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STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils

15 décembre 2008

Une syndicaliste virée pour sa liberté d’expression

Le 29 juillet 2008, Jitra « Ning » Kotshadej, présidente du syndicat de la filiale thaïlandaise de Triumph International, était mise à la porte pour avoir porté un t-shirt orné d’un slogan défendant la liberté d’expression. Mais est-ce bien là la vraie raison ?

Le 29 juillet 2008, Jitra « Ning » Kotshadej, présidente du syndicat de la filiale thaïlandaise de Triumph International, était mise à la porte pour avoir porté un t-shirt orné d’un slogan défendant la liberté d’expression. Mais est-ce bien là la vraie raison ?

« Ceux qui ne se lèvent pas ne sont pas des criminels. Penser différemment n’est pas un crime ». Tel est le slogan qui a valu à Jitra Kotshadej d’être licenciée du jour au lendemain en juillet 2008. Ce slogan fait pourtant référence à un droit fondamental : celui à la liberté d’expression. Dans le cadre thaïlandais, il renvoie à l’obligation de se lever lors de l’hymne national et à l’utilisation abusive de la loi sur le « crime de lèse majesté ».

Pas le droit de se défendre
Le t-shirt en question n’a pas été porté durant les heures de travail ou dans l’entreprise, mais bien lors d’un débat télévisé d’avril 2008 portant sur la santé des femmes enceintes. Bien que la présidente du syndicat s’y soit exprimée en son nom personnel et non en tant que syndicaliste ou représentante de son usine, elle fut tout de même mise à la porte le 29 juillet 2008 par Triumph Body Fashion Thailand (BFT), fililale locale de la multinationale de lingerie Triumph International.

Jitra Kotshadej eu donc la surprise de recevoir un message lui annonçant son licenciement immédiat pour « atteinte grave à la réputation de l’entreprise ». L’entreprise avait, sans la prévenir, introduit une procédure auprès du tribunal du travail. N’étant pas au courant et n’ayant pas été invitée à donner sa version des faits, Jitra n’eut donc jamais l’occasion de se défendre.

Suite à ce licenciement, 3.000 collègues démarrèrent immédiatement une grève en solidarité avec la présidente du syndicat. Leurs exigences : la réintégration de Jitra Kotshadej et la non-sanction des syndicalistes en grève. Une action internationale (pétition, etc.) fut dès lors lancée pour pousser les dirigeants à abandonner les poursuites.

Les dessous de Triumph
Près de 70% des ouvriers de Triumph Body Fashion Thailand sont membres du syndicat, l’un des plus solides de Thaïlande. En réalité, le licenciement de Jitra Kotshadej s’avère être une attaque dissimulée contre le syndicat lui-même, qui avait réussi à arracher à imposer de meilleures conditions de travail dans l’usine quelques mois plus tôt.

Suite à la pression exercée par la Campagne Vêtements Propres , Triumph International affirma que les exigences des travailleurs seraient bien prises en compte. Mais au final, l’entreprise se déclara « non-compétente dans ce dossier ». Le siège suisse de Triumph International refusé de réintégrer la présidente du syndicat. Dans une lettre adressée le 8 août à la Campagne Vêtements Propres, la multinationale confirma son opposition à la réintégration de Jitra Kotshadej.

L’entreprise refuse de laisser tomber les poursuites contre la syndicaliste, bafouant ainsi le droit à la liberté syndicale et à la liberté d’expression. Après 45 jours de grève, la direction et le syndicat ont conclu un accord prévoyant un procès en appel de la décision de la Cour d’autoriser le renvoi de Mme Kotshadej. Le verdict est attendu pour novembre 2008...

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