Un programme d’Oxfam vise à aider ces personnes à s’assurer des moyens de subsistance via l’octroi de subventions ou de prêts et l’organisation de formations pour promouvoir le commerce local. L’objectif principal est de soutenir des entreprises dotées d’un “business plan” sérieux et qui sont capables d’employer au minimum deux personnes localement, tout en respectant les lois du travail haïtiennes et en n’ayant pas d’impact sur l’environnement.
Ci-dessous, vous trouverez des récits de vie quotidienne dans les camps de réfugiés en Haïti qui ont pu bénéficier de ce programme pilote de soutien au commerce local. Nous en rajouterons régulièrement.
Depuis son ouverture en avril 2010 le camp de Corail a énormément changé. Des maisons de base ont remplacé les interminables rangées de tentes blanches. Des commerces se sont développés dans et autour de ces maisons. L’un d’eux appartient à
Esline Belcombe, 25 ans, qui vit à Corail avec sa mère et sa fille de deux ans. Esline a perdu son mari lors du tremblement de terre.
« Grâce au soutien d’Oxfam j’ai pu ouvrir un restaurant. Avant ça je pensais élever des poules pour vendre leurs œufs, mais je ne parvenais pas à obtenir un prêt. Avec l’argent d’Oxfam, je loue la maison d’à côté et je l’ai convertie ainsi que le jardin en restaurant. »

- « J’ai reçu 10.000 dollars haïtiens – une partie en subvention, l’autre en prêt. Pendant douze mois, je rembourse le prêt et je recevrai cette somme de retour sous forme de subvention. »
“Cela fait un mois que nous avons ouvert, mais seulement le soir. En journée, les corps de métier sont au travail. Nous faisons des barbecues, vendons des boissons et passons de la musique. Je chante également… Les gens viennent pour l’ambiance… car il n’y a rien d’autre ici. Les clients viennent parfois même d’en dehors du camp. L’argent fourni par Oxfam paie la construction et m’a permis d’acheter des équipements, comme par exemple un congélateur. »
Esline est également présidente du comité de gestion l’eau qui, comme son nom l’indique, gère l’eau dans le camp, mais aussi le tri des déchets et la maintenance des latrines. Au départ, Oxfam s’occupait de ces tâches mais la responsabilité a été transférée au comité.

- « Mon poste au sein du comité de gestion de l’eau est ma façon à moi de contribuer à la communauté. J’ai besoin de donner quelque chose en retour à la société. C’est quelque chose que j’aime et que je dois faire. Mon commerce quant à lui, c’est pour pouvoir prendre soin de ma famille… c’est pour nous tous. »
« J’emploie cinq jeunes qui n’avaient pas de travail et j’espère pouvoir en embaucher d’autres quand les affaires marcheront. Il n’y a pas de travail ici donc cela fait du bien de pouvoir en proposer aux jeunes. »
“Nous avons aussi une organisation de femmes – OFADJA. Nous travaillons sur un projet de cantine collective où les plats coûteraient 2,3 ou 5 dollars haïtiens. Je m’occupe de la coordination et nous cherchons pour le moment des soutiens financiers. Il y a tant de personnes ici qui souffrent de la faim parce qu’ils n’ont pas d’argent. L’argent que nous cherchons permettrait de couvrir les coûts du gaz pour cuisiner et les épices, et nous espérons obtenir du riz et de l’huile via une autre organisation. Certaines personnes – les plus vulnérables, les plus démunis – pourraient se restaurer gratuitement. »
Renel Saint Juste a lancé sa boulangerie grâce à une petite somme d’argent que lui a fourni Oxfam. « J’ai créé ce commerce parce que les gens se plaignaient du fait qu’il n’y avait nulle part où acheter du pain dans le camp de Corail. » Renel a pu entre-temps bénéficier d’une subvention pour agrandir son commerce.
« L’argent d’Oxfam m’a aidé à acheter un four plus grand de manière à augmenter ma production. La demande en pain est énorme tant dans le camp qu’aux alentours. Toute ma production est vendue avant même la fin de la matinée. »

- « Le grand four n’est pas encore opérationnel, on est en train de l’installer. Pour le moment, j’arrive à cuire environ 5.000 petits pains par jour, mais avec le nouveau four, je devrais être capable d’atteindre une production de 60.000 à 85.000 petits pains par jour. »
« Ce programme d’aide m’a beaucoup apporté. Après le tremblement de terre, on a tous cru que c’était la fin pour nous, puis Oxfam est arrivée et nous a proposé son soutien. On avait tout perdu et Oxfam nous a réellement épaulés et montré qu’il y avait encore de l’espoir. À ce moment-là, nous n’avions ni travail, ni aucune perspectives d’avenir. »
« Avant d’ouvrir la boulangerie, les gens étaient obligés d’aller chercher leur pain très loin vu qu’il n’y en avait pas assez à Corail. Oxfam a répondu à nos besoins. Avant, nous ne pouvions pas envoyer nos enfants à l’école parce qu’il fallait de l’argent pour payer le transport. Désormais, nous gagnons un peu d’argent, et pouvons donc scolariser nos enfants, acheter des vêtements et aider financièrement les autres. »

- « Peut-être qu’une de mes filles deviendra présidente, maintenant qu’elle peut aller à l’école ! On n’a jamais eu de femme présidente en Haïti. Oui, j’espère un jour assister à ça.”
« Nous avons également engagé du personnel. Nous avons 7 employés pour le moment mais avec le nouveau four nous pourrons en engager 5 de plus… soit 12 au total. Je dis « nous » parce que c’est un travail d’équipe, il n’y a pas que moi. Grâce à l’aide d’Oxfam, nous prenons nos dispositions pour être sûrs d’avoir un commerce qui marche. »
Jean-Yves Cherestal a reçu 1.000 dollars d’Oxfam. « Avant, je travaillais dans la construction. Je suis maçon, menuisier et ferronnier – j’ai d’ailleurs construit ma propre maison. Le 11 janvier 2011, nous étions en train d’ériger un pont, et j’ai eu un accident où j’ai perdu partiellement l’usage d’une main. Je peux encore l’utiliser mais pas comme avant et je ne peux certainement plus exercer ma profession. Après mon accident et avant de recevoir cet argent, c’était ma femme qui tentait de s’occuper de nous tous. La situation était très difficile. »
« Avec l’argent d’Oxfam, j’ai pu finir la construction de ce magasin. J’ai aussi acheté un frigo pour pouvoir vendre des boissons fraîches. J’ai reçu une partie de l’argent sous forme de subvention et l’autre sous forme de prêt, dont nous remboursons une partie chaque mois. »

- Nous avons coutume de dire que les bons comptes font les bons amis. C’est une question de confiance, et c’est également ainsi que je décrirais ma relation avec Oxfam. »
« Il y a un proverbe qui dit : « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toute sa vie ». Oxfam ne nous a pas simplement donné de l’argent, elle nous a aussi fourni une formation commerciale, nous montrant, par exemple, comment gérer notre argent et ne pas tout dépenser d’un coup. »
« La formation nous a montré comment utiliser l’argent à bon escient, non pas en le dépensant ou en le donnant mais en le réinvestissant dans notre commerce. J’ai appris beaucoup de choses, comme le fait d’analyser les commerces qui existent déjà dans le quartier avant d’ouvrir le mien, comment identifier les besoins des gens. Nous avons aussi appris à nous souvenir que nous ne devons par oublier de nous rémunérer pour notre travail. Beaucoup de personnes en Haïti oublient cet aspect. »
« Nous avons également appris que nous devons faire attention aux besoins de nos clients. Si nous ne le faisons pas, ils iront voir ailleurs. J’ai par exemple un sachet de friandises, que je distribue aux clients quand ils viennent acheter quelque chose pour qu’ils reviennent au magasin. »

- « Je suis très content de l’argent que nous avons reçu d’Oxfam pour démarrer ce commerce, car cela fait une véritable différence dans nos vies », explique Lucia Etienne, la femme de Jean-Yves.
« J’ai aussi construit un banc en face du magasin pour permettre aux clients de s’asseoir. J’y ai accroché une enseigne pour qu’ils sachent que c’est un cadeau de mon magasin. Il me manque encore beaucoup de marchandises pour pouvoir satisfaire les clients, mais ils reviennent parce qu’ils aiment la manière avec laquelle je les traite et j’étoffe peu à peu mon offre de marchandise. »
« Nous espérons voir le magasin s’agrandir et le nombre de clients se multiplier à l’avenir. Le magasin vient d’ouvrir et ce n’est donc qu’un début. Je travaille de 5h du matin à 10h du soir. Quand je dois m’absenter, c’est ma femme qui prend le relais. »
« Je voudrais remercier Oxfam pour l’aide qu’elle nous a apporté. Sans cet argent, nous n’aurions jamais eu cette chance. Désormais, nous regardons l’avenir avec optimisme. »
Par l’intermédiaire de ce programme pilote, Oxfam a soutenu 92 petits commerces qui emploient au moins deux personnes et a aidé 53 personnes supplémentaires à développer des activités commerciales, mais qui ne sont pas encore en mesure d’embaucher. Oxfam espère pouvoir développer ce programme dans le futur.
Textes et photos de Jane Beesley/Oxfam