Vêtements : Il est temps de nous rhabiller !

Vous les verrez en photo rhabillés de pied en cap : Frédéric Janin, les présentateurs RTBF de la météo et bien d’autres ont accepté de se rhabiller pour 10€ avec des vêtements Oxfam de seconde main. Avec la campagne “Ils peuvent aller se rhabiller ! », Oxfam nous interpelle et souhaite encourager nos dons de vêtements de qualité, valoriser un commerce solidaire et soutenir des projets de solidarité.
Avez-vous déjà songé au cycle de vos vêtements ? Avant, après : comment ça se passe ? Et avec quelles conséquences, tant sur le plan social, qu’économique et environnemental !
En faisant la promotion d’une tenue complète de seconde main à 10 euros, Oxfam n’a d’autre intention que de provoquer et d’interpeller : nous surconsommons et gaspillons les ressources de la planète, avec les inégalités sociales et les déséquilibres environnementaux que ça peut causer. « Dix euros, c’est dérisoire pour des fringues de qualité, » explique le dessinateur de BD et humoriste, Frédéric Janin. « J’admets que, un peu comme tout le monde, j’achète et je jette sans faire gaffe et j’imagine que ce n’est pas sans conséquences ! » La faute à un processus qu’il est temps de reconsidérer - la course obnubilée vers le profit de certaines multinationales qui poussent à toujours plus de consommation, des politiques du court terme, sans vision durable, .... “Ils peuvent aller se rhabiller...” : la solution concrète commence par le don de vêtements de qualité.
Prisonniers des codes du paraître
L’infernale concurrence
Vive la seconde main !
Oxfam et les vêtements de seconde main
Que deviennent les déchets
Le recyclage : un leurre
Prêt à porter des vêtements de seconde main ?
Le label Solid’R
Made in dignity : un pas solidaire en plus
Prisonniers des codes du paraître
Le secteur de l’habillement occupe une place considérable dans l’économie mondiale. Avec un chiffre d’affaires de 189,2 milliards d’euros, on considère qu’il génère 18 à 24% (selon les chiffres) du Produit National Brut sur la planète. La mode automne/hiver et, encore plus, printemps/été crée un véritable effet de dopage de l’industrie de la fringue. Pour une frange non négligeable de la population occidentale (± 30%), l’effet de mode incite à se débarrasser d’une bonne moitié de sa garde-robe après une seule année : les couleurs ne sont plus au top, la coupe est has been... donc on jette ! On estime ainsi que chaque Belge se débarrasse en moyenne de plus de 10 kg de vêtements par an. Il n’y a pas qu’en Occident que nous sommes prisonniers des “codes du paraître” ; en Afrique, on connaît aussi le phénomène de la Sape (“Société des ambianceurs et des personnes élégantes”). Entendons-nous bien : notre propos n’est pas de tenir un discours rabat-joie qui prône le vêtement terne sous prétexte d’une chasse anti-gaspi. Il s’agit plutôt de démonter les mécanismes d’un système qui nous embrigade insidieusement ! Top
Autre effet pervers de l’industrie vestimentaire galopante : l’infernale concurrence que se livre les pays producteurs. Ainsi, la Chine répond-elle à la demande du marché par des prix défiant toute concurrence, mais une qualité de réalisation plus que contestable. Un exemple : un pantalon neuf pour enfant s’importe à moins de 2 €, moins cher qu’une vente en seconde main... Les conditions sociales des travailleurs impliqués dans ces circuits de production à bas prix posent question, évidemment. En juin 2005, à Shanghaï, Européens et Chinois sont tombés d’accord pour limiter le flux de la confection textile entre la Chine et les Vingt-Cinq. Un accord qui tient jusqu’en 2008, mais le problème de respect des droits Humains dans la confection textile reste entier... Top
A côté des circuits de production du vêtement neuf, se sont installées plusieurs filières de vêtements de seconde main. En Belgique, elles s’activent sous l’enseigne d’Emmaüs, Petits Riens, Terre, La Poudrière, De Bouche à Oreille, Convivial, L’Eglantier, Fondation Espoir Afrique, La Fourmilière, Yaka et, bien sûr, Oxfam-Magasins du monde et Oxfam-Solidarité. Toutes ces entreprises et associations d’économie sociale sont membres du réseau Ressources et répondent au label ‘Solid’R’.
Les contraintes rencontrées par chacune des associations de vêtements de seconde main sont similaires. « Rien qu’en Wallonie et à Bruxelles, nous récoltons près de 250 tonnes de vêtements de seconde main dans nos magasins et 1200 tonnes de vêtements par nos autres filières »expliquent Denis Lambert, secrétaire général d’Oxfam-Magasins du monde et Marcel Adler, directeur du secteur des activités de récupération d’Oxfam-Solidarité « Sur ces tonnages, nous ne pouvons garder plus de 10% pour la vente dans nos magasins ! Ça, nous ne pouvons plus l’accepter : de grâce, que chacun veille à donner des vêtements de bonne qualité. » Top
Oxfam et les vêtements de seconde main Un petit mot d’explication s’impose. Les vêtements de seconde main sont donnés à Oxfam de deux façons : déposés dans des sacs appropriés dans les magasins ou dans les conteneurs Oxfam placés dans les grands centres urbains. On peut être surpris que ceux-ci soient, pour un quart de leur contenu, utilisés comme poubelles par des personnes peu scrupuleuses.
Ce sont les bénévoles de Oxfam-magasins du monde ou les équipes mixtes d’Oxfam-Solidarité qui assurent le tri de ces vêtements hommes ou dames, enfants ; accessoires ou linge de maison afin de les rendre conformes à la vente. Ces vêtements de bonne qualité sont par la suite disponibles dans le réseau des magasins Oxfam « En 2005, ces ventes nous ont permis de générer 750.000 € de chiffre d’affaires » reprend Denis Lambert. « Sur cette somme, nous nous engageons à verser 20% à un projet de solidarité avec le Sud : soit 1€ sur 5€ qui est destiné à soutenir de des projets efficients au Sud. Cette année, nous mettons à l’honneur, PROSALUD du Nicaragua », une association active dans le domaine de la santé publique. Oxfam-Solidarité quand à elle , assure le tri dans des centres d’économie solidaire qui mettent en activités bénévoles ou travailleurs en insertion sociale. Marcel Adler complète : « à côté de sa filière textile Oxfam-Solidarité a aussi développé une importante activité de reconditionnement de matériels informatiques et s’attache actuellement au développement d’un réseau de book-shop .L’ensemble de ces magasins permet de financer un tiers des fonds propres dont l’organisation a besoin pour le financement de ses projets de solidarité » Top
Sur 200 tonnes de vêtements de seconde main récoltés, seule la moitié est utilisable. « Au lieu de rapporter, les cent autres tonnes nous coûtent, c’est bien là le problème » constate Véronique Dupont, responsable de la filière seconde main, pour Oxfam-Magasins du monde. « On distingue trois catégories de vêtements : les rebuts, les loques et les poubelles. Le pire, ce sont les poubelles en tout genre que des personnes dissimulent dans les sacs. C’est de l’incivisme et cela pèsent sur nos charges et notre travail au détriment des partenaires du Sud ». Véronique Dupont poursuit : « Le rebut, c’est tout ce qui ne s’achète pas dans nos magasins - des vêtements et accessoires en bon état que des trieurs privés vont à nouveau valoriser dans le recyclage ou la revente. Les loques, par contre constituent le déchet textile souillé, dépareillé ou en mauvais état. Il sera en petite partie recyclé ou incinéré pour la majorité à nos frais. Nous ne savons en effet pas exploiter les vêtements usés jusqu’à la corde, les déchets de couture, les chiffons et couvertures trouées. Malheureusement aucune solution environnementale n’existe pour ces catégories ». La démonstration est faite : plus les dons sont composés de vêtements de qualité, plus ils peuvent profiter à des actions de solidarité. D’accord, allez vous rhabiller, mais en connaissance de cause ! Top
Il semble que le recyclage du textile soit inscrit comme une logique incontestable dans l’inconscient collectif. Et pourtant, il n’en est (quasi) rien. Les vêtements troués ou déchirés peuvent rarement connaître une autre vie en recyclage. Parmi quelques rares exceptions, la laine peut être valorisée en feutre (notamment pour l’équipement automobile), mais le coton et le lin trouvent rarement de débouchés. Quant aux vêtements synthétiques dépareillés, ils sont tout juste bons pour l’incinération : l’impact environnemental négatif est double, en amont et en aval. Top
Et vous, êtes-vous prêt à porter des vêtements de seconde main ?
Avec l’automobile, l’immobilier et les destinations de vacances, le vêtement fait partie des signes extérieurs de richesse les plus apparents du monde occidental. Et pourtant, il règne comme une confusion (bien entretenue) selon laquelle un vêtement n’est beau que s’il est neuf. « Ça me fait bien rire, » nous dit cette maman coquette dont le charme et l’élégance sont bien au-delà des standards de la mode. « Depuis leur naissance, mes quatre enfants portent des vêtements de seconde main, toujours impeccables. Voyez ce manteau Zara de Marinette : il m’a coûté 7 € ; il s’affichait 120 € neuf, voici trois ans. En ce qui me concerne, j’avoue être passée par un cap de réticence, avant de prendre conscience de ce qui est essentiel pour moi et ce qui l’est moins. Je me suis trouvée jupes, jeans, chemisiers ou t-shirts chez Oxfam comme je ne l’avais jamais imaginé. C’est dépassé l’époque du seconde main caritatif, vive le vêtement de caractère. » Et tant mieux si des personnes -de niveau différent social- peuvent s’habiller pour pas cher. Top
L’économie sociale participe à la lutte contre les causes de l’exclusion et de la pauvreté et, pas uniquement, contre leurs conséquences ! Ainsi, une douzaine d’associations belges sont regroupées au sein du réseau Ressources. Elles valorisent la vente des vêtements de seconde main sous le label Solid’R.
Les membres de Ressources s’engagent à une rigueur quant aux modes de collectes de dons, à la gestion de leur comptabilité et à son accessibilité aux travailleurs et aux donateurs. L’organisme certificateur indépendant, Ethibel, vérifie la concordance entre les pratiques de ces organisations et les critères de la charte à laquelle elles adhèrent. Top
Made in dignity : un pas solidaire en plus
“Consommer moins et mieux” : c’est le leitmotiv de Made in dignity, la marque d’Oxfam-Magasins du monde. Made in dignity, c’est d’abord veiller à la dignité et aux conditions de travail (social, santé, environnement) de la personne qui a fabriqué un vêtement. C’est aussi consommer moins et mieux les vêtements de première main - des vêtements qui peuvent avoir une durée de vie plus longue ; s’ils sont de qualité, ils alimenteront d’autant moins le volume considérable de déchets. Top
(*) La liste des Magasins du monde-Oxfam et des magasins d’Oxfam-Solidarité de vêtements de seconde main est disponible sur le site www.madeindignity.be Vous trouverez un point de vente proche de chez vous !


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