Viols en Afrique du Sud : une victime témoigne
En Afrique du Sud, Oxfam-Solidarité soutient des centres d’accueil de femmes victimes de maltraitances et d’abus sexuels. Dans le One Stop Center de Khayelitsha, les femmes reçoivent un accompagnement psychologique, juridique et médical après cette expérience dramatique.
Lors de leur arrivée, elles reçoivent entre autres des kits hygiéniques comprenant du savon et des vêtements propres, kits qu’il vous est possible de financer via l’action "Oxfam s’emballe".
Le témoignage de Tinky
"Il ne s’agit pas de souffrance physique. Il s’agit de souffrance émotionnelle. C’est ce que j’ai appris. Quand j’ai été violée, ils m’ont pris quelque chose. Ils m’ont volé ma dignité. Ils ont pris quelque chose que je ne peux pas reprendre.
C’était un vendredi soir d’octobre, j’étais avec deux amies. Nous jouions avec les sonneries de nos téléphones portables. Nous attendions mon petit ami. Il était une heure du matin.
Je vis seule dans une petite cabane – il n’y a qu’une chambre – et soudainement la lumière s’est éteinte. Nous avions peur. « Tu sais quoi ? » me dit mon amie, « J’ai peur ». « N’aie pas peur », lui ai-je répondu « Il n’arrivera rien. »
Mais aucune de nous n’a eu le courage d’aller voir ce qui s’était passé avec l’électricité. Nous avons décidé d’aller au lit et de dormir.
Tout d’un coup, la porte d’entrée a été défoncée. C’était comme dans un film d’horreur ; je n’arrivais pas à croire ce que je voyais. Je hurlais. Deux hommes sont venus et ont commencé à nous crier dessus. « Salopes ! Où sont vos téléphones portables ? On veut les téléphones. »
J’étais terrifiée. Je n’arrivais plus à parler. Je me suis mise sous la couverture et j’ai fermé les yeux. Un des hommes s’est approché de moi : « Lève-toi, salope ! » m’a-t-il ordonné. Il a déchiré mon T-shirt et arraché ma culotte. J’ai commencé à crier : « Par pitié, prenez ce que vous voulez mais ne me faites pas de mal. » Mais il me jeta sur le lit et me viola, devant mes amies.
Je ne pouvais pas ouvrir mes yeux. Je ne pouvais pas le regarder. L’autre homme continuait de crier. Ensuite, ils prirent nos téléphones et s’enfuirent. Ca s’est passé tellement vite que je comprenais à peine ce qui arrivait. C’était comme dans un rêve, un cauchemar. C’était comme si j’étais ailleurs, comme si je n’étais pas sur cette terre. Heureusement, mes amies savaient ce qu’il fallait faire. Elles réveillèrent un de nos voisins et appelèrent la police. La police vint nous chercher et nous amena au Centre.
Je ne pensais qu’à une chose « Pourquoi moi ? Comment ça a pu m’arriver ? ». Je suis bien informée. Je connais les situations qu’il faut éviter pour réduire les risques de viols. Je sais ce qu’il faut faire. Alors, comment est-ce arrivé à moi ? Et pourquoi uniquement à moi et pas à mes amies ? Je n’arrêtais pas de me dire que j’avais dû faire quelque chose de mal. Peut-être que si j’étais sortie, peut-être que si nous avions été dormir plus tôt, peut-être que si mon petit ami était passé… tout ça ne se serait pas passé. J’ai commencé à me dire que c’était ma faute, et celle de mon petit ami aussi.
Trois mois ont passé et mes amies et moi n’en parlons plus. Je suis déterminée à ne pas laisser cet événement me changer – je veux continuer à vivre comme avant et à être forte. Je sais que j’irai mieux. J’ai rompu avec mon petit ami, même si c’est un homme bien et qu’il est compréhensif. Je vis toujours seule mais je laisse la lumière allumée pour dormir. Et les bruits la nuit m’effraient.
Mais je vais bien."
Tinky
Source : brochure du centre Simelela “Surviving rape. An integrated service for rape in Khayelitsha, South Africa.”


FR |

Facebook
Twitter
YouTube
Flickr
Newsletter
