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Changements climatiques

16 décembre 2008

Quel bilan pour Poznan ?

Du 1er au 12 décembre se tenait à Poznan (Pologne) la 4ème rencontre des Parties au Protocole de Kyoto. Objectif de la réunion : jeter les bases du accord global sur le climat en 2009. Mais les résultats finaux s’avèrent plus que mitigés...

La conférence intermédiaire de Poznan a été très décevante. Au vu des maigres résultats obtenus, l’ambiance était plus que morose à l’issue de la conférence. Tant en matière de réduction des émissions que de financement de l’adaptation au climat, la rencontre fut jalonnée de freins et de réserves en tous genres. Et les positions se sont cristallisées entre pays "responsables" des changements climatiques et pays "victimes" du phénomène.

Pourquoi tant de freins ?
Comme on pouvait s’en douter, c’est principalement autour du prix à payer et des mécanismes de financement que les positions ont le plus profondément divergé. Si les négociateurs ont pu trouver un accord sur l’accès au fonds d’adaptation, il n’en a pas été de même pour les nouveaux mécanismes de financement dudit fonds.

Actuellement, le fonds d’adaptation est financé grâce à un prélèvement sur les recettes tirées du « mécanisme de développement propre », un dispositif permettant aux pays industrialisés de financer des activités de réduction des émissions dans les pays du Sud en échange de "crédits de CO2". L’un des enjeux de la conférence était d’étendre ce mécanisme à d’autres types de projets.

Mais les pays industrialisés ont fait blocage, refusant de s’engager vers des mécanismes qui, selon eux, rendraient les projets de réductions plus onéreux et le recours aux "mécanismes flexibles" et au marché du carbone plus difficile. Une position logique quand on sait que nos pays tentent d’atteindre leurs objectifs de réduction d’émission non pas en agissant sur le plan domestique, mais bien en achetant un maximum de crédits d’émission hors de nos frontières. Et ce, en contradiction totale avec le protocole de Kyoto qui demande explicitement que les réductions soient prioritairement domestiques...

Le climat mis en vente
A-t-on soufflé le froid à Poznan pour mieux se préparer pour Copenhague en 2009 ? Ou devons nous conclure que les réflexes corporatistes et les intérêts économiques ont malheureusement eu raison d’un accord fort et courageux sur le climat ?

Quelle que soit la réponse, la conférence de Poznan aura au moins permis d’y voir plus clair sur les forces en présence. Et d’identifier les deux raisons à la base de cet échec : l’idéologie de marché animant de nombreux négociateurs et le poids des lobbys présents à la rencontre.

- L’idéologie de marché : pour répondre aux défis climatiques actuels et à venir, de nombreux négociateurs privilégient les mécanismes de marché de type ’compensatoire’ ("projets de développement propres", ...) ou commerciaux (commerce de quotas d’émissions), s’opposant en cela aux partisans des fonds alimentés par un pourcentage du PNB des pays industrialisés, par l’application du principe du pollueur payeur ou encore par des pénalités pour non respect des engagements.
- Le poids des lobbys : les défenseurs des solutions de marché étaient soutenus par une masse d’avocats. Pas moins de 1500 lobbyistes défendant les intérêts du secteur privé étaient présents à Poznan, garantissant ainsi leur surnombre et une profusion d’outils destinés à faire valoir leurs positions.

Dans de telles conditions, il n’est pas étonnant que des solutions hasardeuses et ’déresponsabilisantes’ - comme le captage et le stockage du carbone (CCS) - aient pu rencontrer l’assentiment de nombreux pays industrialisés, tandis des propositions de financement des fonds d’adaptation simples, facilement applicables et appuyées par l’ensemble du G77 et de la Chine aient en revanche été balayées de la main par une majorité de pays riches.

L’inefficacité des mécanismes de marché dans la réduction des gaz à effet de serre fut pourtant dénoncée par de nombreux participants à la rencontre de Poznan. Mais rien n’y fit : ce sont finalement ces mêmes solutions, et en particulier le marché des droits d’émissions, qui sont de nouveau mises en avant pour répondre au réchauffement climatique.

En route vers Copenhague
De nombreuses propositions intéressantes pour les pays du G77 et pour la Chine ont été rejetées à Poznan. Des avancées ont certes été obtenues, mais bien trop faibles face aux défis à relever. Dans la perspective d’un nouvel accord global fin 2009, les mois à venir devront donc être mis à profit pour instiller davantage d’équité et de solidarité. Il faudra mieux se préparer et oser la discussion sur le financement de la lutte contre le changement climatique pour éviter un clash dans la capitale danoise en 2009. Et pour cela, Oxfam compte bien ne pas ménager ses efforts pour apporter sa pierre à l’édifice d’un accord climat plus juste et plus solidaire.

Brigitte Gloire
Spécialiste d’Oxfam-Solidarité sur les questions « climat et développement durable »
Tél : 32 (0) 494 588 606 — brigitte.gloire(at)oxfamsol.be

Interview de Savio Carvalho, Oxfam International