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STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils

24 juin 2010

Vietnam : conseils juridiques au dortoir

Le Vietnam connaît aujourd’hui la deuxième croissance économique la plus rapide au monde. Malheureusement, la plupart des travailleurs n’en profitent pas. Dans les zones industrielles de Dong Nai, les salaires bas et les mauvaises conditions de travail constituent encore le lot quotidien des ouvriers.

Le modèle de développement économique du Vietnam, orienté vers l’exportation, repose principalement sur une main d’œuvre abondante et bon marché. Pour attirer un maximum d’investisseurs étrangers, les autorités ont multiplié les zones industrielles destinées à les accueillir.

La province de Dong Nai, au sud du pays, fut la première à héberger ce type de zone. elle en compte aujourd’hui 29 (sur un total de 183 dans le pays). Plus de 640.000 personnes y travaillent, dont 63% d’immigrants. La plupart sont des jeunes femmes peu qualifiées travaillant surtout dans des secteurs tels que l’industrie textile, l’habillement et les chaussures, l’électronique ou encore la transformation d’aliments.

Le travail informel
Ces zones industrielles ont subi de plein fouet la crise économique. Suite à la baisse des commandes de l’étranger, plus de 80.000 travailleurs ont été licenciés en 2008, et 100.000 ont été temporairement suspendus. La flexibilisation et l’informalisation du travail ont explosé. De nombreux travailleurs ont été contraints de travailler avec des contrats de courte durée, voire même sans contrat.

Des phénomènes qui vont de pair avec des revenus instables, et des conditions de vie moins sûres et moins salubres. A Dong nai, beaucoup de travailleurs prestent jusqu’à 72 heures par semaine, et ce pour un salaire ne dépassant pas 35 euros par mois. Ces lourdes charges de travail et le manque de repos ont un impact négatif sur la santé des travailleurs. Le stress, les dépressions et les problèmes oculaires se multiplient. Les mécanismes juridiques pour protéger les ouvriers font défaut, tout comme les canaux de communication pour les atteindre ou pour transmettre leurs griefs aux autorités locales.

Des consultations au dortoir
Le Legal Aid Centre (LAC), partenaire d’Oxfam-Solidarité, dispense des conseils juridiques aux travailleurs, les informe sur les lois et leurs droits et les soutient de différentes façons (rédaction de pétitions, négociations avec l’employeur...).

Cette structure, qui dépend du syndicat provincial de Dong Nai, comporte 8 groupes de soutien juridique dont 2 ayant pour particularité de rendre visite aux travailleurs en dehors des murs de l’usine. Ils se rendent notamment dans les dortoirs où beaucoup d’ouvriers issus des campagnes ou de l’étranger résident ensemble pour limiter les frais de loyer.

« Travailler dans ces dortoirs permet non seulement d’informer les travailleurs sur leurs droits, mais aussi de prendre conscience de leurs besoins pour pouvoir les relayer auprès des autorités », explique Van Thu Ha, collaboratrice d’Oxfam-Solidarité au Vietnam. « Dans les années à venir, LAC veut former des travailleurs afin qu’ils puissent eux-mêmes fournir une assistance juridique à leurs collègues. Une façon de renforcer à la fois le fonctionnement de LAC et le processus d’organisation des travailleurs. »

Un sujet sensible
La défense des droits des travailleurs est un sujet délicat pour les autorités vietnamiennes. D’un côté, elles veulent attirer un maximum d’investisseurs ; de l’autre, elles disent vouloir assurer des conditions de travail décentes. mais de ces deux priorités, la première l’emporte souvent haut la main. Et le gouvernement craint de voir les investissements mis à mal si le mouvement des travailleurs se renforce.

Dans un pays où un seul syndicat est officiellement autorisé – le syndicat d’état – les travailleurs vietnamiens ont donc du mal à s’organiser et à faire entendre leurs revendications en matière de salaires et de conditions de travail. En l’absence d’une représentation officielle et indépendante, les changements durables qu’ils demandent risquent de ne jamais voir le jour.

« Heureusement, un syndicat provincial n’est pas l’autre », souligne Van Thu Ha. « Si certains sont proches du gouvernement, d’autres sont plus proches des travailleurs. Même si LAC a parfois du mal à assumer sa double responsabilité - envers les travailleurs et envers le gouvernement - dans l’ensemble, le syndicat de Dong Nai est progressiste. Il est proche des travailleurs et prend au sérieux la défense de leurs droits. »

Hanne Stevens


Article issu du magazine Globo n°30 (juin 2010) : "STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils."