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Partenariat sud

28 juillet 2011

RD Congo : 90% de la population se sent en permanence en insécurité

La majorité de la population vivant dans les zones où sévit l’armée de résistance du seigneur (LRA) en RD Congo se sent moins en sécurité en 2011 qu’en 2010, selon une étude menée par Oxfam dans les régions concernées.

- S’il s’agit du 5e rapport annuel conduit par Oxfam sur la sécurité dans le Nord- et le Sud-Kivu et dans l’Est du Congo depuis 2007, c’est la première fois que les zones où sévit la LRA sont incluses dans l’enquête.

- Dans la région du Haut Uélé, dans la Province Orientale à la frontière du Sud Soudan, 62 % des personnes interrogées se sentent moins en sécurité, 28 % ont le sentiment que la menace reste la même quand seulement 10 % estiment que leur sécurité s’est un peu améliorée.

Les communautés interrogées ont fait le sombre portrait d’un cycle de pauvreté et de violence continue. La plupart d’entre elles se sentent totalement abandonnées et ont le sentiment que ni les forces de sécurité de l’ONU ni leur gouvernement ne se préoccupent de leur sécurité. Dans sept des neuf communautés étudiées, les individus questionnés sont d’avis que les casques bleus de l’ONU ne sont pas suffisamment présents dans les zones les plus prioritaires, à savoir les champs et les routes menant vers les marchés.

Une menace permanente

Les provinces Orientale, du Haut- et du Bas-Uélé occupent ensemble un territoire aussi grand que la France. La vie des populations est fortement influencée par la présence dans ces régions de bandes armées, de l’armée congolaise et des forces internationales de maintien de la paix.

Les 3,3 millions d’habitants de ces trois provinces, où la LRA est active depuis 2008, font partie des communautés les plus isolées du pays. Malgré des opérations militaires effectuées par le passé et l’attention internationale, la LRA conserve suffisamment de de puissance dans la région pour se venger sur les populations civiles. De petites bandes de jeunes combattants affamés s’en prennent souvent aux populations oubliées. La situation est véritablement rendue invivable par un manque complet de services sociaux, une armée et une police inefficace et l’absence de forces de maintien de la paix.

“Notre avenir est bien sombre. Nous sommes en permanence terrorisés. La LRA nous massacre et pille sans relâche nos habitations. Nous abritons une famille depuis une semaine, après qu’elle ait fui Doruma, où la LRA a procédé à des enlèvements jours et nuit. Nous ne sommes pas en sécurité ici », explique un habitant du Haut-Uélé.

L’État et l’armée sont également mis en cause

Les personnes interrogées ont confié à Oxfam leurs souhaits que les soldats soient mieux équipés pour combattre plus efficacement la LRA. Elles ont également demandé à ce que les salaires soient versés régulièrement, de manière à ce que la population locale, très appauvrie, ne porte plus le fardeau économique de la situation par le biais de taxes illégales.

Sur un tronçon de 100 kilomètres de route dans le Haut-Uélé, on a signalé 25 barrages routiers tenus par la FARDC, chacun coûtant un minimum de 200 francs congolais (0,22 dollars) à traverser. La majorité des Congolais vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.

Grâce à leur implication dans la vie de la communauté, la population de Masisi (Nord-Kivu) considère comme positive la présence de la MONUSCO dans la région. Les patrouilles régulières de la force de maintien de la paix auraient un effet dissuasif sur les FARDC. D’autres communautés interrogées sont quant à elles d’avis que la MONUSCO n’est pas suffisamment visible, et demandes dès lors le renforcement de sa présence.

Paix et sécurité, conditions sine qua non au développement

L’enquête démontre également que la violence dans la région diminue drastiquement la capacité de mouvement de la population, et donc la capacité de celle-ci à subvenir à ses propres besoins. Cette situation a des conséquence dramatiques : la prostitution infantile, les vols, le travail forcé et la ’justice populaire’ sont en recrudescence.

Oxfam-Solidarité est actif au Nord- et au Sud-Kivu et travaille avec des communautés locales pour renforcer la sécurité alimentaire. Ses projets souffrent énormément de la recrudescence de la violence. Cette dernière enquête rappelle une vérité fondamentale : la paix et la sécurité sont des conditions indispensables pour un développement dans la durée et pour pouvoir mener une vie digne.

Sur la base des conclusions de l’enquête, Oxfam fait les recommandations suivantes : 1. Dans le cadre de la réforme de l’armée voulue par le gouvernement congolais, la priorité doit être donnée tant au niveau national qu’international aux points identifiés par les communautés comme susceptibles d’améliorer leur sécurité, en particulier le paiement des salaires. 2. Les donateurs internationaux doivent soutenir les projets d’infrastructure, notamment ceux impliquant l’expansion de la couverture de téléphonie mobile et la construction de routes dans les zones où sévit la LRA. De cette façon, les communautés concernées seront moins vulnérables. 3. Le déploiement des casques bleus de l’ONU dans les zones de la LRA doit être réévalué et considérablement augmenté. La MONUSCO doit communiquer encore davantage avec la population locale sur tout ce qui touche à protection dont elle a besoin.

En savoir plus ?

-  Contactez Liesbeth Goossens, responsable plaidoyer humanitaire chez Oxfam-Solidarité, 02 501 67 42, lgo (at)oxfamsol.be
- Lisez le rapport reprenant les résultats de cette enquête : “Nous sommes pleinement exploitables. Le manque de protection des civils à l’est de la RDC

  • (PDF - 461.2 ko)
 
 

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