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STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils

26 mars 2009

Rien ne va plus pour les travailleurs de Nagaworld

Le 26 février 2009, 14 syndicalistes de l’hôtel-casino « Nagaworld » de Phnom Penh (Cambodge) ont été licenciés par la direction. Raison invoquée ? La crise financière internationale. Mais la vraie nature de ce licenciement est ailleurs : en finir avec un syndicat jugé trop tenace...

Licenciement brutal
« Face à la crise financière internationale, la compagnie a décidé d’opérer une réduction du personnel, en particulier en direction des employés considérés comme non-productifs ou ne faisant pas la preuve de leur engagement quant à l’objectif poursuivi par la compagnie  ». C’est en ces termes que les managers de l’hôtel-casino Nagaworld, le plus grand casino de Phnom Penh, ont justifié le licenciement sec de 14 syndicalistes, parmi lesquels deux travailleuses enceintes de plusieurs mois.

Ejectés manu militari du casino par le service de sécurité, les syndicalistes ont en outre été victimes d’un chantage économique de la part de la direction : s’ils refusaient de signer leur lettre de licenciement, ils ne toucheraient pas leur dernier mois de salaire. Une catastrophe pour ces travailleurs devant faire face à l’augmentation constante du coût de la vie à Phnom Penh.

Des arguments mensongers
Sok Narith (à droite sur la photo), vice-président de la fédération cambodgienne des travailleurs du tourisme CTSWF (partenaire d’Oxfam-Solidarité), est l’un des 14 employés mis à la porte du Nagaworld. Pour lui, les raisons invoquées par la direction sont tout simplement mensongères.

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« La plupart des travailleurs licenciés ont obtenu des promotions dans le passé et leurs évaluations de performance révèlent des résultats au-dessus de la moyenne" explique-t-il. « L’accusation de non-productivité est donc un leurre. Quant à l’argument de la crise économique, il est difficilement compréhensible vu les bons résultats affichés par l’entreprise en 2008 ! ».

Offensive sur les droits syndicaux
En réalité, Nagaworld cherche surtout à se débarrasser d’un syndicat actif et bien organisé. Depuis septembre 2007, ses représentants interpellent régulièrement la direction sur la non-augmentation des salaires, l’inégalité de traitement entre employés locaux et expatriés et la question des congés et des bonus. Mais en vain, comme en témoigne un récent communiqué de presse de la CTSWF (voir ci-dessous).

Lassée des demandes répétées des travailleurs, la direction a finalement opté pour la manière forte en mettant à la porte les leaders du syndicat, violant en cela la Constitution et le code du travail cambodgien, ainsi que les conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail.

Procédure en cours
La CTSWF a donc officiellement porté plainte auprès du Ministère du travail le 4 mars 2009. Quinze jours plus tard, la procédure débouchait sur plusieurs suggestions portant entre autres sur la réintégration des leaders syndicaux et l’augmentation annuelle des salaires.

Mais ces suggestions ont une fois de plus été rejetées par la direction. Le syndicat a donc décidé de faire appel au Conseil d’Arbitrage du Cambodge, institution indépendante chargée de la résolution de conflits de travail. Dans l’état actuel des choses, nul ne sait quand la décision tombera. Affaire à suivre...


Solidarité avec le syndicat
Répondant à un appel lancé par la CTSWF, Oxfam-Solidarité a interpelé le président et la responsable des ressources humaines de Nagaworld. Dans une lettre envoyée le 17 mars, Stefaan Declercq, secrétaire général d’Oxfam-Solidarité, a appelé la direction du casino à immédiatement réintégrer les travailleurs, et à relancer les négociations et à appliquer le code du travail cambodgien.

La pression nationale et internationale permettra-t-elle de faire plier la direction ? Difficile à dire. La crise économique mondiale est une excuse toute trouvée pour nettoyer les entreprises des éléments les plus "contestataires". Le Cambodge n’avait pas attendu la crise pour cela. La période actuelle risque donc de renforcer la tendance.


Plus d’infos :
- Tom Matthijs, gestionnaire de programmes Asie
Tél. : 02 501 67 57 — tma(at)oxfamsol.be
- Présentation de notre partenaire CTSWF
- Le communiqué de presse de la CTSWF (pdf, en anglais)

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