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Territoire palestinien occupé / Israël

13 mai 2010

Palestiniens et Israéliens unis contre les démolitions

C’est un matin calme à At-Tuwani, petit village de 400 habitants du sud de la Cisjordanie. Pourtant, à moins de 200 mètres du village, des colons israéliens ont érigé des tentes pour bâtir un nouvel « avant-poste », nom donné à ces petites colonies que l’État israélien lui-même juge illégales – même si, au regard du droit international, toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée sont illégales.

Depuis le toit de sa maison, Umm Juma, 58 ans, jette un œil fatigué sur ces nouveaux colons et s’inquiète pour ses fils. « Les colons bloquent désormais le chemin que nous empruntions pour accéder aux pâturages. Ils ont déjà attaqué mes fils alors qu’ils emmenaient paître nos moutons. Désormais, à chaque fois que mes enfants quittent la maison, je suis morte d’inquiétude. »

Détournant son regard de cette colonie, Umm Juma vient se rasseoir auprès de ses invités. Un groupe d’Israéliens de l’organisation Bimkom, partenaire d’Oxfam, qui sont venus l’aider à protéger sa maison menacée de démolition. Les architectes et planificateurs de Bimkom aident les Palestiniens à faire appel des ordres de démolition de leurs maisons, et dénoncent les politiques restrictives de construction qui sont monnaie courante dans la « zone C ».

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Sa maison sera-t-elle détruite ? Avec l’aide d’une collaboratrice de Bimkom, partenaire d’Oxfam, Umm Juma cherche des solutions pour éviter cette catastrophe. © C.Weibel/Oxfam

Règles dans la "zone C"
Créée par les Accords d’Oslo II en 1995, la « zone C » représente 60% de tout le territoire de la Cisjordanie. Plus de 150 000 Palestiniens y vivent... et presque deux fois plus de colons israéliens, dont la vaste majorité s’est installée en Cisjordanie au cours des dernières décennies. La zone C est placée entièrement sous contrôle civil et militaire israélien, y compris l’administration de toutes les questions liées à la terre. Résultat : il est extrêmement difficile pour les Palestiniens d’obtenir des permis de construire dans la zone C, alors même que les colonies ne cessent de s’y étendre.

Bâtie il y a 30 ans, la maison d’Umm Juma doit encore obtenir un permis de construire pour être considérée comme légale aux yeux de l’Administration civile israélienne (ACI) – cette agence militaire qui décide des plans d’occupation des sols et qui délivre des permis de construire aux Palestiniens vivant dans la zone C.

Aujourd’hui, la maison d’Umm Juma est menacée de démolition car elle se trouve 100 mètres en dehors des limites du plan défini par l’ACI. Même si la maison de 6 pièces n’était pas démolie, elle resterait en dehors des limites du plan d’occupation des sols défini pour le village. Cela signifie que les 30 membres de la famille d’Umm Juma ne pourront pas agrandir ni rénover cette maison dans laquelle ils vivent déjà entassés.

Des démolitions, mais pas d’électricité
« L’administration israélienne délivre des ordres de démolition mais n’offre pas le moindre service public », dénoncent les villageois d’At-Tuwani. « Cela fait des années que nous demandons le raccordement du village au réseau électrique. Ce réseau dessert les colonies israéliennes environnantes, mais passe toujours bien loin du village... »

Alon Cohen-Lipshitz, architecte travaillant pour Bimkom : « Le plan d’occupation des sols défini par l’ACI pour At-Tuwani ne couvre que 5,2 hectares de terre, y compris un petit ruisseau. Mais les rives de celui-ci sont inexploitables à cause des inondations qui se produisent chaque hiver. De plus, plusieurs bâtiments et habitations ne sont pas repris dans ce plan et courent donc le risquent d’être démolis. D’une façon générale, les plans d’occupation des sols dessinés par l’ACI pour les villages palestiniens de Cisjordanie sont – au mieux – rudimentaires. »

Une maison ? Mais non, c’est un rocher !
« Pour des raisons totalement incompréhensibles, deux maisons n’ont pas été incluses dans le plan dessiné pour At-Tuwani, alors même qu’elles étaient situées à un jet de pierre des autres maisons, toutes inclues dans le plan », poursuit l’architecte.

« Quand nous avons demandé au planificateur de l’ACI pourquoi il avait décidé de laisser ces deux maisons en dehors du plan, il nous a expliqué qu’il les avait confondues avec de gros rochers. Il n’avait jamais mis les pied dans le village. Il avait dessiné son plan entièrement à partir d’une photo aérienne. »

Bimkom a déposé un recours officiel contre le plan d’occupation des sols préparé par l’ACI pour le village, demandant que des modifications significatives y soient apportées. Bimkom et les villageois d’At-Tuwani attendent la décision du comité de planification de l’ACI chargé de statuer sur leur appel. Si cet appel est rejeté, les villageois et Bimkom pourraient faire appel de cette décision devant la Haute Cour de Justice de Jérusalem.

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Les architectes et urbanistes de Bimkom aident les Palestiniens à s’opposer aux destructions de maisons et à revendiquer davantage de permis de construire dans le zone C de la Cisjordanie. ©C.Weibel/Oxfam

5,6% des demandes approuvées
En 2008, Bimkom a publié un rapport accusant les autorités israéliennes d’empêcher le développement des communautés palestiniennes de la zone C en restreignant les constructions, ce qui empêche les Palestiniens de s’étendre ou de construire de nouvelles maisons, écoles et autres bâtiments. Bimkom a expliqué à Oxfam qu’entre 2000 et 2007, l’ACI n’avait approuvé que 5,6% de toutes les demandes de permis de construire déposées par des Palestiniens.

« Aucune des institutions de planification de l’Administration Civile israélienne n’intègre de représentants de la population palestinienne », poursuit Cohen-Lipshitz. « La politique de planification mise en œuvre par Israël dans la zone C vise à réserver de terres pour le développement des colonies israéliennes. Les Palestiniens n’ont souvent d’autre choix que de construire sans permis, en dépit du risque toujours présent de démolition qui menace des milliers de constructions et qui risque d’entraîner le déplacement forcé de milliers de familles. »

De telles restrictions des constructions limitent également le développement économique des communautés palestiniennes et violent les droits de l’homme. Sur le long terme, soutenir les droits et le développement des Palestiniens dans le territoire palestinien occupé contribuera à poser les fondations pour une solution politique durable entre Israéliens et Palestiniens.

Mais en attendant, Umm Juma se contente d’espérer que la maison où elle vit depuis 30 ans ne sera pas démolie.

Catherine Weibel, Oxfam International, 29 avril 2010


Plus d’infos :
- Steven Van Damme, responsable du plaidoyer humanitaire d’Oxfam-Solidarité
Tel. 02 501 67 42 — steven.vandamme (at) oxfamsol.be
- Le Rapport de Bimkom : The Prohibited Zone
- Le rapport d’OCHA : Restricting Space : the Planning Regime applied by Israel in Area C of the West Bank

 
Disclaimer concernant le conflit entre la Palestine et Israël