La Covid-19 a couté au moins 800 milliards de dollars en perte de revenus en un an aux femmes du monde entier

29/04/2021

Oxfam révèle aujourd’hui que la crise due à la pandémie de COVID-19 a entraîné pour les femmes du monde entier une perte de revenus d’au moins 800 milliards de dollars en 2020, soit plus que le PIB combiné de 98 pays.

Au niveau mondial, les femmes ont perdu plus de 64 millions d’emplois l'année dernière, soit une perte de 5 %, contre 3,9 % pour les hommes.

Selon Eva Smets, directrice générale d’Oxfam Belgique, « les répercussions économiques de la pandémie de COVID-19 touchent plus durement les femmes, qui sont surreprésentées dans les secteurs où prédominent les bas salaires, les emplois précaires et les faibles avantages sociaux. Au lieu de redresser la situation, les gouvernements ont considéré qu’ils pouvaient se passer des emplois féminisés, ce qui a entraîné une perte globale de salaires estimée à au moins 800 milliards de dollars pour les travailleuses du secteur formel ».

« Il s’agit là d’une estimation très prudente, qui n'inclut même pas les salaires perdus par les millions de femmes qui évoluent dans le marché informel – des travailleuses domestiques aux commerçantes sur les marchés – qui ont été renvoyées chez elles ou dont les heures de travail et les revenus ont été considérablement réduits. La COVID-19 a porté un coup dur aux progrès accomplis récemment en faveur des femmes sur le marché du travail. »

Tandis que les femmes sont les grandes perdantes de cette crise, des sociétés multinationales comme Amazon ont su tirer leur épingle du jeu. Amazon a en effet gagné 700 milliards de dollars de capitalisation boursière en 2020. Les 800 milliards de dollars de revenus perdus par les femmes dans le monde dépassent également les 721,5 milliards dépensés par le gouvernement américain en 2020 pour son budget défense, le plus important du monde.

Emploi « féminin » : une précarité de longue durée

Au niveau mondial, les femmes sont surreprésentées dans les secteurs précaires et faiblement rémunérés, tels que le commerce de détail, le tourisme et la restauration, qui ont été les plus durement touchés par la pandémie. En Asie du Sud, en Afrique subsaharienne et en Amérique latine, la majorité des femmes travaillent dans le secteur informel. À l’échelle mondiale, les femmes constituent par ailleurs environ 70 % de la main-d’œuvre du secteur de la santé et du secteur social, où elles exercent des professions essentielles mais souvent faiblement rémunérées, qui les rendent plus vulnérables à une infection au coronavirus.

Qui assume le travail de soins ?

Dans le monde entier, les femmes ont été plus susceptibles que les hommes de perdre leur emploi ou de voir leurs heures de travail réduites pendant la pandémie, en grande partie à cause de leurs responsabilités familiales. Avant même que le virus ne frappe, des femmes et des filles assumaient chaque jour l’équivalent de 12,5 milliards d'heures de travail de soin non rémunéré, un travail dont la valeur serait d’au moins 10 800 milliards de dollars chaque année, soit plus de trois fois la valeur du secteur des technologies à l’échelle mondiale

Inégalités femmes-hommes en Belgique

56% du travail effectué par les femmes belges n'est pas rémunéré, qu’il s’agisse de s’occuper des enfants, des personnes malades ou du ménage. Pour les hommes, ce pourcentage du temps de travail non rémunéré est de 36 %. Au total, les femmes consacrent en moyenne une heure et demie de plus que les hommes aux tâches de soins. D'autre part, les hommes travaillent également environ une heure et demie de plus que les femmes. Les hommes et les femmes travaillent donc le même nombre d'heures par jour, mais les femmes sont payées une heure et demie de moins - parce qu'elles effectuent davantage de tâches de soins.

« Pour les femmes de tous les pays et de tous les continents, la perte de revenus est allée de pair avec un accroissement considérable du travail de soins non rémunéré. Alors que les besoins en soins se sont énormément accrus au fil de la pandémie, les femmes – qui sont les véritables ‘amortisseurs’ de nos sociétés – se sont impliquées pour combler le vide. Cela répond à une attente bien souvent imposée par des normes sociales sexistes », selon Eva Smets.

Des inégalités mondiales qui se creusent

Les effets de ces importantes mutations se feront sentir de manière inégale dans les années à venir. On s'attend à ce que 47 millions de femmes dans le monde tombent dans l'extrême pauvreté, vivant avec moins de 1,90 dollar par jour en 2021. Aux États-Unis, l’insécurité alimentaire touche une femme de couleur sur six à cause de la pandémie. Selon les données du Forum économique mondial, il faudra désormais attendre une génération de plus pour connaitre l’égalité entre les femmes et les hommes : cela demandera 135,6 ans au rythme actuel au lieu de 99,5 ans auparavant, en raison des reculs en matière d’égalité de 2020.

Bien que certains gouvernements aient pris des mesures encourageantes pour améliorer la situation des femmes sur le plan économique et social, comme les 39 milliards de dollars que l'administration Biden a promis d’investir dans le secteur de la garde d'enfants et la nouvelle loi adoptée en Argentine visant à offrir un horaire de travail flexible aux personnes qui ont des enfants ou des personnes handicapées à leur charge, ces mesures restent nettement insuffisantes. Seuls 11 pays ont mis en place des horaires de travail réduits ou plus souples pour les salarié.es qui ont des responsabilités familiales, tandis que 36 pays ont renforcé les congés familiaux et les congés maladie rémunérés pour les parents et les soignant.es.

D’après Eva Smets, « alors que nous passons progressivement des mesures d'urgence à une reprise sur le long terme, les États du monde entier doivent saisir cette opportunité pour construire des économies plus égalitaires et plus inclusives pour tou.tes leurs citoyen.nes. Ils doivent investir dans une relance économique en faveur de l’égalité de genre, donnant la priorité aux services publics, à la protection sociale et à la justice fiscale, et garantissant à chaque personne, où qu’elle se trouve, l'accès à un vaccin gratuit ».

« Pour être juste et durable, la reprise économique doit soutenir l'emploi des femmes et le travail de soins non rémunéré, par le biais de filets de sécurité sociale solides et d’infrastructures de soins résilientes. Pour que les pays puissent se remettre de la pandémie de COVID-19, les femmes doivent d’abord pouvoir se relever. »

Notes aux rédactions

  • L’estimation de la perte totale de revenu des femmes a été calculée à partir de l'évolution du nombre de femmes en activité en 2020 par rapport à 2019, telle que recensé par l'indicateur suivant de l'Organisation internationale du travail (OIT) : Emploi par sexe et âge – Estimations modélisées du BIT, novembre 2020 (en milliers) – Annuel.
  • Pour calculer la valeur de la perte de revenus, Oxfam a d'abord estimé le revenu moyen des femmes dans le monde, puis a multiplié ce chiffre par le nombre de femmes en activité en 2019 et en 2020. Le chiffre du revenu moyen est issu de l'indicateur suivant de l'Organisation internationale du travail : Gains nominaux mensuels moyens des salariés par sexe et activité économique pour l'année 2019.
  • Les données de l'OIT sur les revenus mensuels comprennent cinquante pays représentant toutes les régions du monde. Les moyennes mensuelles sont multipliées par douze pour obtenir la valeur estimée du revenu annuel. Nous partons du principe que le revenu annuel moyen des femmes est resté constant entre 2019 et 2020 (2019 étant la dernière année pour laquelle des données sont disponibles).
  • Ce calcul est donc une estimation, sensible aux limites des données disponibles. Par exemple, le fait de se fonder sur le revenu moyen des femmes au niveau mondial ne fait pas justice à l'ampleur des inégalités économiques entre les femmes. En outre, en ce qui concerne les données relatives à l'emploi par sexe, l'OIT publie la mise en garde suivante : les observations imputées ne sont pas basées sur des données nationales, sont sujettes à une grande incertitude et ne doivent pas être utilisées pour effectuer des classements ou des comparaisons entre pays.

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