social

Eau

11 septembre 2003

Pauvre du Ghana, tu ne boiras pas…

Le Ghana a une dette de 6 milliards de dollars envers son principal bailleur de fonds, la Banque mondiale. Cette dernière impose au gouvernement une politique stricte en matière de gestion de l’eau.

Dans les grandes villes ghanéennes, la distribution de l’eau a été privatisée. A la campagne, les autorités locales ont toujours le contrôle des services liés à l’eau, mais n’ont aucuns moyens pour les assurer. La Banque mondiale, mais aussi les pays donateurs comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ont fait pression sur le gouvernement ghanéen pour qu’il cède ses services de l’eau à cinq multinationales : Vivendi, Suez-Lyonnaise des eaux, Saur, Biwater et Bechtel. Ces entreprises devaient investir chacune 70 millions de dollars dans la modernisation de ces services mais elles ont refusé de le faire. Finalement, ce montant a été revu à la baisse : il est à présent de 30 millions. Et les entreprises étrangères ne veulent investir que dans les villes, pas à la campagne. “Le résultat immédiat de cette privatisation” explique Rudolf Amenga-Etago de l’ONG ghanéenne Integrated Social Develop-ment Center, “a été une forte hausse des tarifs. Le mètre cube d’eau est passé de 0,10 dollars en 1998 à 0,75 dollars aujourd’hui. Or, la plupart des Gha-néens gagnent moins de 2 dollars par jour. Le salaire minimum est de 1 dollar par jour, ce que beaucoup de travailleurs ne touchent même pas”.

Les conséquences sont dramatiques. “Je connais une femme du quartier Mamobi dans la capitale Accra” poursuit Rudolf. “Pour elle, l’eau potable est tout simplement impayable. Elle puise l’eau d’une source contaminée et la filtre avec un tissu. A Accra, le nombre de cas de choléra ne cesse d’augmenter. Les femmes et les enfants sont les premières victimes de cette privatisation. Les familles doivent à présent épargner pour pouvoir se payer leur eau. Les enfants (et tout d’abord les jeunes filles) ne vont donc plus à l’école. Les femmes et les filles sont souvent sur pied à quatre heures du matin afin de trouver de l’eau bon marché. Pour les employés de l’ancienne entreprise d’eau d’Etat Ghana Company Limited, la privatisation est une catastrophe : 2.900 d’entre eux ont perdu leur emploi. Et rien n’arrête la spirale de la privatisation : après les services de l’eau du pays, c’est le tour de l’entreprise électrique…”