Inondations au Pakistan

3 septembre 2010

Pakistan : au-delà des comparaisons, la souffrance

Rebecca Barber travaille depuis 2007 au Pakistan pour Oxfam. Active tant dans les actions humanitaires que dans le plaidoyer, elle donne une image concrète de la réalité sur le terrain suite aux inondations.

De nombreuses comparaisons ont été faites ces dernières semaines en relation avec les inondations au Pakistan. D’abord, nous avons entendu que les inondations étaient les pires vécues par cette génération. Ensuite, qu’elles constituaient la pire catastrophe naturelle de l’histoire du pays. Enfin, que le nombre de personnes affectées est plus élevé que pour le tsunami de l’océan Indien, le séisme au Kashmir en 2005 et le tremblement de terre en Haïti réunis.

Le premier ministre pakistanais lui-même a déclaré que ces inondations avaient un impact plus grave que les événements qui se sont déroulés lors de la scission entre le Pakistan et l’Inde. La BBC nous a dit que les inondations recouvrent une surface équivalente à un tiers de l’Angleterre, et pour ne pas être en reste, les collaborateurs d’Oxfam ont imaginé à quoi ressemblerait l’Europe centrale si des pluies semblables s’étaient abattues sur la région du Rhin.

Ces comparaisons ont toutes un même but : faire comprendre au gens l’ampleur de la catastrophe qui se déroule au Pakistan. Ce qu’elles ne peuvent, c’est montrer la souffrance qu’endurent les 17 millions sinistrés de ce désastre, dont 8 millions de personnes qui ont perdu leur maison et dont les moyens de subsistances ont été réduits à néant.

Ils ont tout perdu, même leur dignité
La situation est telle que même les femmes pakistanaises acceptent de se laisser prendre en photo, alors que normalement, elles trouvent cela indigne. Elles espèrent que cela poussera quelqu’un à leur venir en aide. Dans les camps et sur les bas-côtés des routes, il n’est plus question de dignité mais de survie.

Au camp de Khairpur, dans le Sindh, un homme m’a raconté qu’il avait payé 20.000 roupies pour faire évacuer sa famille. Il a vendu toute sa récolte de blé du ménage pour couvrir ces frais. Avec son père, son oncle et lui-même, la famille possédait aussi 13 buffles qu’ils n’ont pu emmener. Toutes les bêtes se sont noyées quand les eaux ont envahi le village. Trois de ses frères sont restés sur place ; ils campent sur une terre surélevée toute proche afin de garder un œil sur les ruines de la maison. Le village est sous 152,4cm d’eau et d’après l’homme, il faudra deux ans avant de pouvoir cultiver à nouveau la terre.

Dans un autre camp, un homme m’a confié avoir dû abandonner huit chèvres, deux vaches et deux buffles quand l’armée a évacué sa famille. Ils étaient métayers, cultivant la terre d’un propriétaire terrien. En plus des bêtes, ils possédaient un petit potager. Le travail ne pourra pas reprendre pas avant janvier de l’an prochain, au moment de la récolte de canne à sucre. Entretemps, il se rendra en ville pour tenter de trouver un travail temporaire. Il ne gagnera pas plus de 100 roupies (un peu plus d’un dollar) par jour ; cela ne lui permettra pas de nourrir sa famille qui compte dix membres. Ils n’ont pas d’économies en plus, la dot dot que la famille gardait dans un coffre depuis six années (vêtements, or, ustensiles et argent liquide) a été perdue.

« Nous n’avons que nos âmes »
Le Pakistan a fait plusieurs fois déjà la une de l’actualité, mais on ne le répètera jamais assez : l’aide internationale n’a été ni suffisante, ni assez rapide pour soulager la souffrance des millions de Pakistanais qui ont tout perdu et vivent désormais dans des conditions épouvantables.

La majorité des camps que nous avons visité n’avaient pas de latrines dignes de ce nom. Dans un des camps, les hommes allaient se soulager dans la mosquée toute proche alors que les femmes essayaient de n’y aller que la nuit, dans l’espoir que personne ne les voie. Sans aucune intimité, en manque d’eau et n’ayant rien d’autre que les vêtements qu’ils portaient à leur arrivée, ils n’ont pas pu se changer ou se laver depuis deux semaines. « Nous n’avons que nos âmes », ai-je si souvent entendu.

Les comparaisons, cela peut être utile, mais ce qui compte le plus, c’est la souffrance que vivent ces millions de gens. Ils ont besoin d’aide, une aide beaucoup plus importante que celle que nous leur avons apportée.

Rebecca Barber


Vous pouvez aider les victimes des inondations. Soutenez le programme d’urgence d’Oxfam en effectuant un don en ligne ou en effectuant un virement sur le compte 000-0000028-28 avec en communication ’9106 - Aide d’urgence Pakistan’.