Tsunami

12 septembre 2005

Témoignage : Aceh, une renaissance pierre par pierre

“Tout semble avoir tellement changé” nous rapporte le photographe alors que notre camion se fraye un chemin sur la route qui mène à la côte. Incrédule et sans voix. Tout ce que l’on pouvait voir était une plaine jonchée de débris interrompu ici et là par des constructions comme écrasée sans répit par un poing géant. C’était une scène d’apocalypse, tout droit d’Hiroshima ou de Dresde, mon esprit ne pouvant admettre que la situation aurait pu être pire.

22 août 05

6 mois après Jim Holmes, le photographe qui m’accompagna au début juin en Indonésie, avait visité Banda Aceh pour la dernière fois, avant que les corps et les débris aient été enlevés. Son opinion était dès lors fort pertinente. Cette fois-ci nous étions là pour analyser le travail de réhabilitation d’Oxfam six mois après le tsunami. Le premier jour nous nous sommes rendus au village de Alue Deah Baro où la reconstruction est en cours.

Au village d’Alue Deah Baro

Le chauffeur s’arrêta au milieu d’un endroit dévasté, je ne compris pas immédiatement que nous étions arrivés. Il n’y avait ni enfants, ni maisons, ni chèvres ou encore palmiers qui définissent un village typique d’Aceh. Uniquement des débris, quelques constructions en cours et une poignée de personnes se reposant sur des fondations.

Mon guide Siti s’efforça de détourner mon regard de ces scènes de désastre pour me montrer le site du village. Il y avait, à moitié construit, un poulailler. Un petit café vendait boissons et nourriture. La maison communautaire était presque finie. Les hommes, de l’eau jusqu’au torse, pêchaient du poisson à l’aide de nouveaux filets. J’appris que de nouveaux bateaux devaient bientôt arriver et que durant les mois à venir, Oxfam et une agence d’aide indonésienne, allaient joindre leurs forces pour construire quelques 140 nouvelles maisons.

De jeunes pousses de Mangroves

Le jeune palmier qui chatouillait mon genou était un des 2.000 palmiers plantés par les membres de la communauté. 50.000 pousses de mangroves fraîchement plantées étaient éparpillées dans la boue du littoral - une source future de protection du littoral, de coquillages comestibles et d’habitat naturel pour la faune et la flore locale. Pak Jhon, le chef du village, nous renseigna sur une autre utilité des mangroves pour les survivants du tsunami : « Les mangroves cacheront la vue de l’océan ». En m’efforçant de rester ouvert d’esprit ce jour-là, je réalisai que le terrain désolé état en passe de devenir un village vivant et animé d’enfants, maisons, chèvres, palmiers, ...

La reconstruction

Il y a encore quantité de besoins pressants à Aceh, la plupart découlant du nombre de personnes qui vivent encore dans des tentes et des abris temporaires, retardés dans leur réhabilitation par suite de complications administratives liées au titre de propriété. Le gouvernement indonésien doit s’atteler en priorité à la résolution de ces problèmes liés à la propriété de la terre et ce, de concert avec les communautés locales affectées.

Mais, tout au long de notre périple qui, durant deux semaines, nous amena de village en village, nous ne cesserons de rencontrer des survivants du tsunami qui, équipés d’outils et d’autres équipements fournis par les agences d’aide humanitaires, sont en train de reconstruire leur communauté et leurs sources de revenus. Les tailleurs cousent à nouveau, les pêcheurs ramènent des prises, les boulangeries produisent à nouveau du pain. Des programmes « d’argent contre travail » (Cash For Work) permettent de réhabiliter les rizicultures, routes et ponts.

Une renaissance

C’est avec un revenu et une activité que renaissent des choses difficilement mesurables : une femme d’un village me rapporte « Avant que vous ne nous aidiez à retourner au travail, nous nous sentions comme des ours en cages ». « En restant à la maison sans occupation, on ne peut que penser au tsunami » nous confie une autre.Le grand angle du photographe (Jim) peux capturer l’étendue de la catastrophe mais la renaissance se présente sous forme de milliers de petits clichés. La reconstruction prend forme dans une multitude de changements, chacun d’eux étant insignifiant devant l’ampleur dévastée mais contribuant inlassablement et inéluctablement à la renaissance d’Aceh.

Par Elizabeth Stevens, Oxfam America

Des maçons engagés par Oxfam travaillent sur les fondations du projet de nouvelles maisons soutenues par Oxfam dans le village de Alue Deah Baro. Credit : Jim Holmes / Oxfam

Oxfam supporte les communautés qui replantes des mangroves sur le littoral du village d’Alue Deah Baro. Credit : Jim Holmes / Oxfam.

Elizabeth Stevens et le staff d’Oxfam au village Alue Deah Baro. Credit : Oxfam