Une sécheresse n’entraîne pas nécessairement de catastrophe
Les reportages TV et autres images de la Somalie en proie à la famine pourraient laisser penser que la catastrophe était inévitable. Les médias montrent souvent un paysage poussiéreux et stérile, parsemé de rares arbres ou buissons. Il semble donc tout à fait légitime de se demander comment il est possible de survivre et de cultiver quoi que ce soit dans un environnement si rude.
Certes, la Somalie est un pays aride qui a été frappé par de graves épisodes de sécheresse. Pourtant, les médias expliquent rarement que, malgré ces conditions difficiles, la sécheresse ne doit pas nécessairement entraîner de catastrophe. Tant s’en faut ! Car des investissements appropriés et la mise en œuvre de systèmes adaptés de de gestion de l’environnement peuvent permettre le développement de la vie – et des cultures.
C’est, en effet, déjà le cas dans certaines régions du pays. Dans ce blog, j’aimerais vous faire part d’un exemple : un projet financé par Oxfam dans le Ga’an Libah au Somaliland.
Le Somaliland est un ancien territoire britannique situé au nord-ouest de la Somalie, dans la Corne de l’Afrique. Les clans du nord somalien ont proclamé son indépendance le 18 mai 1991. Bien que non reconnu par la communauté internationale, le Somaliland est de facto indépendant depuis cette date.
Des pierres contre l’érosion
Il y a dix ans, le Ga’an Libah se trouvait au bord d’une catastrophe écologique. En 1988, la guerre civile éclate en Somalie, mettant subitement fin à des décennies d’efforts en matière de sauvegarde de l’environnement. Alors que la région sombre dans le conflit, les systèmes de gestion traditionnels et gouvernementaux se désagrègent. L’abattage inconsidéré d’arbres des montagnes réduit le couvert forestier et la biodiversité. Les arbres et les herbages dépérissant, le cheptel s’amenuise, d’où une perte de revenus pour les éleveurs de bétail qui gagnait leur vie dans la région.
Plus de dix ans après, avec l’apaisement du conflit et le retour progressif de la paix, les populations aussi se sont peu à peu réinstallées dans la région. À cette même époque, Candlelight (une organisation partenaire d’Oxfam active dans la région) lança une nouvelle initiative de restauration des terres par des méthodes simples mais innovantes.

- Avant et après : la construction de terrasses de pierres a eu un impact spectaculaire.
Des terrasses de pierres ont été construites pour stopper l’érosion de la couche arable et des arbres indigènes, mieux adaptés à la sécheresse, plantés.
Seules deux saisons de pluies ont suffi pour que la végétation se régénère. Au fil des ans, les sols se sont développés, les herbages ont repoussé, et le retour du bétail s’est amorcé. Une végétation épaisse couvre désormais les zones naguère pelées du plateau.
Une famine généralisée est évitable
Comme dans de nombreuses autres régions de la Corne de l’Afrique, 2011 a été une année sèche dans les monts du Ga’an Libah. Pourtant, malgré cette adversité, la pâture est demeurée relativement bonne et les sources des montagnes n’ont pas cessé de donner de l’eau.
Bien que la Somalie se trouve confrontée à des problèmes complexes dépassant largement le cadre de la gestion de l’environnement, l’important en l’espèce est que des investissements appropriés et une soigneuse planification préalable permettent d’éviter toute famine généralisée.
Qui plus est, les éleveurs de bétail tributaires de la région peuvent désormais de nouveau gagner leur vie. Résultat : non seulement les familles s’enrichissent-elles, mais davantage d’enfants accèdent à l’éducation, leurs familles pouvant désormais se permettre de les envoyer à l’école.
Selon les propres termes d’Ahmed Awale, directeur de Candlelight, "le fait que ces gens trouvent refuge dans le Ga’an Libah montre le bien-fondé de notre approche. Le secret réside dans la continuité… Cette approche est transposable dans une grande partie du Somaliland et ailleurs en Somalie."
Par Geno Teofilo, Oxfam Pays Bas. Chargé Médias et communication


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