social

Souveraineté alimentaire

5 mars 2010

Surconsommation et gaspillages, facteurs de sous-alimentation

Surabondance et surconsommation au Nord, sous-alimentation et faim au Sud. Une conséquence d’inégalités de pouvoirs d’achat. Mais celles-ci s’accompagnent aussi de gaspillages et de modes de production non durables qui ont un impact direct sur les populations du Sud. De vraies solutions existent pourtant.


Article issu du magazine Globo n°29 "Quelles solutions à la crise alimentaire ?", mars 2010.


50% de gaspillages
Un récent rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) met en lumière un des facteurs les moins connus de la faim : les pertes et les gaspillages de nourriture qui surviennent tout au long de la chaîne alimentaire.

Près de 50% de la production alimentaire mondiale serait ainsi perdu, gaspillé ou jeté à cause de la gestion médiocre de la chaîne alimentaire. Dans le Sud, une partie de la production est perdue par manque d’infrastructures et d’investissements. Dans des pays comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, plus d’un tiers de la nourriture achetée est jetée. Mettre fin à ces gaspillages et mieux gérer les ressources planétaires suffirait largement à nourrir l’ensemble de la population mondiale, même croissante.

Des solutions existent et ne demandent qu’à être développées :
- Production : meilleures techniques d’irrigation ou techniques agro-écologiques ; transformation ou meilleure préservation des récoltes.
- Grande distribution : cesser les pratiques commerciales poussant à l’achat (inutile) telles que la vente rapide, les offres multi-pack... ; favoriser les circuits courts et les marchés paysans ; veiller à une meilleure conservation des aliments, proposer les aliments en vrac ou à la découpe plutôt qu’en quantités pré-emballées.
- Consommation : mieux doser ses achats, vérifier les dates de péremption, congeler...
- Politique : favoriser des politiques agricoles et alimentaires durables.

Le soja dans l’élevage intensif
En Belgique, la consommation de viande a doublé en un demi-siècle, une hausse qui s’inscrit dans une tendance mondiale.

Pour s’adapter à cette explosion de la demande, le secteur agricole s’est orienté vers l’élevage intensif. Or, ce modèle de production est basé sur l’importation massive de soja, provenant en grande partie d’Amérique du Sud. La seule production de viande européenne requiert une surface de culture de soja correspondant à cinq fois celle de la Belgique. D’après le WWF, 2,4 millions d’hectares de forêt disparaitraient chaque année en Amérique du Sud, directement et indirectement à cause du soja. Conséquences : une perte de la biodiversité et la délocalisation des populations locales au profit des grandes propriétés.

Quelles solutions mettre en œuvre ?
- Consommer moins, mais mieux : choisir une viande d’origine locale et issue de l’élevage lié au sol (le bétail est nourri à l’herbe ou avec des végétaux produits localement de façon durable).
- Développer une filière de protéines végétales en Europe pour diminuer la dépendance aux importations.
- Informer les consommateurs sur le vrai prix de la viande, y compris ses coûts et bénéfices environnementaux et sociaux : OGM ou pas, alimentation animale bio, pâturage, produit de l’agriculture paysanne…
- Promouvoir des politiques en faveur d’une production durable.

Agrocarburants : le nouvel or noir
Pour remplacer le pétrole, les multinationales ont trouvé un nouveau filon : la culture massive de soja, de canne à sucre et d’huile de palme pour la production d’agrocarburants (AC).

En 25 ans, la production mondiale d’huile de palme a quasiment sextuplé, essentiellement du fait du boom de la production en Malaisie et en Indonésie. Issue du palmier à huile, un arbre à croissance très rapide, cette huile pourrait bientôt dépasser le soja, actuellement première source d’AC. D’après Greenpeace, cette explosion de la production entraîne une déforestation atteignant l’équivalent de 300 à 360 terrains de football... par heure.

Quant à la canne à sucre, sa progression foudroyante avale elle aussi des millions d’hectares de terres, particulièrement au Brésil, le deuxième plus gros producteur après les États-Unis. La récolte de canne à sucre s’effectuant manuellement, les industriels recrutent massivement dans les réserves indiennes Guarani, une main-d’œuvre bon marché qui travaille jusqu’à 16 heures par jour. Au passage, ces mêmes Guaranis se retrouvent sans terre avec pour conséquence une famine grandissante.

L’Union européenne souhaite porter à 10 % la part des AC dans le secteur des transports d’ici 2020, en tant qu’alternative “verte” au pétrole. Fausse solution au défi climatique, il s’agit d’une vraie menace pour l’accès à la terre, la sécurité alimentaire et l’environnement. L’UE devrait au contraire développer des politiques de mobilité soutenable, basées sur de vraies alternatives vertes, en utilisant par exemple nos déchets organiques pour les transformer en énergie à utiliser localement.

Julie Fueyo Fernandez


Consommer autrement ?
Quelques sites pour s’informer et trouver des pistes de consommation durable, équitable et/ou bio :
- www.bioforum.be
- www.natpro.be
- www.iewonline.be
- www.ecoconso.org
- www.fwa.be
- www.omdm.be
- www.amisdelaterre.be