Chocs climatiques aux Philippines : éviter le pire et se préparer à l’inévitable

Philippines : mieux vaut prévenir les catastrophes que les guérir
03/05/2021

Pour les 200.000 habitant.e.s de la ville philippine de Marawi, les inondations sont un problème récurrent. Elles provoquent fréquemment le déplacement de milliers de personnes et mettent en péril leurs moyens de subsistance. Un projet innovant soutenu par l’Union européenne tente de changer la donne.

Palawan Gulam, 48 ans, travaille pour la mairie du district de Boganga dans la ville de Marawi et fait partie de l’équipe qui coordonne le projet SUPPA-BARMM (Strengthening Urban Preparedness through Pre-emptive Action in Bangsamoro Autonomous Region in Muslim Mindanao), déployé par trois ONG dont Oxfam et soutenu par les opérations européennes de protection civile et d'aide humanitaire (ECHO).

Comme tant d’autres habitant.e.s de la ville, Palawan cumule plusieurs occupations. Les jours où il n'est pas appelé à la mairie, il sort en mer pour s’adonner à la pêche ou travaille en tant qu’ouvrier saisonnier sur un chantier de construction. Ces activités complémentaires lui permettent de subvenir aux besoins de ses sept enfants, âgés de trois à quatorze ans.

Réduction des risques et préparation aux catastrophes

Grâce au projet SUPPA-BARMM, de nombreuses formations sur la préparation aux catastrophes ont pu être dispensées dans le district de Boganga. Pour Palawan, cela a considérablement changé la façon dont la mairie gère les catastrophes de cette zone en bordure de lac, particulièrement exposée.

Avec très peu de structures de prévention en place, les communautés Maranao historiquement très présentes autour du lac, s'appuyaient essentiellement sur un système de solidarité ancré dans la société, appelé le « kapamagogopa », signifiant littéralement « aide ». Cette coutume consiste à aider ceux qui sont dans le besoin, conformément aux préceptes fondamentaux de la religion musulmane. Pour les Maranaos, chacun a le devoir de veiller les uns sur les autres et de s'assurer que personne n'est laissé pour compte. Et ce mécanisme s’est avéré très utile en temps de crise comme en 2017 lors de la bataille de Marawi qui a opposé pendant cinq mois les forces armées philippines aux djihadistes de l'État islamique pour le contrôle de la ville, ce qui en a fait le plus long affrontement urbain de l'histoire des Philippines. La solidarité intercommunautaire est également toujours de mise lorsque les habitant.e.s de la région font face aux inondations.

 

Palawan reconnaît volontiers que les capacités de gestion de crises des Philippines se sont développées ces dernières années. Lorsque les pluies durent plus longtemps que d'habitude, les autorités réunissent les fonctionnaires du district pour surveiller les conditions météorologiques et s'assurer que les habitants de Boganga sont en sécurité en effectuant des patrouilles et en prévenant la population à l’aide de systèmes d’alerte radio.  

« Il faut aussi que les autorités investissent dans des mesures préventives qui améliorent la préparation des communautés », tempère tout de même Palawan. Et les zones d'amélioration sont encore nombreuses à l'heure actuelle. Oxfam, HI et le People's Disaster Risk Reduction Network ont amélioré les capacités des autorités  et des acteurs humanitaires locaux à l'aide de systèmes d’alerte précoce et de plateformes financières numériques permettant des transferts d’argent aux communautés. Palawan s'est chargé de répertorier toutes ces activités de capacity building dans un Plan de réduction et de gestion des risques de catastrophe de Marawi. Des mesures de prévention qui viendront compléter les systèmes de solidarité des Maranaos, centrés sur l'entraide.

SUPPA-BARMM est un projet conjoint d'Initiatives for Dialogue and Empowerment through Alternative Legal Services, Inc. (IDEALS), PDRRN, Humanity & Inclusion et Oxfam, financé par la protection civile et l'aide humanitaire de l'Union européenne. Le projet vise à améliorer la préparation aux catastrophes et à réduire la vulnérabilité des communautés à haut risque dans les villes de Cotabato et Marawi.

Notre impact en quelques chiffres

  • Des formations à la réduction des risques de catastrophe et à l'atténuation de leurs effets ont été dispensées à un total de 6.680 participants et participantes au projet dans les villes de Cotabato et de Marawi.
  • Près de 10.700 personnes ont bénéficié d’un ou de plusieurs transferts monétaires « pré-catastrophe ».
  • Au total, 40.000 personnes ont bénéficié du programme.

La réponse humanitaire déployée aux Philippines a bénéficié du finacement de l'Union Européenne (Protection Civile et Opérations d'aide humanitaires européennes).