Tsunami

12 décembre 2006

Thaïlande : accéder à la terre dans les zones touchées par le tsunami

Presque 2 ans après le tsunami, des obstacles subsistent toujours face au travail de réhabilitation mené par les communautés, les gouvernements, les ONG locales et internationales. Parmi ces obstacles, l’accès à la terre pour les populations constitue un enjeu majeur.

De nombreuses communautés de pêcheurs ne peuvent plus regagner leur zone d’habitation car les autorités et les entreprises privées qui veulent promouvoir l’industrie et le tourisme réclament leurs terres. Souvent, les communautés de pêcheurs vivaient depuis plusieurs générations dans les zones côtières mais elles ne peuvent présenter aucun acte de propriété individuel. Leur terre est enregistrée comme bien collectif.

Déjà avant la catastrophe, la communauté de pêcheurs était menacée d’expulsion mais beaucoup d’entre eux se retrouvent aujourd’hui dans une situation critique. Le tsunami a donc offert une belle opportunité aux promoteurs immobiliers : évincer définitivement ces populations de la bande côtière.

La terre et le droit
Située en bord de mer, dans la province de Phang Nga, la communauté de Laem Pom a été fortement touchée par le tsunami : plus de trente maisons ont été détruites, et 45 des 139 habitants ont perdu la vie. Installée depuis près de quarante ans sur la bande côtière, cette communauté de 52 familles y a développé des activités dans le secteur de la pêche et de l’agriculture. Mais ne possédant pas de titres de propriété, elle est aujourd’hui confrontée à un problème de légalité d’occupation de ses terres.

Face à elle, la société d’investissements Far East. En 2002, cette entreprise a réussi à obtenir - de manière discutable - un certificat temporaire de propriété. Depuis, les résidents tentent de s’organiser pour faire valoir leur droit à rester sur cette terre. La loi thaïlandaise les autorise d’ailleurs à revendiquer cette terre sur laquelle ils vivent et travaillent depuis si longtemps.

Tentatives d’intimidation et manque d’aide publique
Mais le combat n’est pas facile. Et les coups bas sont réels. Au lendemain du tsunami, les gardes de sécurité de la compagnie installaient déjà une clôture de barbelés afin d’empêcher les survivants d’accéder aux terrains pour rechercher les corps des victimes. Mais sans succès.

Depuis lors, les résidents accusent la compagnie Far East de tentatives d’intimidation physique et morale. Le but de la compagnie : faire accepter aux populations d’être relogées ailleurs. Et avoir le champ libre pour l’implantation d’un vaste complexe touristique...

Dans cette affaire, le Gouvernement n’est pas d’un grand secours. Sa politique renforce au contraire la tendance, en accordant d’importantes concessions à prix réduit aux multinationales pour l’installation de grandes plantations d’huile de palme ou de café.

Le Gouvernement a déclaré à cet effet « parcs nationaux » ou « zones protégées » de nombreux territoires habités, et tente d’en expulser les résidents, libérant ainsi de nombreuses terres pour les multinationales, assurant un apport important de main-d’œuvre bon marché dans les villes.

Réseaux de soutien
Noppan Promsri est coordinatrice de la Human Settlement Foundation, et membre du réseau « Save Andaman », une coalition de groupes d’aide thaï qui a soutenu Laem Pom. Elle déclare : « Les compagnies, soutenues par le gouvernement local, y ont donc vu une occasion parfaite pour s’installer, tout nettoyer et dire aux villageois : ‘Il est temps que vous bougiez d’ici’. Elles pensaient que les villageois n’auraient plus l’énergie de se battre ».

Mais ils en ont encore. Et Oxfam-Solidarité les soutient dans leur lutte, à travers l’appui à des partenaires de son Programme Tsunami en Thaïlande. Ainsi, Oxfam travaille avec le Save Andaman Network (SAN). Ensemble, ils collaborent pour aider les populations à reconstruire leur vie. Dans les prochaines années, ce réseau va concentrer son énergie sur le droit à la terre. Ce projet consistera d’une part, en une assistance juridique aux familles assignées en justice et d’autre part, en un travail qui devra influencer la politique et qui devra encourager les autorités à prendre leurs responsabilités.

Un dialogue permanent avec les communautés concernées constitue une condition primordiale pour la réalisation de ce projet. Un groupe de 5 personnes, encadré par de jeunes juristes, est en place pour le suivi légal des procès en cours. Le SAN aide la communauté à s’unir afin de revendiquer son droit d’accès à la propriété légale, et démontrer l’illégalité des titres détenus par Far East. De plus, le SAN milite pour l’intégration des communautés dans des réseaux de solidarité régionaux et nationaux qui luttent pour garantir leur droit d’accès à la terre. Le combat continue, et le cas de Laem Pom n’est pas isolé. Aujourd’hui, plus de 80 communautés, principalement dans la province de Phan Nga, font face à des problèmes du même ordre. Et on compte près de 1,5 millions de sans-terres dans le pays.