Tsunami

1er avril 2005

Visite sur le terrain au Sri Lanka et en Indonésie

Kristien Vliegen, gestionnaire de projet de la cellule d’aide urgente d’Oxfam-Solidarité est partie début février 2005 pour deux semaines de visite sur le terrain au Sri Lanka et en Indonésie. L’objectif était de collaborer avec nos partenaires locaux et d’observer le travail qu’Oxfam a réalisé concrètement depuis le tsunami.

“L’ampleur des dégâts est indescriptible. Des centaines de milliers de personnes ont tout perdu : leur maison, leur travail et des membres de leur famille. Des milliers de gens sont réfugiés dans les centres d’accueil et survivent avec ce qu’on leur donne. Les vies perdues ne pourront jamais être remplacées mais par contre il faut aider les survivants au plus vite. Il faut reconstruire les infrastructures telles que les routes, les hôpitaux, les écoles, les installations qui assurent l’approvisionnement en eau et électricité. Les gens doivent aussi trouver des moyens de subsistance.”

Globalement, que fait Oxfam dans la zone sinistrée ?

Oxfam a lancé des programmes d’aide importants au Sri Lanka, en Indonésie et en Inde et dans une moindre mesure en Birmanie, en Thaïlande, en Somalie et aux Maldives. Les activités principales sont les suivantes : approvisionnement en eau potable, installation de toilettes et distribution de produits de première nécessité comme des marmites, des moustiquaires, des bougies et des kits d’hygiène dans les camps. Avec l’aide des communautés sinistrées, Oxfam relance la pêche, l’agriculture et d’autres activités économiques et construit des maisons. Oxfam soutiendra la population pendant cinq ans minimum. Les organisations locales, le personnel sur place et les experts internationaux lancent les actions humanitaires, en collaboration avec les communautés présentes dans les villages et les camps et les structures locales. Le fil rouge, c’est la qualité, l’efficacité, la collaboration et la transparence.

Oxfam soutient la population touchée par la catastrophe mais prône aussi la reconstruction des régions sinistrées en vue de créer des conditions meilleures comparées à l’état de pauvreté dans lequel les gens vivaient avant la catastrophe. Oxfam veille aussi à ce que les autorités respectent leurs promesses, que la dette soit allégée et que les objectifs du millénaire pour le développement soient réalisés. Par ailleurs, il ne faut pas oublier les 14 autres crises humanitaires qui sévissent dans le monde. L’argent destiné aux victimes du tsunami ne doit pas provenir des budgets prévus pour pallier à ces autres crises.

Sri Lanka

Oxfam est actif au Sri Lanka depuis plus de 20 ans. Actuellement, des programmes sont en cours sur les côtes Est, Nord et Sud du pays. Immédiatement après le tsunami, les partenaires locaux d’Oxfam ont rassemblé de la nourriture en dehors de la zone sinistrée. Ils ont préparé et livré des repas à leurs compatriotes dans les centres d’accueil. Directement après la catastrophe, Oxfam a envoyé du matériel par avion depuis l’Europe pour assurer l’approvisionnement en eau.

“J’ai visité l’unique papeterie sur la côte Est du Sri Lanka. J’ai rencontré monsieur Ayathurai. Quand la vague déferla, il parvint à s’échapper avec sa femme et ses trois enfants. Quand il revint, le village entier était détruit, jonché de corps sans vie. En 20 minutes rien n’était plus comme avant. Il reprit le travail quelques jours plus tard. Il gagne environ 60 euros par mois mais avec cette somme, il doit rembourser sa maison détruite. Maintenant les autorités lui apportent un peu de soutien en nourriture. Son souci principal est de retrouver un toit au plus vite et de recommencer sa vie. Monsieur Ayathurai est l’une des personnes qui bénéficieront de l’action d’Oxfam à travers son partenaire local qui va reconstruire sa maison.

La vie dans un centre d’accueil

Johnson, l’administrateur du camp, m’accueillit dans l’un des neufs centres où Oxfam est présent. Les tentes étaient dressées au milieu d’une grande plaine sèche et abritaient 360 familles. Les gens sont dehors la plupart du temps car il fait trop chaud à l’intérieur. Avec une série d’autres organisations, Oxfam fournit toutes sortes de produits et du matériel.

Comme pour les projets structurels de développement, Oxfam collabore avec les communautés locales et la population est encouragée à s’organiser. C’est pourquoi Oxfam a mis sur pied une administration du camp avec l’aide de son partenaire local, composée de victimes de la catastrophe. L’administration du camp tient les stocks à jour sur papier et signale les pénuries et les besoins. Oxfam savait par exemple que les gens ne voulaient pas de dentifrice mais bien de la ‘poudre dentifrice’ et que les femmes avaient besoin d’une buanderie séparée et fermée. Oxfam a fourni aussi des moustiquaires, des nattes, des seaux, etc.

J’ai discuté avec quelques femmes dans l’un des centres sur la côte Est d’Atjeh. Nous avons parlé de la vie qu’elles menaient avant le tsunami. Elles gagnaient toutes un peu d’argent en travaillant à la maison. Deux de ces femmes préparaient des biscuits et les vendaient dans les environs. Une autre femme préparait des repas typiques et les vendaient sur le marché local, une quatrième vendait les légumes de son potager. Le tsunami a détruit tout leur village, elles vivent sous tente maintenant et dépendent d’une aide extérieure. Via Oxfam, elles ont reçu une petite rémunération pour le nettoyage du camp. L’une de ces femmes fait partie de l’administration du centre. Oxfam a déjà organisé des réunions avec l’administration du camp pour discuter de la reconstruction des villages sinistrés. Le déblayage des débris dans le village était une première étape. Oxfam s’est chargé du matériel tel qu’une grue et des outils et a veillé à rémunérer modestement les déblayeurs.

Avoir son propre toit

Les dégâts sont énormes aussi sur la côte Sud, les morts sont nombreux. Les survivants souhaitent trouver un toit pour leur famille au plus vite. De nombreuses organisations ainsi que le gouvernement promettent de nouvelles maisons, mais comme on ignore quand elles seront construites, Oxfam a décidé de placer des installations d’eau et de construire des abris provisoires. Ces habitations sont très vite bâties et le matériel peut être réutilisé par la suite. Pour que les bénéficiaires ressentent un sentiment de propriété, ils participent à la construction de leur maison. Ils reçoivent également une petite indemnité de travail. Madame Shriya, qui a perdu sa petite fille, m’a dit ”je veux construire ma future maison de mes propres mains. Je pourrai la faire avancer et y vivre plus rapidement. Ensuite seulement je réfléchirai à la manière de reprendre le cours de ma vie. Merci pour votre aide.”

Conditions de reconstruction

J’ai parlé à différents collaborateurs d’Oxfam à Colombo, Matara, Batticoloa, Banda Aceh et Medan. De toute évidence, les réalisations sont nombreuses mais il reste encore beaucoup de choses à faire. Il faudra plusieurs années pour parvenir au bout de la reconstruction totale.

Des organisations de pêcheurs et d’agriculteurs venus d’Inde, d’Indonésie, de Thaïlande et du Sri Lanka ainsi que des organisations internationales participèrent à une conférence régionale organisée sur le thème la reconstruction dans les communautés de pêcheurs et d’agriculteurs et les conclusions révèlent que le lobbying s’avère important. Ces organisations plaidèrent surtout pour le droit des agriculteurs à la terre, pour interdire les aliments génétiquement modifiés, pour empêcher l’importation des denrées alimentaires si elle fait chuter les prix des produits agricoles locaux et pour le développement du commerce équitable.

Pour les pêcheurs et les communautés côtières, ces organisations ont prôné le maintien de la pêche basée sur le littoral, à forte utilisation de main d’oeuvre et à petite échelle. Elles ont plaidé pour leur droit à la terre, à l’accès aux ressources côtières (‘coastal resources’) et pour que les bateaux et autres matériels de pêche soient conçus et fabriqués par les artisans traditionnels.

Ce fut un voyage intéressant mais pénible. Avant de conclure, au nom des gens que j’ai rencontrés sur place, j’aimerais remercier tous ceux qui ont apporté leur aide de manière directe ou indirecte après le tsunami.”

L’aspect du genre lié à cette catastrophe Le tsunami a touché des femmes et des hommes, mais en général ce sont surtout les femmes qui en souffrent. D’une part, les femmes (et les enfants) qui ont perdu la vie sont plus nombreux que les hommes, car elles étaient à la maison au moment où la vague déferla.

Elles ne pouvaient pas nager ni se réfugier dans les arbres, elles surveillaient les enfants et de ce fait elles n’ont pas pu s’enfuir aussi rapidement. D’autre part, les femmes gagnaient un peu d’argent en travaillant à la maison. Elles vendaient des nattes ou des paniers tressés, des légumes, du poisson séché, de l’huile de noix de coco ou des plats tout préparés.

Elles ont perdu leur emploi avec la destruction de leur maison et du matériel nécessaire, tandis que les hommes travaillent plutôt à l’extérieur. Pour leur assurer à nouveau un revenu, Oxfam les rémunère pour déblayer les débris dans les villages et nettoyer les camps. La mise au travail est également encouragée dans les camps via la distribution du matériel de base nécessaire à leurs activités.

Lors de l’élaboration des programmes d’aide, Oxfam tient compte des besoins différents des hommes et femmes. Les toilettes pour femmes sont clairement séparées de celles des hommes. Les douches prévues pour les femmes ferment correctement pour que personne ne puisse venir les épier et permettre aux femmes de se laver en toute quiétude. Des produits spécialement réservés aux femmes, comme des sous-vêtements et des bandes hygiéniques, sont prévus dans les kits humanitaires.

Oxfam forme également les administrateurs des camps et les autorités locales pour éviter que les femmes et les enfants ne soient victimes de sévices dans les camps.

Pour en savoir plus, lisez le rapport d’OxfamInternational Learning the Lessons of the Tsunami : Three Months On - The Tsunami’s Impact on Women (Anglais, pdf, 115 kb)

Kristien Vliegen, Gestionnaire de Projet Cellule d’Aide Oxfam-Solidarité