millions de Mozambicains vivent dans l’extrême pauvreté et l’insécurité alimentaire. Ce sont surtout les femmes et les groupes fragilisés qui connaissent les plus grandes difficultés.

En parallèle, une partie de la population mène des affaires prospères, surtout dans le commerce et l’exploitation minière. Les investisseurs étrangers sont attirés par les réserves de gaz et de pétrole encore non exploitées. Les revenus financiers de l’extraction du titane augmentent sans cesse. Mais ils ne bénéficient pas directement à la plus grande partie de la population. Les grands projets d’investissement menacent l’emploi dans les campagnes. Et l’utilisation de matières premières par le secteur privé affecte les revenus et l’environnement. De plus, des acteurs économiques puissants tels que les sociétés privées et une série de pays, dont l’Afrique du Sud, le Brésil et la Chine, ont tendance à exercer une influence sur la politique des pays avec lesquels ils collaborent. Ils « s’approprient » les terrains qu’ils utilisent par le biais d’accords. Et les paysans qui vivent de ces terres sont chaque fois « oubliés ».

Les petits paysans ne sont pas bien organisés pour se défendre contre les menaces externes et réclamer leur part du gâteau de la croissance. Il est dès lors très important que les organisations paysannes soient entendus et renforcées afin d’apprendre les unes des autres, mais aussi pour pouvoir exercer une influence sur la politique.

Les causes de la pauvreté

  • Une protection sociale défaillante : sans aide extérieure, l’État ne parvient pas à offrir un enseignement et des soins de santé de qualité à la majorité de la population. Sans de véritables chances de développement et un minimum de dispositions assurant la protection juridique nécessaire, de nombreuses personnes s’enfoncent de plus en plus dans la pauvreté.
  • Une agriculture qui rapporte peu : les petits paysans ne disposent pas d’informations suffisantes pour accéder aisément au marché local et aux bons moyens de production. Ils ne parviennent pas à faire valoir leurs droits.
  • Un manque de participation : dans les villes, la pauvreté est surtout due au chômage et à l’absence de potentiels économiques. La population ne peut pas elle-même investir pour s’en sortir et n’a pas d’influence sur la politique pour faire valoir ses intérêts.
  • L’exclusion sociale : les groupes plus fragiles comme les femmes, les jeunes filles, les personnes âgées ou handicapées et les malades du HIV/sida sont systématiquement exclus et discriminés. Leur accès à la sécurité sociale est limité et ils ne parviennent pas à faire valoir leurs droits.

La loi du plus fort

Au Mozambique, la violence faite aux femmes est punissable, mais les organisations qui s’occupent d’accueillir et de conseiller les victimes sont insuffisamment informées et structurées. De même, des professionnels comme les avocats, policiers, psychologues, par exemple, n’ont pas encore intégré ce principe dans leur pratique quotidienne. La constitution protège les femmes contre la discrimination, et leurs droits sont régis par la loi, mais dans la pratique, elles ne peuvent pas s’en prévaloir. La violence faite aux femmes est largement répandue et dans les campagnes, les femmes ont peu de possibilités d’émancipation.

Accès aux prestations sociales, toujours une priorité ?

Dans le domaine de l’accès aux prestations sociales de base, des avancées dans la bonne direction ont été accomplies, notamment en matière de soins de santé et d’éducation. Il reste cependant plus que jamais nécessaire de garder à l’œil la politique des autorités et l’utilisation de l’argent public. En l’État parait concentrer ses efforts sur les sources d’énergie récemment découvertes (pétrole offshore, par exemple) et montrer moins d’intérêt pour leur politique sociale. Et les plateformes traditionnelles d’organisations qui surveillent par exemple l’évolution de la dette commencent elles aussi à perdre leur enthousiasme.