social

Paix et sécurité

25 février 2008

Pas de développement sans désarmement

Oxfam-Solidarité est convaincue que le développement et le désarmement sont fondamentalement liés. Cette vision se traduit dans nos actions, notre travail de pression politique et notre collaboration avec d’autres organisations. Notre magazine Globo de septembre 2007 est entièrement consacré à la question de l’armement.

Lisez en ligne le magazine Globo de septembre 2007 (version pdf).


La vision et la politique d’Oxfam-Solidarité reposent sur deux piliers : le développement et le désarmement. Cette optique remonte au fondateur et premier président d’Oxfam-Solidarité, Antoine Allard.

Pacifiste convaincu, Allard tenta notamment de rapprocher l’Est et l’Ouest durant la guerre froide. Sa vision politique s’inspirait entre autres du traité fondateur des Nations unies, qui soulignait l’importance majeure du développement et du désarmement. L’un ne va d’ailleurs pas sans l’autre : le développement nécessite la sécurité, et vice versa.

Le droit à la sécurité dépendant en grande partie du processus de désarmement, il est logique qu’Oxfam- Solidarité participe à des coalitions comme la campagne Contrôlez les armes (voir p.8 du Globo) et à différents groupes actifs sur les questions d’armement.

Sur le plan politique, la Belgique est un pays pionnier dans la problématique des armes. Premier pays à avoir adopté une loi sur les armes à sous-munitions et à interdire tout financement destiné à en produire, la Belgique est également l’un des premiers Etats à s’être levé contre la production et l’usage des mines antipersonnel.

Toutefois, en dépit de ces avancées, de gros problèmes subsistent encore (voir p.9). Si la régionalisation des exportations d’armes en 2003 était notamment destinée à en améliorer le contrôle, l’octroi récent de licences d’exportation d’armes à Israël (voir p. 11) démontre que cette régionalisation n’a pas permis d’établir un meilleur contrôle et un respect accru des lois existantes. Ne serait-il donc pas opportun de refédéraliser cette compétence ?

L’énorme impact des armes
La nécessité du désarmement se fait ressentir chaque jour dans notre travail. Notre expérience dans des régions en conflit (ou sortant de conflits) nous a appris que le développement n’est possible que dans un environnement sécurisé. En République démocratique du Congo, le trafic d’armes n’est bien sûr pas à la source des conflits ou de la misère. Mais la présence massive des armes prolonge les conflits, accentue la souffrance, et porte atteinte aux moyens d’existence de la population (voir p.6). La situation vaut aussi au Soudan, au Moyen Orient ou en Colombie (voir p. 7).

Au Guatemala, les derniers accords de paix ont été signés il y a plus de 10 ans. Mais aujourd’hui encore, des quantités astronomiques d’armes circulent toujours dans le pays. Ces armes contribuent au taux élevé de criminalité et permettent à des milices privées de menacer des paysans, voire même de les chasser de leurs terres. Elles contribuent aussi à l’assassinat massif de femmes, problème majeur dans le pays.

Les lois existent, mais...
A l’image du Code de conduite européen, de nombreuses lois et traités existent à travers le monde pour réglementer les activités liées aux armes. Mais aucun traité international contraignant n’a encore vu le jour pour contrôler le commerce des armes conventionnelles, pourtant responsables de l’écrasante majorité des décès. Dans ce cadre, la volonté exprimée fin 2006 par 153 pays de mettre en place un traité sur le commerce des armes représente une réelle avancée. Ce large soutien prouve qu’une volonté politique a émergé pour s’attaquer au problème.

Outre l’établissement de ce traité, un certain nombre d’étapes s’avèrent encore nécessaires pour mieux contrôler le commerce des armes. La première chose à faire, en Belgique comme ailleurs, est bien entendu de respecter les législations existantes et d’améliorer la transparence des exportations. Il est également fondamental que les réglementations internationales soient inscrites dans les législations nationales – comme l’a fait la Belgique avec le Code de conduite européen – et que certaines lois nationales inspirent les réglementations internationales.

Mais il faut aller plus loin. Le respect des règles relatives aux armements se doit d’être imposé à des institutions privées comme les banques et les entreprises. Aux Pays-Bas, Oxfam Novib a récemment publié un rapport sur les liens entre certaines banques (ABN AMRO, Fortis, ING et Rabobank) et les industries d’armement. En Belgique, le Réseau Financement Alternatif, Netwerk Vlaanderen, Friends of the Earth et Vredesactie travaillent également sur ce thème (voir p.10).

En parlant de secteur privé, notons également que la privatisation de la sécurité représente un autre problème inquiétant. Le recours à des mercenaires est aujourd’hui devenu massif. Devenues de véritables entreprises capables de fournir des combattants à bas prix, les milices privées attirent de plus en plus de gouvernements. En Irak, l’armée américaine sous-traite une grande partie de ses missions de sécurité à ce type de milices. Au Guatemala, les membres des milices privées sont plus nombreux que ceux des services d’ordre...

Toutes ces questions relatives au désarmement et à la sécurité ont un impact évident sur le développement, et bénéficient donc d’une place particulière dans l’agenda d’Oxfam-Solidarité. Par nos activités, nous tentons d’encourager le public à participer au grand mouvement de soutien au désarmement. Nous interpellons les autorités sur des dossiers clés comme la livraison d’armes à Israël ou la situation sécuritaire au Congo. Nous nous engageons dans des campagnes comme Contrôlez les armes et collaborons avec des organisations comme la CNAPD, le GRIP, Vrede et Vredesactie. Ces actions sont logiques et nécessaires. Car il n’y a pas de développement sans désarmement.

Stefaan Declercq
Secrétaire général d’Oxfam-Solidarité

Quelques chiffres
- Dépenses militaires en 2006 : 1.204 milliards de dollars, soit plus de 10 fois le montant de l’aide au développement. Plus de 80 % de ces dépenses sont le fait de seulement 15 Etats.
- Les transferts internationaux en armements atteignaient 34,8 milliards de dollars en 2004, dont 22,5 milliards vers les pays en développement.
- Entre 2002 et 2006, le volume des transferts d’armements conventionnels a connu une augmentation de 50 %
- Plus de 1.000 entreprises participent à la production d’armes légères et de munitions. Les principaux exportateurs en valeur sont la Russie, les Etats-Unis, l’Italie, l’Allemagne, le Brésil et la Chine.
- Près d’un million d’armes légères sont achetées chaque année par les forces armées dans le monde.
- La violence armée tue chaque année près de 500.000 personnes.
- La moitié des victimes directes d’armes à feu sont des hommes âgés de 15 à 29 ans.