Tsunami

9 février 2005

Témoignage d’un homme de terrain (Sri Lanka).

Malcom Fleming est un des collaborateurs d’ Oxfam au Sri Lanka. Il nous décrit ses impressions et le travail de son équipe.

« Dimanche matin. À peine levé, tu vois l’eau de mer inonder ta maison. Avec ta femme, tu grimpes sur la table de cuisine, mais elle est emportée par des trombes d’eau. Tu t’agrippes à une armoire aussitôt renversée par les flots. Tu te cramponnes au toit en regardant tous tes biens siphonnés par le courant qui se retire. »

C’est l’expérience vécue par mon collègue d’Oxfam, Rajaretnam Rajeswaren, notre adjoint en assainissement des eaux à Batticaloa, au Sri Lanka, quand le tsunami a frappé dimanche dernier. Rajaretnam raconte : " Nous avons vu surgir des cadavres. On appelait à l’aide, mais nous ne pouvions rien faire. Quand les dernières vagues se sont retirées, nous sommes descendus du toit. Il y avait des morts tout près. Du haut d’un de nos cocotiers, une femme appelait au secours. Nous avons réussi à la tirer de là et nous avons fui ensemble, dans l’eau jusqu’aux épaules. "

Dimanche dernier, le tsunami m’a frappé moi aussi, mais de façon bien différente. Venu fêter Noël chez mes parents, dans le village de Symington en Écosse, j’ai entendu ma mère au téléphone : on l’informait que le désastre avait touché le Sri Lanka. Mon frère et sa femme y étaient partis en vacances la veille de Noël. Le cœur battant, j’ai sauté du lit pour savoir s’ils étaient sains et saufs.

Heureusement, ils se trouvaient à l’intérieur des terres quand le tsunami a frappé. Mais plusieurs n’ont pas eu cette chance. Au Sri Lanka seulement, on a dénombré presque 30 000 morts au moment où j’écris ces lignes et il s’en ajoute des milliers d’autres chaque jour. Plus de 1,2 million de personnes se retrouvent à la rue. Déjà appauvries par des années de guerre civile, les régions côtières du nord et de l’est du pays ont été dévastées. La côte sud a été durement frappée elle aussi.

Je l’ignorais encore le matin du 26 décembre, mais à peine quelques heures plus tard, je quittais l’aéroport de Glasgow dans un avion en partance pour Colombo, la capitale du Sri Lanka. Inondés d’appels des médias internationaux, mes collègues là-bas avaient demandé qu’on leur envoie quelqu’un pour s’en occuper afin qu’ils puissent se concentrer sur la coordination des secours d’urgence.

J’ai eu un avant-goût de ce qui m’attendait en constatant que plusieurs passagers du vol de Sri Lankan Airlines étaient des expatriés venus participer aux secours d’urgence ou, pis encore, assister aux funérailles d’un proche. L’escale aux Maldives nous a fait entrevoir des îles paradisiaques sous un soleil radieux, une image trompeuse après le désastre survenu seulement quelques heures plus tôt.

Les bureaux d’Oxfam se trouvent dans un édifice de trois étages en banlieue de Colombo, près du bord de mer. C’est là que s’est mise en branle une titanesque opération de sauvetage, avec des équipes sur place vingt-quatre heures par jour qui voient à l’approvisionnement en matériel d’urgence et à son expédition. Pour réaliser ce travail, nous pouvions compter sur un réseau de bureaux locaux établis dans le nord et l’est du pays en vue de fournir de l’aide humanitaire aux populations touchées par la guerre civile.

En plus d’un autre ouvert aujourd’hui même dans le district sud de Hambantota, ces bureaux constituent maintenant nos bases d’opération pour la distribution du matériel d’urgence : bâches en plastique pour s’abriter, seaux pour l’eau potable, matelas, couvertures, ainsi que les mille petits riens essentiels à la vie de tous les jours qui sont ont été emportés par les flots - allumettes, bougies, savon. Par une étrange ironie du sort, le personnel a pu disposer sans tarder des réserves constituées à la suite des inondations survenues avant Noël.

L’eau potable est ce qui manque le plus et c’est notre priorité absolue. Sans eau potable, la menace de maladies devient très rapidement une réalité fatale. Nous avons installé des citernes de 1000 et 2000 litres à plusieurs endroits, mais il est difficile d’acheminer du matériel aussi imposant là où les ponts ont été détruits. Nous y avons donc expédié autant de bouteilles d’eau que possible. Témoignant de manière éloquente de l’esprit d’initiative local, la Brasserie Lion de Colombo a stoppé la production de bière de son usine dernier cri pour y embouteiller de l’eau vingt-quatre heures par jour. Des camions transportent ensuite les bouteilles dans les régions affectées où Oxfam en assure la distribution. Quand j’ai demandé à Nausha Raheem, la gérante, de m’expliquer pourquoi l’entreprise avait pris cette décision, elle a simplement répondu : " Devant une catastrophe aussi meurtrière, comment ne pas faire notre part ? "

L’opération de secours d’urgence est colossale et, même si je suis arrivé depuis quelques jours à peine, j’ai l’impression que ça fait beaucoup plus longtemps. Je connais maintenant très bien les villes dont je pouvais à peine prononcer le nom et je me surprends à utiliser les abréviations locales - Trincomalee devient Trinco et Batticaloa, Batti. Il y a - ou plutôt, il y avait - une industrie de la pêche florissante au Sri Lanka. Elle est pratiquement réduite à néant, avec la destruction des bateaux et des filets. Une partie des bateaux a été emportée au large pour y couler, le raz-de-marée en a rejeté d’autres à l’intérieur des terres. Notre coordonnateur des programmes pour le Nord, Rod Slip, m’a raconté son arrivée à Trinco le soir du désastre : " C’était surréaliste ! Il y avait des bateaux partout DANS la ville. Un gros bateau de pêche était au beau milieu de la route, un mètre et demi au-dessus du niveau de la mer, comme si on l’avait posé là exprès. Il faisait noir et les scènes de dévastation surgissaient au gré des phares de la land rover. C’était complètement déroutant. Il n’y avait subitement plus rien, là où se trouvaient auparavant des huttes et des maisons. Partout, le sol était jonché de débris. "

À l’aube de 2005, tout le monde au Sri Lanka espère en l’avenir, mais il reste encore énormément à faire rien que pour contrôler les urgences et garder les gens en vie. Nos amis sri lankais auront besoin de beaucoup d’aide à moyen et à long terme pour pouvoir se remettre d’un tel désastre. Les gens n’ont pas seulement perdu leurs maisons et leurs biens, mais aussi leurs moyens de subsistance. Quand les images bouleversantes du tsunami auront disparu de nos écrans de télé, il est crucial que le monde n’oublie pas le Sri Lanka et lui donne le soutien nécessaire pour panser toutes ses plaies.

Oxfam se prépare en vue d’une phase initiale de réhabilitation d’urgence de dix-huit mois. Le seul élément positif qui pourrait ressortir de cette terrible situation serait d’unifier dans la paix ce pays déchiré depuis des années par la guerre civile, après que tous aient combattu ensemble un tel désastre et coordonné ensemble les secours d’urgence.

A voir aussi

Galerie photos : SOS Tsunami

Vidéo : Sri Lanka - Janvier 2005 - Oxfam est là !

Les victimes du raz de marée ont besoin de vous. Faites un don !

Toutes les dernières news