Un Forum Social porteur d’espoir

Pas de grandes déclarations finales, mais une ferme détermination à poursuivre le combat : le 7ième Forum Social Mondial vient de se clôturer à Nairobi (Kenya), permettant aux altermondialistes du Sud et du Nord de partager leurs connaissances de certains grands enjeux et de se renforcer mutuellement. Afin d’agir ensemble et de maintenir la pression sur les responsables politiques.
Si le Forum Social Mondial (FSM) avait à l’ordre du jour des enjeux globaux, les problématiques plus spécifiques à l’Afrique ont été particulièrement mises sous le feu des projecteurs. Une grille de lecture africaine s’est logiquement imposée sur les questions de pauvreté, de faim, de violence et de conflits ou d’exploitation économique découlant des accords commerciaux internationaux.
Un Forum ouvert
Lors de l’ouverture du FSM le samedi 22 janvier, l’ancien président zambien Kenneth Kaunda a appelé les participants à combattre ensemble la pauvreté dans le monde. Au même moment, de nombreux Kényans de Kibera, le plus grand bidonville de NaIrobi, se réunissaient dans le parc Uhuru afin d’exprimer leur refus de voir l’eau du pays ramenée au statut de marchandise. Ils revendiquaient un accès accru à l’enseignement et aux soins de santé. Ils exigaient une dignité dans le travail et les salaires. Ils voulaient faire entendre ce cri aux nombreux syndicats, ONG, associations de femmes ou organisations paysannes présents au Forum. A cette fin, ils ont donc mené, avec une succès, des actions destinées à rendre gratuit l’accès au stade Kasarani, où se déroulait le Forum.
Une dynamique populaire renforcée
Le but du FSM est d’abord de rassembler les altermondialistes du monde entier pour favoriser l’échange des points de vue et renforcer la dynamique du mouvement mondial. Mais un FSM peut-il réellement peser sur l’agenda politique ? Peut-il améliorer la vie quotidienne des hommes et femmes d’Afrique ? Le fait est que depuis le premier Forum tenu à Porto Alegre (Brésil) en 2001, les mouvements sociaux ont gagné en infuence. Des groupes locaux se sont structurés, ils ont appuyé la victoire de candidats de gauche en Amérique latine, ont fait pression pour que les négociations menées par les pays en voie de développement avec l’Organisation mondiale du commerce soient profondément revues, ... Bref, le message du FSM a pris de l’ampleur et a gagné les consciences : un autre monde est possible !
Eradiquons les injustices !
Le dernier jour du Forum offre toujours la possibilité aux différents groupes sociaux de présenter leurs propositions au cours d’une session plénière. Nairobi n’a pas fait exception à la règle. Les organisations africaines et leurs partisans ont clairement exprimé leur volonté de renforcer la lutte contre les accords commerciaux imposés, de poursuivre le combat pour l’annulation de la dette et l’élimination de la pauvreté.
Le Kenyan Wangara Maathai, prix Nobel de la Paix, a parfaitement résumé l’enjeu qui se pose aujourd’hui. "Pour que ce Forum assure de réels effets et participe à la construction d’un autre monde, il faut d’abord mettre fin aux injustices économiques qui se déroulent actuellement. Il faut mettre fin à l’oppression à l’encontre des femmes. Il faut renforcer les organisations locales et la participation pleine et entière des populations. Surtout celle des jeunes."
"Les mouvements sociaux doivent jouer leur rôle de chiens de garde. Nous devons faire savoir aux dirigeants mondiaux que nous les avons à l’oeil. A l’image de Martin Luther King, nous devons leur rappeler que le pouvoir, c’est la capacité à créer le changement. Poussons-les à agir en ce sens."
"G8, we have a question for you". Cette chanson du groupe kényan The Creditors (les créanciers) a ensuite envoyé un message aux puissances réunies au Forum Economique Mondial de Davos : effacez la dette, effacez la souffrance et l’exploitation !
Trois lauréates du Prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi (Iran), Jody Williams (Etats-Unis) et Wangari Maathai (Kenya) ont voulu marquer cet événement historique en plantant un arbre dans le Stade Kasarani. Des centaines de Kényans et de participants internationaux ont suivi leur exemple. Le message est clair : la volonté est plus forte que jamais, elle ne pliera pas. Le combat se poursuivra tant que les droits de chacun sur cette terre ne seront pas respectés.
Chantal Nijssen, participante au FSM de Nairobi pour Oxfam-Solidarité


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