social

Souveraineté alimentaire

23 avril 2008

Prix agricoles : une crise prévisible

Tout le monde le constate : les prix des denrées de base s’envolent et l’alimentation devient inaccessible pour un nombre croissant de personnes. A l’occasion de la journée mondiale des luttes paysannes ce 17 avril, plusieurs organisations belges signent un texte commun.

Le 17 avril 1996, près de 2.000 paysans sans terre manifestaient pacifiquement à Eldorado dos Carajas, ville de taille moyenne du nord du Brésil. Ces hommes et ces femmes revendiquaient le droit d’accéder à la terre et de pouvoir la travailler afin de nourrir leurs familles. Brusquement, l’horreur : 19 personnes sont assassinées par la police militaire, 70 gravement blessées. En commémoration de ce massacre, la Via Campesina, mouvement paysan mondial, a fait du 17 avril la journée mondiale des luttes paysannes.

Eldorado dos Carajas est devenu l’un des tristes symboles de la violence dans les campagnes du Brésil. Plus de 1.600 personnes y ont été tuées depuis 1980. Des études récentes d’organisations sociales brésiliennes constatent que les meurtres motivés par des conflits fonciers ont encore considérablement augmenté ces dernières années.

Ailleurs dans le monde, le nombre de conflits pour l’accès à la terre augmente lui aussi de jour en jour. Les besoins des populations se trouvent confrontés de manière de plus en plus brutale à l’omnipotence des marchés mondiaux. La division du travail entre grands propriétaires terriens - héritiers des oligarchies nationales des pays du Sud - et certaines transnationales mondiales résidant pour la plupart dans le nord est ici clairement établie. Les premiers cultivent uniquement ce qui rapporte le plus aux autres.

Explosion des prix, explosion sociale
Les besoins de base des populations concernées ne sont pas pris en considération. Les prix des denrées de base s’envolent dès lors et l’alimentation devient inaccessible. Aujourd’hui le riz en Equateur ou aux Philippines, le maïs au Mexique ou en Haïti ou le mil au Burkina Faso sont devenus impayables pour tous ceux et celles qui survivent avec moins de 2€ par jour.

Le processus de libéralisation prôné par les grandes instances internationales (OMC, OCDE, Banque Mondiale, FMI…) et suivi par l’Union européenne (et par nos Etats) a fait flamber les prix des matières premières alimentaires chez les consommateurs. Selon les denrées et les régions, ces augmentations varient entre de 50% et 200%.

Les paysans et leur bétail subissent également la crise de plein fouet. La production des aliments pour le bétail n’est pas épargnée. En Belgique, selon une étude de la FUGEA, le prix de la luzerne a augmenté de 95%, celui du soja OGM de 85%, et celui du soja non-OGM (contrôlé) de 92% selon des données de septembre 2006 à avril 2008.

Une crise prévisible
Cette crise était prévisible. Depuis des décennies, les politiques et l’économie mondiale favorisent la libéralisation au lieu de prôner la régulation des marchés (gestion de l’offre et de la demande au niveau régional et des Etats). Les marchés agricoles sont volatiles et ne peuvent être "gérés" par la seule loi du marché "globalisé".

Jean Ziegler, ex-rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, accuse les pays riches d’être responsables de l’importante inflation qui touche les denrées alimentaires. Et de dénoncer l’objectif d’intégration de 10% d’agrocarburants en 2020 fixé par la Commission européenne. Les cultures d’agrocarburants détournent en effet l’agriculture de sa vocation première et accaparent des terres fertiles et les forêts équatoriales. Sur les marchés de l’économie néolibérale, seule la satisfaction de la demande solvable importe. Alors priorité aux réservoirs des 4X4 et non aux estomacs...

Dans l’arrière-pays des mégalopoles chinoises florissantes, 900 millions de paysans et travailleurs migrants, soit 60% de la population chinoise, vivent dans une misère effroyable. La faim tue aujourd’hui plusieurs milliers de personnes par jour. Dans un silence presque total, dans l’indifférence et la désinformation générale.

Pour une résistance pacifique
A l’occasion de la journée des Luttes paysannes, le leader indien PV Rajagopal était en visite en Belgique. Il a pu visiter des fermes paysannes et constater la résistance du paysannat belge face à la conjoncture.

Comme d’autres, il plaide lui aussi pour une résistance pacifique passant par la consommation de produits paysans locaux et sains, l’arrêt de la surconsommation, du gaspillage de l’énergie et des denrées alimentaires, l’arrêt du leurre des agrocarburants, l’arrêt des OGM, l’application de la solidarité entre les peuples, la répartition équitable des biens ainsi que la régulation publique des marchés agricoles pour aider les plus faibles et les plus démunis.

Plus d’infos :
Thierry Kesteloot, Oxfam-Solidarité
Tél : 02 501 67 55 — Courriel : tke(at)oxfamsol.be

Signataires : FUGEA (Fédération Unie de Groupements d’Eleveurs et d’Agriculteurs), Comité Belgo Brésilien, FIAN Belgium, Oxfam-Solidarité, SOS Faim Belgique, CNCD-11.11.11, Greenpeace Belgique, Saveurs Paysannes, Solidarité socialiste, Entraide et Fraternité, Oxfam-Magasins du Monde, VAC Vlaams Agrarisch Centrum vzw