Une crise alimentaire révélatrice
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Cet été, Oxfam-Solidarité repartira sillonner la Belgique avec sa campagne « Le commerce du lait : un concentré d’injustices ! ». Une campagne dont la pertinence éclate au grand jour face à la crise alimentaire mondiale. |
Egypte, Philippines, Haïti, Mozambique, Pakistan, Nigeria... Partout dans le Sud, des émeutes de la faim ont éclaté ces derniers mois suite à la flambée des prix alimentaires. Si ces émeutes n’ont pas encore gagné l’Europe, les consommateurs y sont eux aussi de plus en plus inquiets face à l’explosion de leur facture alimentaire.
Les raisons de cette crise sont aujourd’hui connues : de mauvaises récoltes dues en partie au réchauffement climatique, une demande alimentaire accrue de géants comme l’Inde ou la Chine, la spéculation de « traders » sur les marchés des matières premières et la production croissante d’agrocarburants accaparant des terres fertiles pour alimenter les voitures. Mais il est une raison plus profonde à cette crise, rarement relevée par les médias traditionnels : le désinvestissement massif dans l’agriculture et la victoire progressive du commerce sur le droit à l’alimentation.
Le commerce avant le droit
Mis en place sous la pression de l’Organisation Mondiale du Commerce, de la Banque Mondiale et des promoteurs du libre-échange pur et dur, le modèle agricole et commercial actuel repose sur un postulat très clair : seul le marché a le droit de déterminer qui produit quoi, en fonction de la compétitivité de chacun. Après tout, pourquoi produire quand on peut importer ?
C’est ainsi que beaucoup de pays ont été encouragés à stopper certaines productions vivrières considérées comme trop chères, pour privilégier l’agriculture d’exportation à bas prix. C’est également dans cette optique que les États du Nord et du Sud ont progressivement dû laisser tomber les instruments publics permettant de soutenir l’agriculture familiale, de mener des politiques agricoles fortes et de réguler les marchés.
Résultat : face à une flambée des prix mondiaux, les populations se retrouvent souvent dans l’impossibilité de payer les importations hors de prix et ne peuvent se tourner vers l’agriculture locale incapable, par manque d’investissement, de répondre à court terme à la demande. Telle est la conséquence d’un modèle injuste, où les objectifs commerciaux prennent le dessus sur la sécurité alimentaire et le droit à l’alimentation.
Cette situation s’illustre parfaitement dans le secteur laitier. Partout sur terre, la production laitière paysanne subit de plein fouet la recherche constante de compétitivité et l’ouverture maximale aux échanges. Géant laitier, l’Union européenne joue ici un rôle décisif. Les propositions de la Commission européenne – produire toujours plus et au prix le plus bas – accéléreront encore la faillite de milliers d’exploitations laitières en Europe et dans le monde et renforceront le pouvoir de l’agrobusiness…
Changeons de cap !
Au Nord comme au Sud, l’agriculture familiale fait face aux mêmes défis. Pour y répondre, la seule alternative est de changer de cap, de réinvestir dans des politiques agricoles fortes protégeant les productions locales. Cela est parfaitement réalisable. Des pays comme le Malawi ou la Zambie ont osé franchir le pas - contre l’avis de la Banque Mondiale – et sont passés en quelques années du statut d’importateurs de céréales à celui de producteurs excédentaires. Le Kenya, pour sa part, a soutenu et protégé sa production laitière, lui permettant de devenir auto-suffisant et de réduire l’emprise du lait en poudre étranger.
Le contexte actuel ne fait que souligner la nécessité d’instaurer de telles politiques de souveraineté alimentaire. L’année passée, plus de 20.000 personnes ont signé la pétition d’Oxfam-Solidarité en ce sens. De nombreuses décisions stratégiques pour l’agriculture mondiale se prennent ici, en Europe. La pression du public reste donc fondamentale. Une autre agriculture est possible. Mais pas sans votre soutien.
Stefaan Declercq, Secrétaire général d’Oxfam-Solidarité
Thierry Kesteloot, Chercheur, spécialiste des questions agricoles
Plus d’infos :
Comment sortir de la crise alimentaire ?
Article issu du Globo de juin 2008


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