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Souveraineté alimentaire

10 mai 2011

Vers une nouvelle crise alimentaire mondiale ?

Les prix de l’alimentation sont un souci constant pour une grande partie de la population mondiale. Aujourd’hui, ils sont plus élevés que lors de la crise de 2007-2008, au cours de laquelle le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde avait, pour la première fois, dépassé le milliard.

D’après la FAO, les prix alimentaires mondiaux ont atteint un très haut niveau. Il ne s’agit pas encore d’une crise majeure comme celle de 2007-2008, mais il y a néanmoins lieu de s’inquiéter. Car plus longtemps ces prix continuent d’augmenter, plus cela risque de toucher de nombreux pays pauvres, et plus grand est le risque d’une crise alimentaire majeure.

En quoi la crise actuelle est-elle différente de celle de 2007-2008 ?

La situation actuelle est en de nombreux points similaire à celle de 2007-2008. Cependant, des différences fondamentales sont à relever :
- Les réserves mondiales de céréales sont beaucoup plus importantes aujourd’hui qu’en 2007-2008.
- La hausse des prix n’est pas encore mondiale. Dans certaines régions d’Afrique, les prix des céréales se sont stabilisés ou ont même baissé en raison des bonnes récoltes.
- Un des principales causes de l’augmentation des prix alimentaires en 2007-2008 étaient le nombre important d’interdictions d’exporter imposées par certains pays gros producteurs de denrées alimentaires. Ces interdictions ont réduit la quantité de produits alimentaires disponibles sur le marché mondial et ont poussé aux achats. La situation actuelle n’a pas encore atteint telle envergure.
- Les prix de tous les aliments augmentent, mais de manière inégale. Actuellement, les denrées de base -en particulier les céréales, mais aussi l’huile et les produits laitiers- n’ont pas encore atteint les prix de 2007-2008. Par contre, le prix de la viande et surtout celui du sucre sont bien plus élevés.

Comment expliquer cette hausse des prix alimentaires ?

Les causes sont multiples et les points de vue divergent sur leurs effets respectifs.
Toutefois, les principaux facteurs sont :
- La diminution de la production alimentaire dans certains pays due aux mauvaises conditions climatiques ; en particulier en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan, où les récoltes de blés ont été très maigres en raison de la canicule et des feux de forêts de l’été 2010.
- L’augmentation du prix du pétrole ayant des répercussions directes sur le prix de la production agricole, surtout au niveau des engrais et des transports.
- L’attribution de terres destinées à la production de biocarburants au détriment de la production agricole.
- Les interdictions d’exporter et les restrictions à l’exportation. La Russie maintient, par exemple, son interdiction d’exporter du blé depuis l’été 2010.
- Les achats par crainte de pénurie et le stockage face aux restrictions à l’exportation et à la peur de voir les prix continuer à grimper.
- Les facteurs financiers tels la dépréciation du dollar et les taux d’intérêts bas.
- La spéculation sur le marché des denrées.
- L’augmentation de la demande alimentaire, suite à l’accroissement de la population mondiale et, pour les pays émergents, de la consommation par habitant de produits laitiers et de viande.
- Une baisse de la productivité imputée au manque d’investissements dans l’agriculture, à la dégradation des sols, à l’épuisement des ressources naturelles et aux changements climatiques.

Qui sont les gagnants et les perdants dans tout cela ?

Certaines grosses entreprises alimentaires et agroalimentaires ont fait davantage de bénéfices. Les supermarchés, les entreprises de graines et d’engrais se portent tout aussi bien.

Les plus pauvres des pays en développement -qui consacrent jusqu’à 80% de leur revenu à leur alimentation- en seront les grands perdants. Car toute augmentation des prix alimentaires les forcera :
- à réduire leur consommation et leurs dépenses pour certains besoins de base tels l’éducation et la santé ;
- à vendre des biens essentiels comme du bétail ou des terres ;
- à emprunter des sommes qu’ils ne seront pas capables de rembourser.

Alors que la hausse des prix alimentaires pourrait profiter aux personnes vivant de l’agriculture, nombre de paysans pauvres sont pourtant incapables d’en tirer parti à cause de leur accès limité à certaines ressources telles la terre, l’eau et les engrais ; du manque d’information sur les marchés et de pouvoir de négociation pour des prix équitables ; et du peu d’infrastructures disponibles stocker leurs produits.

Que demande Oxfam ?

Oxfam appelle le Comité de la Sécurité Alimentaire (CSA) -principal organe responsable de la lutte contre la faim dans le monde- à mettre sur pied un groupe de travail composé des ministres de pays pauvres et de pays riches afin de dresser, d’ici le mois de juin, un plan de réponse d’urgence. Ce plan doit permettre le partage d’informations quant aux réserves de nourriture, la coordination des politiques en matière de commerce et la régulation des marchés des denrées de base.

En outre, les ministres des Finances du G20 doivent faire en sorte que les marchés des denrées alimentaires soient plus transparents et ne bafouent pas le droit à l’alimentation. Ils doivent également accroitre les investissements dans les petites entreprises agricoles.


Interview de Olivier De Schutter, Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation

(Source : www.11.be)


En savoir plus :
- Contactez Thierry Kesteloot, Responsable du plaidoyer souveraineté alimentaire pour Oxfam-Solidarité : 02/501 67 55 ou thierry.kesteloot(at)oxfamsol.be
- Lisez aussi « À Rome, les gouvernements coordonnent leurs efforts de lutte contre la faim » & notre rapport « Réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim : est-ce encore possible ? » (résumé en français)

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