Médias

11 janvier 2005

Tsunami : l’occasion d’un bond en avant

La communauté internationale est solidaire avec les victimes du tsunami ravageur qui, le 26 décembre 2004, a submergé l’Asie du Sud-Est. Le nombre de morts s’élève actuellement à 165.000 personnes, des millions de gens ont besoin d’aide pour survivre et reconstruire leur existence.

Par Stefaan Declercq, Secrétaire général Oxfam-Solidarité

1. Il faut faire la différence entre les fonds promis par les gouvernements et ceux récoltés et offerts par la population mondiale.

Quelques chiffres :

Union européenne (Commission européenne + Etats membres)

- 1.513 milliard d’euros (environ 2 milliards de dollars). Le Conseil des ministres européens du 7 janvier dernier a été affirmé qu’il s’agissait de fonds extras, qui ne s’inscrivent donc pas dans les fonds d’aide au développement et d’aide d’urgence déjà budgétisés. Au cours de l’année 2005, il faudra veiller à ce que ce soit bel et bien le cas.

Belgique
- 30 millions d’euros (3,6 dollars/habitant) dont une moitié consacrée à l’aide d’urgence et l’autre à la reconstruction.
- La Région wallonne offre 1.170.000 euros, la Communauté flamande 500.000 euros.
- La population belge va donner selon les estimations entre 40 et 50 millions d’euros.

Autres pays

- Le gouvernement allemand est en tête des promesses de dons européens : 500 millions d’euros.
- La population néerlandaise a offert 112 millions d’euros, le gouvernement hollandais a promis 29 millions d’euros.
- La Norvège a promis 134 millions d’euros (40 dollars/habitant).
- La Suède, 55 millions d’euros (9,1 dollars/habitant).
- L’Australie est le plus grand donateur ayant promis 572 millions d’euros.
- Les Etats-Unis promettent 350 millions de dollars (1,2 dollar/habitant).

Les Nations unies ont estimé les montants d’aide d’urgence nécessaires au cours des six prochains mois à 741 millions d’euros (977 millions de dollars). Ce montant est nécessaire pour fournir de la nourriture, des abris temporaires, de l’eau potable à 1,8 million de personnes durant six mois.

Au total, 5 millions de personnes ont tout perdu : logements, moyens d’existence, de production... Il n’y a pas encore eu d’évaluation des montants totaux nécessaires à la reconstruction des pays touchés.

En ce qui concerne les aides accordées, Oxfam-Solidarité :

a. Demande que les autorités tiennent leurs promesses. L’expérience des catastrophes précédentes montre qu’en moyenne, seul un tiers de l’argent promis est effectivement offert. Par exemple, pour l’aide qui a suivi la catastrophe de l’ouragan Mitch (1998), 9 milliards de dollars avaient été promis mais seulement 3 milliards ont été versés. Oxfam exige que, lors de la réunion des donateurs à Genève (11 janvier 05), une date soit fixée pour verser les fonds.

b. Suggère de comparer le montant des dons avec d’autres dépenses. Les gouvernements semblent offrir beaucoup d’argent mais nous ne pouvons nous faire une image claire de leurs efforts qu’en comparant le montant de leurs dons avec le niveau d’autres dépenses. Ainsi, le budget de la défense de la Belgique s’élève à environ 2,5 milliards d’euros par an, celui des États-Unis à environ 450 milliards de dollars par an. Au total, les Etats-Unis ont déjà dépensé plus de 151 milliards de dollars à la guerre en Irak, ce qui revient à 3.415 dollars par famille selon l’économiste Doug Henwood.

c. Invite la Belgique à consacrer, comme promis, 0,7% de son PNB à l’aide au développement. Partout dans le monde, la générosité de la population est énorme. Dans certains pays, les dons de la population égalent voire dépassent l’effort de leur gouvernement. En Belgique, la population va multiplier ce chiffre par une fois et demi. Ceci montre que la solidarité internationale est très grande et tend à augmenter depuis ces dernières années. La Belgique doit également parvenir à consacrer, comme promis, 0,7% de son PNB pour l’aide au développement (actuellement 0,46%), alors que la tendance est plutôt inverse.

d. Demande au gouvernement belge d’insister auprès des autres États européens pour qu’ils satisfassent la demande totale des Nations unies pour l’aide d’urgence en 2005. À côté de la demande de 997 millions de dollars pour le tsunami, 1,7 milliard de dollars est nécessaire pour répondre à l’urgence des 14 plus grandes crises humanitaires dans le monde aujourd’hui. Ce 11 janvier 2005, à Genève, une promesse doit aussi être faite de rencontrer cette double demande humanitaire des NU.

e. Insiste pour que l’aide aux pays touchés ne soit pas conditionnée à la libéralisation.

2. Oxfam-Solidarité demande que ce grand moment de solidarité internationale soit l’occasion de mettre en œuvre des mesures structurelles en matière de reconstruction.

a. Augmenter les engagements La nécessité pour les gouvernements d’augmenter leurs engagements pour l’aide internationale. Ils promettent à ce jour un total d’environ 4 milliards de dollars (les derniers chiffres parlent de 6 milliards de dollars). La solidarité internationale de la population prouve que les gouvernements peuvent compter sur leur soutien pour augmenter substantiellement leurs budgets.

b. Coordination par les Nations unies La nécessité d’une coordination effective des opérations d’urgence par les NU, et la reconnaissance par tous les pays de ce rôle de coordinateur des NU. Les interventions de secours par des unités de l’armée sont peut-être nécessaires dans une première phase et doivent être défendues pour autant qu’elles relèvent du commandement des autorités civiles. Elles doivent être arrêtées dans les plus brefs délais après la première phase d’urgence.

c. « Reconstruction Plus » Nous nous trouvons face à un dilemme : soit, nous réinstallons la pauvreté dans laquelle les pays se trouvaient avant d’être frappés par le tsunami, soit nous démarrons un programme réel qui va diminuer structurellement la vulnérabilité de la population locale. Nous demandons la consultation et la participation de la société civile dans la phase de reconstruction. Nous devons avoir l’ambition de mettre en place un programme d’au moins 5 ans, basé sur des donations plutôt que sur des emprunts et sur la base d’une aide non conditionnelle.

En savoir plus ?

The Asian Tsunami : The challenge after the Jakarta summit (PDF- 97K)

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