Souveraineté alimentaire au Mozambique : un exemple de soutien

L’Union Nationale des Paysans du Mozambique (UNAC) est une fédération sans but lucratif qui vise, en priorité, l’auto-organisation des paysans et la promotion de leur capacité de revendication et de proposition. L’objectif, à terme, de l’UNAC, est de rendre les agriculteurs, pêcheurs et artisans acteurs du développement du pays et de l’amélioration de leurs conditions de vie.
Un mouvement paysan
L’UNAC naît officiellement en 1993. Toutefois, le mouvement trouve son origine six ans plus tôt, lorsque des groupes de paysans créent un premier noyau d’appui aux coopératives paysannes mozambicaines dans les zones maraîchères de Maputo. Au départ, les fondateurs de l’UNAC répondent au besoin d’organiser, à l’échelle nationale, une plate-forme commune où seraient discutées des stratégies pour développer le travail des associations paysannes et les conditions de vie des paysans.
Victimes de 16 ans de guerre civile et des changements successifs de politique agricole depuis la décolonisation en 1975, les petits producteurs mozambicains, pauvres dans leur grande majorité, ne disposent pas de structure fédérative propre ni de représentation reconnue au niveau national. Petit à petit, le mouvement se structure et élargit sa mission. « Lutter pour que les paysans, hommes et femmes, deviennent les protagonistes de la construction d’une société plus juste, plus prospère et plus solidaire » est maintenant la phrase symbole de la fédération.

- L’UNAC est la première fédération paysanne africaine à intégrer le mouvement paysan mondial, Via Campesina
Bien que l’UNAC ne représente pas encore la majorité des paysans mozambicains (deux tiers de la population de 18,2 millions d’habitants vit actuellement en milieu rural), cette association compte aujourd’hui environ 60.400 membres. Parmi ceux-ci, on retrouve de petits producteurs isolés, dont 60% sont des femmes. Ils se regroupent en associations ou coopératives, elles-mêmes parties intégrantes d’unions de district, de zone ou de province. En 2003, l’UNAC est la première fédération paysanne africaine à intégrer le mouvement paysan mondial, Via Campesina, qu’elle connaît grâce au Mouvement brésilien des Sans Terre (MST).
L’actuel Plan Stratégique (2004-2008) de l’UNAC, voté en assemblée générale en 2003, est le reflet de son ambition de promouvoir, en tant que mouvement, l’implication des paysans mozambicains dans les questions politiques, sociales et économiques, nationales et locales.
Un plan à moyen terme
Oxfam Solidarité offre précisément un soutien institutionnel à l’UNAC, pour l’aider à mettre en œuvre ce plan, dont les quatre objectifs spécifiques sont les suivants :
accroître l’auto-organisation des paysans, hommes et
femmes,
intensifier les actions qui contribuent à la souveraineté alimentaire, en tenant compte de la paysannerie,
devenir une voix représentative et audible dans la
défense des intérêts des paysans dans le cadre d’un
développement durable,
rendre l’Union plus capable de répondre aux défis posés
par ses membres.
Des tâches

- La lutte contre le VIH-SIDA est une des nombreuses actions de l’UNAC
Les principales actions de l’UNAC sont :
l’accompagnement de la structuration en unions des
associations de base,
l’organisation des réunions provinciales, nationales et
internationales,
la recherche, la formation et la publication d’outils
d’information,
l’échange d’expériences,
les campagnes de sensibilisation et de plaidoyer dans différents domaines (entre autres, commerce, tenure de la terre, accès aux ressources naturelles, égalité des sexes, lutte contre le SIDA, sécurité et souveraineté alimentaire), valorisation des semences locales.
Actuellement, le secrétariat national de l’association compte 25 employés répartis dans quatre départements : Administration, Finances et Logistique, Développement des capacités et accompagnement, Développement rural et Plaidoyer, Lobby et Communication. L’UNAC dispose aussi d’une équipe de 15 délégués qui travaillent dans les provinces.
Quel est le but du projet ?
Le Mozambique est un pays essentiellement rural. Deux tiers de la population se consacre à l’agriculture. La majorité des paysans vit au seuil ou en dessous du seuil de pauvreté. Malgré l’abondance des ressources naturelles et agricoles, les paysans, encore occupés dans des petites unités familiales, ne parviennent pas à assurer la sécurité alimentaire nationale. Les crises alimentaires ne sont pas rares , aggravées par la sécheresse (ou les inondations) qui atteignent le pays, par la variation des prix des produits, et par la difficulté de protéger l’agriculture.
Le projet présenté ici vise à contribuer à la mise en œuvre du Plan Stratégique de l’UNAC. Il s’intègre dans l’actuel programme d’Oxfam Solidarité qui met en exergue la souveraineté alimentaire comme droit fondamental pour tous et souligne, entre autres, le rôle des organisations paysannes et de l’État dans ce combat. La bonne mise en oeuvre du Plan Stratégique de l’UNAC doit conduire au « renforcement de la capacité de proposition et d’influence de la fédération paysanne en matière de souveraineté alimentaire dans les concertations ou les négociations avec le gouvernement et des acteurs majeurs ».
Quatre objectifs généraux sont poursuivis :
Il s’agit de renforcer les capacités institutionnelles d’analyse, d’élaboration de recommandations, de propositions et d’influence du partenaire UNAC. Le soutien institutionnel d’Oxfam Solidarité s’étend d’Avril 2003 à Mars 2008.
Il est question, certes, d’un processus. Les dernières années ont vu l’UNAC exercer une influence sur la question agraire lors de l’élaboration et de la discussion de la loi de la tenure de la terre (Lei da Terra). Au sein d’un Observatoire de la Pauvreté National, elle participe à l’élaboration du rapport sur la pauvreté dans le cadre du Programme de Réduction de la Pauvreté Absolue (PRSP).
Cinq Unions provinciales s’invitent et se rencontrent à l’occasion des foires à semences. Un bulletin trimestriel de liaison de la fédération a été lancé avec la contribution de six provinces. L’association commandite des études, notamment sur l’impact des politiques néolibérales dans le milieu paysan, sur le crédit rural et sur la souveraineté alimentaire. L’UNAC reçoit, à Maputo, d’autres organisations paysannes africaines pour discuter du programme du mouvement international Via Campesina.
Ce projet permettra d’amplifier ces activités et d’en améliorer la qualité.
Selon quels axes se déploie le projet ?
Voici les résultats que nous cherchons à atteindre pour et avec notre partenaire, ainsi que les questions à résoudre :
Renforcer la capacité institutionnelle des organisations paysannes et du mouvement
Les dernières évolutions du mouvement associatif paysan, notamment après la naissance de l’UNAC, n’ont pas encore permis de combler l’absence des petits producteurs dans les débats sur les choix politiques de développement nationaux, en particulier en matière de politique agricole et commerciale. De plus, l’Union paysanne peine à se faire reconnaître en tant que représentant légitime de la paysannerie.
L’UNAC progresse dans le bon sens mais elle a encore du chemin à parcourir pour faciliter la participation de ses bases, stimuler l’interaction entre les différents membres collectifs et la fédération et les échanges entre les unions et coopératives et, finalement, mieux se faire entendre.
Renforcer la capacité d’analyse de l’organisation
L’UNAC manque de moyens pour promouvoir et analyser des études de secteurs qui ont un impact sur la condition paysanne et la sécurité alimentaire, pour en discuter et en divulguer les résultats parmi ses membres.
Les unions membres de l’UNAC disposent généralement de très peu d’informations critiques et d’analyse sur les programmes promus par le gouvernement du Mozambique ou par les instances internationales (FMI, OMC). Il n’y a pas toujours de positionnement actualisé et partagé ; peu de débats sont animés par l’UNAC sur ces programmes. En 2004, quatre études ont été menées , à la demande de l’association mais la coordination de l’UNAC manque d’expérience dans l’emploi et la vulgarisation de tels travaux.
Renforcer l’influence de l’organisation partenaire paysanne
Les produits agricoles de la production paysanne ne sont pas toujours mis en valeur dans les commerces et marchés publics. Les consommateurs sont, en général, peu sensibles à l’origine des produits. Une seule Union locale de paysans a l’habitude d’organiser des foires ou marchés de semences et produits locaux.
En ce qui concerne sa capacité d’influence, l’UNAC mène des campagnes sur les semences et les organismes génétiquement modifiés ; l’année dernière, elle a accueilli une conférence internationale sur l’aide alimentaire et sur les OGM.
Néanmoins, les paysans expriment peu leurs préoccupations par des questions. Il importe de développer des outils de campagne et de plaidoyer, bien adaptés à la fois au mouvement et aux cibles que l’on veut atteindre.
Renforcer sa capacité à faire des recommandations
Analyses, positions, expériences doivent pouvoir être traduites en propositions ou recommandations, après la participation aux discussions sur la loi de la tenure de la terre.
A l’instar d’autres fédérations paysannes africaines, l’Union est relativement isolée sur le plan régional, continental et international, malgré des alliances récentes. Un réseau d’organisations paysannes d’Afrique Australe est, avec des difficultés diverses, en voie de formation. Outre la solidarité inter-paysans qu’elles engendrent, ces alliances permettent de mieux formuler des recommandations de politique agricole et commerciale, y compris dans le Nord.
Qui en bénéficiera à terme ?
Les paysans membres de l’UNAC - et, plus particulièrement ses leaders et délégués - sont les “groupes cibles” directs de ce projet. Ces paysans organisés représentent, au total, quelque 60.400 foyers soit environ 362.000 personnes venant de toutes les régions du Mozambique . Nonobstant, l’impact du projet de renforcement des capacités d’influence politique et sociale du mouvement paysan, via la fédération UNAC, s’étend à toute la population mozambicaine, bénéficiaire indirecte des hypothétiques changements opérés au niveau national (Lois, programmes politiques,etc) et en particulier aux 66% de ruraux.
Quelles sont les pricipaux types activités organisées et soutenues ?
formation à des méthodes participatives, essais et
monitoring de leur application dans les provinces,
échanges entre unions de district, zones ou provinces
différentes,
parution d’un bulletin de liaison au moins trois fois par
an, augmentation de son tirage à 3.000 exemplaires ;
formation de correspondants paysans,
vulgarisation du Plan Stratégique du mouvement,
production de documents soulignant les aspects de la
souveraineté alimentaire et inspirateurs de plaidoyer du
mouvement,
participation à l’organisation, en Afrique, d’une
rencontre mondiale sur la souveraineté alimentaire,
contacts avec des fédérations et des réseaux régionaux et
internationaux,
présentation des propositions de l’UNAC lors du processus
d’élaboration du PRSP (Plan National de Lutte contre la
Pauvreté),
organisation d’expositions, conférences et débats,
contribution à un Forum Social Mozambicain,
évaluation des campagnes de sensibilisation (au problème
national des semences, notamment)
formations sur différents problèmes (sécurité
alimentaire, commercialisation, associativisme,
production biologique, leadership, approche "genre",
VIH-SIDA, etc),
promotion de foires aux semences organisées par les
unions locales,
recherche sur les politiques agricoles et /ou
commerciales du pays,
production de matériel éducatif, informatif (dont le
bulletin de l’UNAC),
organisation de campagnes de sensibilisation et de
plaidoyer, notamment sur les produits (nationaux) de la
terre,
participation au monitoring de programmes
gouvernementaux,
facilitation de la mise en réseau avec des organisations
congénères aux niveaux régional et international.
A quoi le partenaire percevra-t-il ses propres progrès ?
Résumé des principaux indicateurs qualitatifs que le partenaire pourra observer à la fin du projet :
l’organisation paysanne partenaire sera fermement engagée dans un processus visant à garantir la participation de ses membres ou de ceux qu’ils représentent, notamment dans l’analyse et l’adoption de son positionnement sur les matières liées à la souveraineté alimentaire,
l’organisation paysanne aura produit des documents d’analyse d’un aspect de la souveraineté alimentaire dans son propre contexte qui inspirent son plaidoyer,
l’organisation paysanne bénéficiera, via des réseaux, d’informations sur une ou plusieurs thématiques de la souveraineté alimentaire du pays,
lors des concertations avec des autorités ou acteurs majeurs, l’organisation paysanne aura apporté des recommandations significatives à propos de la souveraineté alimentaire,
une part croissante de petits paysans se reconnaîtra dans les positions et revendications de l’organisation paysanne,
l’organisation paysanne aura été engagée dans des alliances stratégiques pour promouvoir son positionnement.
Ces progrès seront-ils durables ?
La continuité du présent projet est assurée, tout d’abord, par l’UNAC elle-même, puisqu’il s’agit de la mise en oeuvre de son propre plan stratégique. Une fois les capacités institutionnelles renforcées, il incombera au personnel et aux membres de la fédération des paysans de garantir la durabilité des processus (démarrés en 2003). Oxfam et l’UNAC s’entendent en effet sur le développement d’une culture ou d’une dynamique de participation, d’engagement et d’habilitation, meilleurs garants de la poursuite de la mission et de l’impact de l’UNAC dans la société mozambicaine.
Comment est née cette collaboration ?
Nous collaborions déjà ponctuellement avec l’UNAC, mais très concrètement, ce projet est basé sur le Plan Stratégique de l’UNAC, élaboré au sein du mouvement paysan lui même, voté en assemblée générale et ce, au bout d’un an de discussions (2002-2003). La contribution d’Oxfam-Solidarité (Belgique) a été décidée lors des réunions de nos représentants avec des équipes de coordination de la Fédération des paysans. Remarquons q’un des objectifs communs du Projet est précisément l’auto-organisation et la participation du groupe cible principal.
Que coûte cette action de soutien ?
Pour les trois années à venir (avril 2005 à Mars 2008), nous devrions réunir à peu près 204.000 euros. Nous espérons pouvoir compter sur un subside significatif (environ 85%) de la part de la Coopération belge (via la Direction Générale de la Coopération et le Développement), mais aussi sur la province de West-Vlaanderen et, bien sûr, sur votre soutien...
En savoir plus ?
Luttes paysannes au Mozambique par Patrice Deramaix sur www.amigos-de-mocambique.org
Contactez Éric Callier (eric.callier(@)oxfamsol.be) responsable de ce projet à Bruxelles, en contact avec nos représentantes au Mozambique.
Projet :
"Renforcement de la capacité d’organisation, de proposition et d’intervention du mouvement paysan au Mozambique, en vue de sa contribution à la souveraineté alimentaire et au développement durable du pays" (code : MOZ/AG115)
Actions et projets
- Vivre de l’agriculture au Mozambique
- Foires aux semences : promouvoir la souveraineté alimentaire
- La loi sur la violence domestique enfin approuvée au Mozambique
- Qu’a fait WLSA en 2008 ?
- Mozambique : la loi du genre
- Mozambique : de l’eau potable pour tous ?
- Mozambique : les effets de la crise alimentaire
- Sécurité alimentaire au Sud du Mozambique
- Accès à l’eau potable dans les zones rurales du Niassa
- Sécurité alimentaire dans le Nord du Mozambique


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