Pakistan : gérer la promiscuité dans les camps
Alors qu’une importante partie du pays est toujours sous eau, la majorité des sinistrés se retrouvent dans des camps de fortune, où le risque d’une grave crise sanitaire s’accroit. Jane Beesley, collaboratrice pour le programme humanitaire d’Oxfam au Pakistan, décrit le quotidien dans ces camps.

- Jane Beesley
Nous partons tôt le matin ; il est à peine 6 heures mais il fait déjà très chaud. Nous sommes en route pour un camp de fortune installé dans des bâtiments scolaires de Shikarpur, dans la province de Sindh, fort affectée par les inondations. Aujourd’hui, Oxfam va y distribuer des dons aux victimes des inondations. Sur le chemin, nous croisons des Pakistanais qui ont pris l’habitude de vivre dans des tentes au bord de la route. Ils ont tout perdu, et cela frappe aux yeux.
Se nourrir avant tout
Près de 360 familles habitent dans l’école que nous visitons. Chaque famille reçoit un chèque de 5000 Roupies (environ 40€) avec lequel il sera alors possible de survivre les 2 à 3 semaines qui viennent. Là-bas, je rencontre Raiza, une femme de 21 ans très frêle, qui se fait beaucoup de soucis pour ses enfants. « Ils sont totalement affaiblis car nous n’avons pas assez à manger », me confie-t-elle. Avant que nous partions, elle revient nous saluer avec ses enfants pour nous remercier. Elle utilisera cet argent pour leur acheter de la nourriture.
Dans chaque camp que nous visitons, nous sommes chaleureusement accueillis par les sinistrés, même s’ils ont à peine de quoi manger.
Dans un bâtiment scolaire faisant office de logement, les gens vivent les uns sur les autres. Infesté de mouches, l’endroit est loin d’être confortable ou agréable. La plupart des enfants ont la gale, sont affamés ou malades, souvent affectés de diarrhées. Les Pakistanais nous racontent que l’argent mis à leur disposition par Oxfam est surtout utilisé pour acheter de la nourriture et des médicaments, payer les frais médicaux ou rembourser un prêt dont certains ont eu besoin pour se rendre jusqu’au camp.
Acheminer l’aide, et vite
Ici, tous les collaborateurs d’Oxfam ont de longues journées. Ils sont actifs jusque minuit. La chaleur et l’humidité n’arrangent rien. De plus, l’intimité est fort limitée ; même les bureaux sont eux aussi utilisés pour dormir.
La province de Sindh est inondée depuis près de 2 mois déjà et les collaborateurs n’ont pas de temps à perdre. Tout le monde sait que les besoins sont énormes et l’aide financière extrêmement urgente. Même si les possibilités d’aide sont assez limitées pour l’instant, nous pouvons au moins améliorer les conditions de vie des familles, en veillant à ce que la population reste en bonne santé mais aussi en appuyant ceux qui pourraient à nouveau retourner chez eux.
Jane Beesley, programme humanitaire d’Oxfam au Pakistan
L’UE appuie l’économie pakistanaise
Ce 17 septembre dernier, les chefs d’Etats européens ont pris la décision, au cours d’un Sommet européen, de diminuer temporairement les taxes d’importation pour le Pakistan.
“Les dirigeants européens ont montré qu’une politique adéquate pourra réellement faire la différence dans une telle situation d’urgence, qui touche 20 millions de personnes. Cet appui supplémentaire de l’économie pakistanaise laisse au pays une chance de surmonter cette énorme catastrophe dans des délais moins longs que prévus”, a alors déclaré Elise Ford, directrice du bureau bruxellois d’Oxfam-UE.
Avant le désastre, le Pakistan était déjà pauvre et l’insécurité alimentaire présente. Aujourd’hui, divers secteurs économiques ont été sérieusement touchés, notamment l’agriculture, qui représente 25% de l’économie et emploie 50% de la population active.
Selon les autorités pakistanaises, le montant des dégâts s’élève à plus de 15 milliards de dollars, soit 10% du PNB du Pakistan. Les plus grands besoins se situent au niveau des infrastructures (routes, centrales électriques, télécommunications, digues et systèmes d’irrigation, écoles et hôpitaux). Rien que les réparations dans ce domaine s’élèveront à 10 millions de dollars.


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