social

Pour un commerce équitable

2 avril 2009

Suspension des négociations UE-Amérique centrale

Ce jeudi 2 avril 2009, les négociations entre l’Union européenne et l’Amérique centrale ont été suspendues, suite à clash survenu entre les gouvernements d’Amérique centrale.

Les cinq pays d’Amérique centrale avaient convenu de soutenir une proposition du Nicaragua visant à établir un grand fonds de compensation. Mais cette unité a rapidement tourné court, entraînant le départ de la délégation nicaraguéenne. Les autres délégations n’ont alors pu que constater que cette ronde de négociations était terminée avant même d’avoir débuté...

L’UE privilégie la libéralisation commerciale au dialogue et à la collaboration
Dans le cadre de cette ronde de négociations tenue à Tegucigalpa, au Honduras, le groupe de travail “Commerce” de l’ACI* a rappelé que le modèle d’Accord d’Association poussé par l’Union européenne ne contribue en rien à la réduction de la pauvreté ou au développement de l’Amérique centrale.

« L’UE se focalise sur un accord de libéralisation commerciale, au lieu de chercher à établir un accord aux objectifs plus larges », regrette le groupe de travail. « L’UE veut poursuivre dans cette direction alors qu’aucune étude d’impact n’est disponible. Elle cherche à imposer sa volonté dans le volet commercial au détriment du respect des droits humains dans les deux autres volets, "collaboration" et "dialogue politique" »

« Dans ces conditions, et dans le contexte actuel de crise financière internationale, il est clair que les plus pauvres d’Amérique centrale sortiront perdants de ces négociations », remarque l’organisation internationale de développement Diakonia.

Les droits bafoués
Pour Sonia Cano, représentante d’Oxfam International, les accords de libéralisation du commerce ont déjà démontré qu’ils ont peu d’effet sur l’amélioration du sort des plus pauvres. « Tant que nous continuerons à libéraliser les marchés de la même manière, sans tenir compte des déséquilibres existants, cet accord avec l’UE n’améliorera pas le sort des plus vulnérables, et leurs droits ne seront pas respectés en Amérique centrale. »

« Après plusieurs rondes de négociations, il est préoccupant de constater que des questions fondamentales comme le droit à l’eau potable, les droits du travail, le droit à la protection contre le génocide et le droit des populations concernées de se faire entendre ne sont toujours pas reconnus et défendus », explique Sonia Cano.

Les négociations de l’Accord d’Association n’ont jamais abordé la question des conséquences potentiellement négatives pour la population d’Amérique centrale. D’après la Banque Mondiale**, 6 millions de latino-américains basculeront dans la pauvreté en 2009 des suites de la crise financière mondiale et des énormes inégalités qui règnent en Amérique latine.

Les pauvres ne sont jamais écoutés
« Les accords tels que le traité de libre-échange avec les États-Unis (DR-CAFTA) ou l’accord qui est sur le point d’être signé avec l’UE ont une caractéristique commune : la voix des pauvres n’est pas entendue » analyse Carlos Ruiz de l’organisation de développement MS. « Or, les petits agriculteurs et les petits entrepreneurs de la région doivent aussi pouvoir s’exprimer sur leurs inquiétudes, leurs besoins et leurs intérêts par rapport à ce type d’accords. En tant que représentants du secteur productif, ils ont un rôle à jouer. Ils ne faut pas les réduire à une main d’œuvre bon marché pour les investisseurs étrangers ou à des consommateurs capables d’accroitre la dépendance des pays vis-à-vis des produits importés ».

Pour Annabell Guzmán, porte-parole de l’ONG Vredeseilanden, « le troisième anniversaire de l’entrée en vigueur de l’accord DR-CAFTA avec les États-Unis montre bien que ses avantages pour la région sont plus que médiocres. Au lieu d’une amélioration de la situation des plus pauvres, d’une croissance et d’un développement durable pour tous, peu de choses ont été accomplies. Il est beaucoup plus difficile que prévu d’accéder au marché états-unien. Les mêmes obstacles au commerce existent avec l’UE. De plus, dans les prémisses des volets "dialogue politique" et "collaboration", on exige plus de concessions de la part de l’Amérique centrale, et ce sans aucune étude d’impact sur l’homme et l’environnement ! »

« Nous pensons disposer de suffisamment d’arguments pour demander la non-signature d’un accord comme celui-ci, car il aggraverait les conditions de vie des plus pauvres. Si l’on ne fait pas passer les droits humains avant les intérêts commerciaux, cet accord ne doit pas être signé », conclut Annabell Guzmán.

Pour plus d’informations :
- Erik Van Mele
Oxfam International
Tél. +32 (0)2 501 67 47
E-mail : erik.vanmele(at)oxfamsol.be


* Le groupe de travail « Commerce » de l’ACI regroupe des agences internationales de coopération au développement qui travaillent autour du thème du commerce au Honduras.

** Voir notamment :
- Mostrador.CI E. (2009) « Les sombres perspectives de la Banque Mondiale pour l’Amérique centrale en 2009 : six millions de nouveaux pauvres ». Santiago de Chile, El Mostrador.cl. (Espagnol)
- Banque Mondiale (2009) “Crise financière”.
- Banque Mondiale (2009), “Les pays en développement sont de plus en plus lésés par la crise", Washington D.C., Banque Mondiale, 18/03/09