Tsunami

9 février 2005

Plus que sauver des vies

Depuis les années 70, Oxfam-Solidarité est active sur le terrain de l’urgence. Deux principes importants déterminent cette action : la coopération avec les partenaires dans les pays du Sud et une démarche basée sur les droits. Chacun dispose d’un nombre de droits fondamentaux tels que le droit à la sécurité et à la paix.

(Cet article est paru dans un Globo consacré à l’aide d’urgence (n°6, juin 2004). Il explique la conception d’Oxfam en matière d’aide d’urgence.) Globo n°6 : les défis de l’humanitaire (PDF - 1288Ko)

L’aide d’urgence vise d’abord à sauver des vies et à garantir la vie en devenir. Cette aide va toujours de pair avec la reconstruction, la prévention et le développement. Ces dernières années, le monde de l’humanitaire a connu une expansion explosive. Souvent, les interventions humanitaires se déroulent dans des pays ravagés par des conflits, où d’importants intérêts internationaux sont en jeu. Ce qui ne facilite pas le travail.

Dans les situations de crise, Oxfam-Solidarité collabore avec des partenaires spécialisés pour fournir de l’aide alimentaire, des soins médicaux, de l’eau potable ou pour construire des abris. Après le désastreux passage de l’ouragan Mitch en Amérique centrale en 1998, nous avons aidé des partenaires médicaux expérimentés à secourir les victimes de cette catastrophe naturelle.

Autre priorité : la relance de projets agricoles. Ainsi, Oxfam a fourni une aide aux organisations paysannes du Mozambique pour la distribution de semences et d’outils agricoles après les inondations de 2000. L’eau potable et l’infrastructure sanitaire sont aussi un autre terrain d’intervention important, très souvent en collaboration directe avec Oxfam-Grande-Bretagne (OGB) qui a une expertise internationalement reconnue en la matière. OGB dispose de grands stocks de matériel simple (des ‘kits d’eau’), de citerne et de conduite d’eau. Parfois, Oxfam-Solidarité fournit des fonds aux collègues anglais pour intervenir dans des régions en crise comme le Kosovo (1999) ou la République démocratique du Congo, notamment après l’éruption du volcan Nyragongo (2000).

Le lobbying politique pour revendiquer le respect du droit à la paix et à la protection devient de plus en plus important. Oxfam-Solidarité plaide pour la participation des organisations locales à l’action humanitaire et revendique la fin de la prolifération des armes. L’action humanitaire doit s’engager de plus en plus dans la lutte contre le SIDA. La maladie est épidémique et s’attaque à tous les domaines de la société. Le problème dépasse actuellement l’action d’urgence. La lutte contre le sida est désormais un des thèmes de l’ensemble des programmes de la coopération au développement.

Action durable

Nous coopérons avec des organisations et des institutions locales, afin de garantir un travail à long terme et des résultats durables. Cette approche nécessite beaucoup de temps et de concertation. Mais quelle est la meilleure méthode ? Une action rapide dans un camp de réfugiés pour construire quelques latrines, ou une intervention plus lente à laquelle participent les réfugiés, en développant un modèle qui peut être utile lorsque les sinistrés rentrent dans leurs villages dévastés ? Quelle action sauvera un maximum de vies et respectera le plus grand nombre de réfugiés ?La relance du secteur agricole est basée également sur la durabilité. Nous préférons la distribution de semences locales et traditionnelles à la livraison de semences hybrides ou génétiquement manipulées, dont on ne connaît pas les effets et qui ne survivent qu’une seule saison.

Travail de fourmi

Le nombre de crises lors desquelles la capacité locale est complètement mise hors jeu est heureusement limité. Souvent, les organisations d’aide interviennent non par nécessité, mais par automatisme ou encore pour être visibles. Les arguments pour ce genre d’opérations sont toujours les mêmes : rapidité, efficacité ou neutralité de l’opération. L’aide d’urgence étrangère peut, en fin de compte, être très nuisible. L’importation massive de nourriture peut ruiner le marché local. Les nouvelles maisons construites après une catastrophe restent parfois inhabitées, car elles se trouvent trop loin des champs.

Oxfam-Solidarité est convaincue de la nécessité d’une coopération avec des partenaires locaux qui reçoivent de l’aide et d’une formation dans les principes et les normes de l’action d’urgence.

Oxfam-Solidarité opère souvent dans la zone grise entre l’aide d’urgence et l’aide au développement (la reconstruction du secteur agricole et des structures locales).

Il devient de plus en plus difficile de mobiliser les fonds nécessaires, parce que les moyens manquent et l’attention médiatique se tourne vers un nombre toujours plus restreint de crises. Souvent, les donateurs ne considèrent la reconstruction ni comme une forme d’aide d’urgence, ni comme de la coopération au développement. L’action de reconstruction est un “travail de fourmi” peu photo- ou médiagénique. Les organisations locales entrent en action. C’est un travail invisible qui échappe à l’attention des médias, et donc à celle des donateurs qui ne sont pas prêts à investir des fonds. Le politique également préfère se profiler devant les caméras...

Article écrit par Channah Bentein, coordinatrice des actions d’urgence d’Oxfam-Solidarité

Un consortium humanitaire

En 2003, Oxfam International (OI) a renforcé ses activités humanitaires internationales en créant le ‘Humanitarian Consortium’. Cinq affiliés d’OI en font partie. Ils définissent la politique humanitaire et fournissent un appui supplémentaire à l’action des douze affiliés d’OI. Oxfam Amérique, Oxfam Grande-Bretagne, Oxfam Australie, Intermòn Oxfam Espagne et Novib Oxfam Pays-Bas investissent des fonds propres pour une valeur totale de 34 millions d’euros. Ces finances permettent de développer toute une série d’activités qui contribuent à la défense du droit à la vie, à la sécurité et à la prévention, l’aide d’urgence, l’aide à la reconstruction et à la prévention des conflits. Le Consortium organise des sessions de formation afin de renforcer les organisations partenaires du Sud. Grâce au Consortium, la famille Oxfam arrive à une meilleure coordination de ses projets et de son travail de lobbying.

En savoir plus : Globo n°6 : les défis de l’humanitaire (PDF - 1288Ko)

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