Santé et éducation pour tous au Mali

Depuis des années, le Mali occupe une des dernières places sur la liste des pays en développement. Les questions liées à l’accès aux soins de santé et à l’enseignement ne sont pas étrangères à cette situation. La décentralisation est maintenant proposée pour résoudre les problèmes de ces 2 secteurs. La CAD-Mali, le partenaire d’Oxfam-Solidarité, tente d’accompagner les autorités et les citoyens sur la bonne voie.
Cet article est paru dans le magazine Globo n°36 "Il est grand temps de changer de climat !"
Pas à pas, le Mali parvient à tirer un trait sur son passé violent et à s’atteler à sa reconstruction. L’enseignement et les soins de santé jouent dans ce contexte un rôle déterminant. Pour améliorer l’accès aux services sociaux de base, le gouvernement a décidé de confier l’organisation de l’enseignement primaire et des centres collectifs de soins de santé aux autorités locales. Mais ni celles-ci, ni la population ne semblent suffisamment préparées à endosser ces nouvelles responsabilités. Sur le plan financier, elles ne peuvent supporter les dépenses nécessaires. Autre conséquence négative : de plus en plus de services tombent aux mains de sociétés privées, ce qui risque de remettre en cause leur accessibilité pour les populations les plus démunies.
La Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (CAD-Mali) est principalement active dans le domaine de l’annulation et de la réduction de la dette publique, et axe son travail sur le respect des droits humains. Elle essaye que les moyens financiers ainsi libérés servent en premier lieu à améliorer l’accès aux services sociaux de base. En se positionnant ainsi, elle prend clairement le contre-pied de la politique néolibérale et propose des alternatives en faveur du développement.
Une décentralisation voulue par le peuple

- Sekou Diarra, président de la CAD- Mali.
« La décentralisation est une bonne chose, du moins si elle a été voulue et est soutenue par le peuple », explique Sekou Diarra, président de la CAD- Mali. Son organisation essaie tant de rapprocher le gouvernement de ses administrés que d’expliquer leurs droits et leurs devoirs aux élus locaux et à la population. En pratique, elle tente de réunir les communes et les groupes d’intérêt pour chercher ensemble des solutions aux problèmes rencontrés au quotidien.
« Nos premiers interlocuteurs sont les différents organes communaux. Nous informons et organisons des formations pour les fonctionnaires et les élus locaux, afin qu’ils comprennent mieux quelles sont les responsabilités liées à leurs fonctions. C’est uniquement ainsi qu’ils pourront appliquer une politique qui sert véritablement les intérêts de la population et maintient la fourniture de services sociaux de base dans le giron des autorités publiques. »
La première étape consiste à conscientiser les autorités locales. Ensuite, elles doivent retisser les liens avec leurs citoyens. « Nous croyons à la formule R+T=P :« la redevabilité sociale plus la transparence égale une participation de qualité ». Ceci signifie que les autorités qui rendent compte de leurs actes à leur population et qui font preuve de transparence, auront des citoyens participatifs. »
« Pour ce faire nous aidons les autorités à développer des instruments pour une plus grande transparence et responsabilisation sociale, dont ils ont besoin pour mobiliser la population d’une commune de manière qualitative. Ainsi, nous apprenons aux élus locaux comment ils peuvent rassembler leur communauté et expliquer leurs décisions aux habitants. Par exemple : la commune reçoit un million de l’État. Dans quel budget l’a-t-il placé ? Quelles activités ont été financées avec cet argent ? Quels problèmes ont ainsi pu être résolus ? »
La CAD-Mali se tourne aussi directement vers les organisations de quartier et vers les villageois pour stimuler la participation citoyenne. Ce n’est pas une mince affaire et il en va du développement comme pour bien d’autres matières compliquées : il s’agit de persévérer et de ne pas baisser les bras.
Sekou Diarra : « Nous essayons de faire écho à l’opinion publique et de mobiliser les citoyens de façon individuelle, tant les jeunes que les femmes ou encore les paysans. Nous faisons entendre leurs problèmes et leurs doutes et, de cette manière, prouvons que nous sommes à leurs côtés. »
« Comment agissons-nous en pratique ? Eh bien, nous développons de nombreuses activités et utilisons au mieux l’espace public, souvent avec le soutien des stations de radio communales. Nous rédigeons des rapports, mettons sur pied des pièces de théâtre alternatives dans lesquelles nous abordons certaines questions de manière humoristique, organisons des projections de films et de documentaires, ... »
Un succès qui fait tache d’huile
Depuis 2008, Oxfam-Solidarité soutient ce programme mis en place dans 4 communes de la banlieue de la capitale Bamako. Grâce au travail de la CAD-Mali les autorités locales, mais aussi les citoyens, sont conscients de leurs droits, de leurs devoirs et de leurs responsabilités. Ils peuvent agir ensemble pour mettre l’autorité centrale face à ses responsabilités.
Aujourd’hui, 3 ans après les débuts de ce programme, la CAD-Mali l’a élargi à 4 nouvelles communes. « L’approche reste identique, mais grâce à l’expérience acquise, nous gagnons beaucoup de temps. Les 4 premières communes ont entre-temps très bien compris leurs responsabilités. Elles partagent également la vision que l’enseignement et des soins de santé de qualité doivent être gratuits pour les utilisateurs finaux. Avec ces 4 nouvelles communes, nous poursuivons notre travail, mais sans devoir repartir de zéro. »
« Un nouvel aspect – qui doit d’ailleurs être la force motrice de la deuxième phase de ce programme – est la dimension territoriale de la décentralisation. Les communes se rapprochent les unes des autres et décident de travailler main dans la main. Ce n’est pas notre tâche de leur imposer une collaboration, mais nous leur expliquons que certains problèmes ne peuvent être résolus efficacement que grâce à la collaboration accrue entre les différentes communes et villages. Ainsi, des villages limitrophes feraient bien de rassembler leurs écoles. Cela permettrait de réduire les coûts et de libérer des possibilités budgétaires pour d’autres services. »
Et la participation des femmes ?
« Des organisations de femmes prennent aussi part à la concertation : elles se réunissent entre autres dans des coopératives de savonneries, de maraîchage, d’épargne ou de crédit. De nombreuses organisations de femmes s’investissent donc en faveur des soins de santé et des services sociaux de base pour les communautés locales. »
La CAD-Mali ne se focalise pas uniquement sur les femmes membres d’une association, mais aussi sur les femmes en tant que citoyennes individuelles. Elles doivent avoir la capacité de se défendre elles-mêmes et de s’opposer aux pratiques qui contreviennent à leurs droits.
« Au cours de nos formations, nous expliquons aux femmes les liens qui existent entre le pouvoir politique et économique. Une femme forte, indépendante du point de vue économique, pourra plus facilement réussir à jouer un rôle politique significatif en faveur, par exemple, d’un meilleur accès à l’eau ou à la terre. »
Pour donner le plus de chances possibles aux femmes dès leur enfance, la CAD-Mali consacre dans son programme pour l’enseignement primaire une attention particulière aux jeunes filles. « En concertation avec les élus locaux, nous avons par exemple obtenu que les frais de scolarité des filles, principal obstacle à leur scolarisation, soient réduits de moitié. Nous faisons également beaucoup d’efforts pour que les filles puissent poursuivre leur scolarité au-delà de l’enseignement primaire », conclut Sekou Diarra.
Mieke Vandenbussche
Profil de la CAD-Mali
Qui ? La Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement réunit plus de 85 organisations de terrain telles que des ONG, des unions paysannes, des syndicats, des groupements de femmes, des mouvements de jeunesse …
Quoi ? La CAD-Mali informe les autorités locales et stimule la participation citoyenne pour assurer l’accès aux services sociaux de base, en particulier l’enseignement primaire et les soins de santé.
Les villageois ont la parole
Quelques habitants des 8 communes concernées par le programme de la CAD-Mali ont donné leur avis sur les activités :
« La CAD-Mali nous permet de prendre notre développement en mains. Cela nous aide à placer les besoins de la collectivité au-dessus de nos intérêts individuels. Nous savons à qui adresser nos plaintes et la coalition fait entendre notre voix au plus haut niveau dans le but d’améliorer les services sociaux de base », explique un membre éminent de la commune de Dialakorodji
Le responsable de l’enseignement pour la commune de Moribabougou déclare : « Dès les premiers contacts, et surtout lors de la collecte des données, la collaboration avec la CAD-Mali a provoqué une importante conscientisation au sein de la classe politique. J’ai confiance que ceci ne va certainement pas tarder à déboucher sur des actions concrètes sur le terrain. »
Profil du Mali
Capitale : Bamako
Habitants : 14.159.904
Superficie : 1.240.192 km²
Langues : Français (officiel), Bambara 80 %, nombreux dialectes Africains
Religions : musulmans (90%), chrétiens (1%), religions traditionnelles (9 %)
Espérance de vie : 52 ans (Belgique : 79 ans)
Degré d’alphabétisation : 46% (Belgique : 99%)
Population vivant sous le seuil de pauvreté : 36,1 %
La même vision entre partenaires
“La CAD-Mali est une coalition composée de nombreuses organisations de terrain (organisations de paysans, religieuses, de femmes, de jeunes, d’acteurs des marchés locaux, d’ONG, de syndicats) et de personnes qui s’impliquent dans ces luttes. Ils mettent leurs moyens en commun et œuvrent ensemble pour provoquer des changements sociaux, économiques et politiques au Mali. Cette importante assise sociale est une grande force et donne à la CAD-Mali la légitimité nécessaire pour poursuivre son travail autour de la réduction de la dette, l’éducation citoyenne et la lutte pour la défense des droits humains.
Oxfam-Solidarité partage son expérience acquise avec la CAD-Mali au niveau communal dans le réseau plus large d’Oxfam International. De plus, le travail de la CAD-Mali cadre dans les campagnes précédentes et actuelles de la famille Oxfam.
Ces campagnes ambitionnent de modifier la politique des bailleurs de fonds belges et européens et l’impact qu’elles ont sur les communautés locales. Pensons par exemple aux mécanismes qui conduisent à la privatisation des services sociaux de base, tels qu’inclus dans les accords de partenariat économique entre l’UE et les pays ACP.
Le fait que la vision et les missions de nos 2 organisations soient en grande partie identiques fait de la CAD un allié important au Mali. »
Etienne Godts, Gestionnaire de programme Mali chez Oxfam-Solidarité
Retrouvez plus d’informations sur le Mali ici.

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