"Vous êtes servis" : à l’intérieur d’un centre de recrutement indonésien

Ce 4 août, au cinéma Arenberg à Bruxelles, ne manquez pas « Vous êtes servis », un documentaire du Belgo-Portugais Jorge León sur la problématique des travailleuses migrantes. De quoi mettre la campagne travail décent d’Oxfam-Solidarité en images !
Chaque mois, 35.000 Indonésiennes partent au Moyen-Orient pour y proposer leurs services de bonne aux riches familles de pays comme les Emirats Arabes Unis (EAU). Elles ont d’abord suivi une formation de plusieurs mois dans l’un des près de 500 centres de recrutement situé dans la capitale Jakarta. Dans certains de ces centres, jusqu’à 1.000 femmes attendent ainsi d’être mises au travail. Comment en sont-elles arrivées là ?
Les recruteurs promettent le paradis...
Il ne fait pas toujours bon vivre dans les campagnes indonésiennes. Pauvres, peu éduquées et plutôt naïves, les jeunes filles y constituent la cible idéale des recruteurs venus de Jakarta ou d’autres grandes villes à la recherche de main-d’œuvre docile et malléable. Ce sont en effet des ’qualités’ indispensables pour le métier de bonne que comptent leur enseigner les centres de recrutement. La formation est à la charge des ’étudiantes’, mais à la clé, il y a la certitude d’un emploi à l’étranger, très bien payé aux standards indonésiens. Bref, le paradis. C’est avec ce discours que des dizaines de milliers de jeunes femmes se laissent facilement embarquer.
Arrivées à Jakarta, c’est déjà le retour sur terre pour nombre d’entre elles. La vie dans les centres de recrutement n’est pas des plus aisées. Entassées par dizaines dans des chambres exigües – le centre où a filmé Jorge León se situe parmi les plus convenables – elles apprennent à devenir des servantes discrètes et efficaces lors d’une formation qui peut s’avérer parfois très dure, voire humiliante.
De l’utilisation d’un micro-ondes aux rituels de politesse à respecter lorsqu’on accueille des invités ou au vocabulaire de base à maîtriser pour pouvoir exercer correctement sa fonction à l’étranger, voici les apprenties bonnes prêtes à prendre leur envol. Du moins, pour les chanceuses. Car nombre de ces filles attendront des semaines ou des mois avant que le job promis et tant espéré ne se matérialise. Pendant tout ce temps, elles continuent à payer le logement au centre...
... la réalité tient plus de l’enfer
Jorge León a choisi de ne pas poursuivre le film jusqu’au sein des familles d’employeurs. Au lieu de cela, le documentaire est parsemé de la lecture d’extraits de lettres envoyées par les exilées à leurs familles. Des lettres poignantes, qui montrent de manière éloquente l’envers du paradis promis par les recruteurs. Horaires interminables, caprices des employeurs, humiliations, charges de travail ingérables,... Ce sont des femmes épuisées et désespérées qui écrivent à leurs familles.
Deux choses les font tenir : d’une part, le devoir de soutenir la famille et la volonté d’offrir à leurs enfants des perspectives meilleures. D’autre part, l’honneur qui est en jeu : l’échec est très mal perçu, alors pas question d’écourter son contrat et de revenir la queue entre les jambes.
Dans tous les cas, la plupart des jeunes bonnes indonésiennes espère cumuler un ou deux contrats au maximum, et pouvoir vivre ensuite de manière plus confortable avec le ’pactole’ rassemblé. Là aussi, la réalité les rappelle souvent à l’ordre. Outre le coût de la formation à rembourser, certaines ne retrouvent plus grand-chose en rentrant au bercail. Une des jeunes femmes qui témoigne dans le documentaire de León s’apprête ainsi à repartir, parce que ses salaires précédents ont été liquidés par son mari... et pas pour l’éducation des enfants.
Quels droits pour les travailleurs migrants ?
Pas évident de revendiquer ses droits en tant que travailleur migrant. Les abus sont nombreux, en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient. La législation indonésienne est lacunaire en la matière, et les gouvernements des pays hôtes refusent de leur accorder toute protection.
En outre, dans certains pays du Moyen-Orient, les travailleuses migrantes ne peuvent sortir de chez elles sans escorte masculine. Impossible de s’organiser dans ces conditions.
En Indonésie même, les syndicats ont déjà les mains pleines avec les problèmes au sein des entreprises sur le territoire indonésien ; ils manquent de temps et d’énergie pour s’occuper de ceux des Indonésiens à l’étranger. C’est pourquoi depuis plusieurs années, des dizaines d’ONG sont actives dans la défense des droits des travailleurs migrants. Elles travaillent en collaboration avec des communautés de familles de migrants et d’anciens migrants. Mais ces groupes ne sont pas pris très au sérieux par l’Etat indonésien.
La mise sur pied du syndicat SBMI n’a pas connu davantage de succès. C’était la première réelle tentative d’ériger un syndicat pour les travailleurs migrants. Mais recruter des membres auprès de travailleurs résidant à l’étranger n’est pas une mince affaire. SBMI cherche donc de nouveaux mécanismes pour mieux représenter ces travailleurs.
Le phénomène des travailleurs et travailleuses migrants ne se limite pas à l’Indonésie. Il existe partout et depuis tous temps. Migrations des campagnes aux villes, vers les pays voisins, ou même vers un autre continent... Oxfam-Solidarité en a souvent dénoncé les dérives depuis le début de sa campagne « STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils », avec une attention particulière pour l’Asie du Sud-Est. Plusieurs de nos organisations partenaires travaillent d’ailleurs autour de ce sujet, dont Legal Aid Center au Vietnam, et nos partenaires cambodgiens.
C’est pour eux, et pour les droits des travailleurs en général, qu’Oxfam-Solidarité mène sa campagne pour un travail décent. Soutenez-la !
Et pour mieux vous frotter à la réalité des centres de recrutement de bonnes à Jakarta, ne manquez pas la projection du documentaire « Vous êtes servis » :
Quoi ? « Vous êtes servis », par Jorge León (projection en présence du réalisateur)
Quand ? Le mercredi 4 août à 19h
Où ? Cinéma Arenberg, Galerie de la Reine 26, 1000 Bruxelles - 02 512 80 63
Plus d’infos sur la campagne travail décent : www.oxfamsol.be/travail


FR |
Facebook
Twitter
YouTube
Flickr
Newsletter
