social

Souveraineté alimentaire

29 avril 2008

Sommet de Berne : des réponses structurelles s’imposent !

Une rencontre organisée sous l’égide de l’ONU réunit actuellement à Berne les principales institutions de la planète pour discuter de la flambée des prix agricoles. Pour répondre à la crise, il est fondamental que les institutions aillent au-delà de l’aide alimentaire et qu’elles s’attaquent aux causes profondes du problème.

"L’aide d’urgence est nécessaire pour répondre à la menace qui pèse sur les plus pauvres en raison de la flambée des prix alimentaires. Mais l’argent ne suffit pas. Les leaders mondiaux doivent saisir cette opportunité pour s’attaquer aux problèmes structurels tels que le manque d’investissement dans l’agriculture et les règles inéquitables qui régissent le commerce. Ce sont là les vrais facteurs d’aggravation de la crise", analyse Thierry Kesteloot, chercheur sur les questions agricoles au sein d’Oxfam-Solidarité.

A la demande du Secrétaire Général de l’ONU Ban-Ki Moon, une réunion se tient entre le Président de la Banque Mondiale (Robert Zoellick), le Directeur Général de l’OMC (Pascal Lamy) et les dirigeants de vingt autres institutions majeures. A cette occasion, Oxfam lance un appel afin que ces dirigeants adoptent des solutions structurelles au problème, privilégiant une réponse durable à la crise en saisissant cette opportunité de réforme.

Agrocarburants contre développement
L’une des principales recommandations d’Oxfam est de mettre fin aux obligations actuelles des pays riches en matière d’agrocarburants, ceux-ci alimentant la spéculation et la montée des prix. Les experts ont avancé que les objectifs affichés d’utilisation de ces agrocarburants pourraient augmenter de 600 millions de personnes le nombre d’hommes et de femmes souffrant de la faim à l’horizon 2025.

Selon Thierry Kesteloot, "les agrocarburants ne constituent pas seulement une cause majeure de la montée des prix. Ils sont également liés à des violations du Droit du travail et à des appropriations illégales de terres dans les pays en développement. De plus, les recherches ont démontré qu’ils constituent un facteur aggravant dans le processus de changement climatique. Dans ce contexte, il est tout à fait absurde de fixer des objectifs contraignants quant à l’utilisation des agrocarburants."

Un modèle à revoir
"L’Union européenne, les Etats-unis et la Banque Mondiale ont critiqué les pays en développement pour avoir mis en place des interdictions d’exportation, mais ils n’ont pas remis en question leurs propres agissements. Des dizaines d’années de libéralisation forcée et de dumping ont augmenté la dépendance des pays pauvres vis-à-vis des importations alimentaires ainsi que leur vulnérabilité face aux chocs. Les interdictions à l’exportation ne constituent probablement pas la réponse idéale, mais elles sont leur seule alternative en l’absence de prise en compte globale du problème", poursuit Kesteloot.

Oxfam appelle à la mise en place de règles commerciales plus équitables, permettant aux pays en développement de protéger leur agriculture et leurs marchés, ainsi qu’à un investissement accru dans le secteur agricole des pays en développement (axé spécifiquement sur les petits producteurs et les femmes). Les donateurs devraient diriger leur aide en ce sens et favoriser la mise en place de filets de sécurité et de mécanismes de protection sociale pour les plus fragilisés.

Oxfam attire également l’attention sur le fait que les irrégularités dues aux changements climatiques pourraient causer davantage de perturbations dans le secteur de la production alimentaire mondiale et ainsi hypothéquer la réduction de la pauvreté dans le futur. A moins que des mesures immédiates et radicales ne soient prises.

"Les pays riches doivent prendre leurs responsabilités et s’attaquer au changement climatique en augmentant le financement des programmes d’adaptation et en prenant des mesures immédiates pour limiter le réchauffement à venir", conclut Kesteloot. "Le moment est également venu de revoir le système de l’aide alimentaire dans son ensemble. Celui-ci s’est avéré peu efficace et a engendré la dépendance de nombreux pays."

Plus d’informations :
Thierry Kesteloot, Oxfam-Solidarité
Tél : 02 501 67 55 — Courriel : tke(at)oxfamsol.be