Urgence climatique au Sahel

Si l’Afrique n’est responsable que de 3% des émissions mondiales de CO2, elle est malheureusement l’un des continents les plus vulnérables aux effets des changements climatiques. Les conséquences des mutations en cours sont particulièrement visibles au Sahel.
Article issu du magazine Globo n°28 "Le climat en jeu à Copenhague", décembre 2009.
Région la plus pauvre d’Afrique de l’Ouest, le Sahel subit de plein fouet les effets actuels des changements climatiques. Alors que la diminution de la pluviométrie et les sécheresses dans la région font partie des changements climatiques les plus prononcés de ces 40 dernières années, les experts du GIEC estiment que la région connaîtra d’ici peu des hausses de température parmi les plus marquées à l’échelle de la planète.
Moins de pluies, plus d’inondations
D’une façon générale, les précipitations annuelles en Afrique occidentale ont diminué de 20 à 40 % entre 1968 et 1990. Cette évolution s’est traduite par une raréfaction des épisodes de pluie pendant la mousson, mais également par des précipitations de plus en plus violentes. En clair, s’il pleut moins souvent, les pluies se font de plus en plus diluviennes, entraînant des inondations à répétition.
C’est ce qui s’est passé le 1er septembre 2009 à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. En à peine 10 heures, 263 mm d’eau se sont abattus sur la ville, faisant déborder les canaux d’évacuation et les barrages, coupant les principales artères de la ville et forçant près de 150.000 personnes à fuir leurs habitations.
Le règne des extrêmes
« Cette catastrophe illustre parfaitement les conséquences actuelles des changements climatiques au Burkina Faso, explique Maurice Sanwidi, en charge des programmes d’adaptation au climat au sein de la Confédération Paysanne du Faso (CPF), partenaire d’Oxfam-Solidarité.
« Qu’il s’agisse des pluies, des sécheresses, des températures ou des vents, tout est de plus en plus extrême dans le pays. Les pluies sont de plus en plus aléatoires et violentes, et on ne sait plus quand il faut semer. Les nappes phréatiques et les points d’eau s’assèchent, les terres s’appauvrissent et les pâturages se raréfient. Tout cela a des conséquences directes sur la production agricole, sur le bétail et sur la sécurité alimentaire. Sans parler des conflits fonciers entre agriculteurs et éleveurs en quête de bonnes terres… »
Une réponse énergique s’impose donc au plus vite dans cette région où les deux tiers des habitants vivent de l’agriculture et où la croissance démographique affiche des chiffres records.
Des études de cas menées au Burkina Faso et au Niger indiquent que le rendement moyen des cultures de mil et de sorgho, base de l’alimentation des populations sahéliennes, pourrait diminuer de 15 à 25% d’ici 2080 si rien n’est entrepris pour réduire les effets des changements climatiques. Pire : selon une étude relevée par le GIEC, les revenus nets des cultures en Afrique pourraient connaître une diminution allant jusqu’à 90% d’ici 2100, les petites exploitations étant les plus touchées. On imagine aisément l’impact de cette diminution sur un continent où plus de 200 millions de personnes souffrent déjà de malnutrition.
S’adapter et faire pression
Pour faire face aux aléas climatiques, les paysans recourent tant bien que mal à des techniques traditionnelles de conservation des eaux de pluies (cordons pierreux, digues filtrantes, bandes en herbes, etc.). Certains se tournent aussi vers des semences à cycle court qui permettent d’obtenir des récoltes plus rapidement, ou plantent des arbres dans les champs pour nourrir la terre (grâce aux feuilles) et la protéger du soleil et de l’érosion.
Mais pour mettre en place ces techniques d’adaptation, les paysans sont obligés de se débrouiller par eux mêmes, comptant sur le seul appui des organisations paysannes, des ONG et des partenaires techniques et financiers du Burkina Faso.
« Nous accompagnons les paysans dans l’application et l’échange de ces techniques, et sensibilisons les producteurs dans tout le pays,explique Sanwidi. Mais cela ne peut suffire. Nous menons donc un important travail de plaidoyer auprès des autorités nationales et régionales afin qu’elles investissent dans l’adaptation de l’agriculture paysanne. C’est à elles de débloquer des fonds, d’encourager la recherche et de pousser les grands pollueurs à réduire leurs émissions. »
Avec Oxfam et d’autres acteurs de la société civile du Burkina Faso, la CPF travaille à l’élaboration d’une déclaration paysanne allant en ce sens. « Nous la remettrons aux autorités à l’approche du sommet de Copenhague, poursuit Sanwidi. Et d’ici là, nous continuons à intensifier nos actions de plaidoyer et à sensibiliser la base aux enjeux climatiques. La crise actuelle offre l’opportunité d’enfin revitaliser l’agriculture. Aux décideurs de nous écouter et d’agir. »
Frédéric Janssens


FR |
Facebook
Twitter
YouTube
Flickr
Newsletter
