Pakistan - Travailleurs agricoles bon marché

Deux tiers de la population rurale de Sindh, au Sud du Pakistan, ne possèdent pas de terres. Pour survivre, ces familles dépendent de propriétaires terriens, qui leur prêtent aussi de l’argent. La redistribution des terres est la clé de la reconstruction du pays.
Dans la province de Sindh, au Sud du Pakistan, les champs où l’eau des récentes inondations s’est retirée sont souvent devenus blancs, comme s’ils étaient recouverts de neige. En réalité, c’est une couche de sel qui s’est déposée lorsque l’eau s’est évaporée. Avant de pouvoir replanter, il va falloir enlever cette couche avec des produits chimiques ou à la main. Et cela coûte de l’argent. Or, toutes les organisations d’aide humanitaire reconnaissent à présent qu’il est très difficile de récolter plus de fonds encore après une telle année remplie d’inondations et de catastrophes dans le monde...
Sur plusieurs kilomètres, des tentes sont encore plantées le long d’immenses digues, construites pour la plupart il y a 70 ans par les Anglais. Découragés par le froid, le manque de nourriture et d’abris, certains Pakistanais ont décidé de rester là. Nombreux sont aussi ceux qui ne rentrent pas chez eux à cause de leurs dettes. En effet, beaucoup de familles doivent de l’argent au propriétaire des terres qu’elles cultivent, et elles devront d’abord travailler pour rembourser ces dettes avant de pouvoir acheter de quoi se nourrir.
Sans terre et endettés
Dans un des camps près de Haiderabad, dans le Sud de Sindh, plusieurs familles d’un même village m’ont raconté que leur patron réclamait le remboursement du riz qu’il leur avait donné pour planter sur ses terres en mai 2010. Des terres qui ont été complètement ravagées par les dernières inondations…
« Nous ne possédons pas de terres, mon grand-père les a perdues suite à une dispute », explique Murdam Jakhrani, une dame âgée. « Alors nous travaillons en tant qu’ouvriers agricoles pour un propriétaire qui nous réclame à présent 150.000 roupies (environ 1.265 euros) afin de compenser la récolte et les fertilisants perdus. Mais il nous faudrait un an pour pouvoir rassembler cette somme ! » Selon elle, certaines familles ne retourneront jamais dans leur village natal, et devront aller mendier dans la ville d’Haiderabad.
Les deux tiers de la population rurale de Sindh ne possèdent pas de terres. Pour survivre, ces familles dépendent de propriétaires terriens, qui leur prêtent aussi de l’argent. Certaines de ces relations ne sont pas très loin de l’esclavage, et beaucoup de paysans vivent non pas d’un salaire mais d’une partie des récoltes qu’ils ont plantées pour ce propriétaire.
Changer le système féodal
« La question foncière est essentielle pour la reconstruction du Pakistan », explique Haris Gazdar, directeur du Collectif de Karachi pour la Recherche en Sciences Sociales. « Les paysans qui possèdent leurs propres terres sont moins dépendants des chefs patriarcaux, et plus aptes à subvenir à leurs besoins. Nous avons besoin que le gouvernement distribue des terres aux plus pauvres. Malheureusement, le programme de reconstruction élaboré par la Banque Mondiale n’aborde pas du tout cette problématique... »
Nombreux sont ceux qui, comme Haris Gazdar, pensent que la classe des propriétaires terriens vise à maintenir la situation telle quelle. « Car le système agricole actuel permet de la main d’œuvre bon marché », explique Qasm Barech, collaborateur d’Oxfam dans le Sud de Sindh. « Si nous arrivons à changer ce système féodal et à donner des terres aux plus pauvres, alors ces derniers pourront plus facilement sortir de la pauvreté. »
Mumtaz Ali, le cultivateur de blé devenu pêcheur, est l’un de ces hommes sans terre. Bien que sa famille travaille les mêmes terres depuis plusieurs générations, elles appartiennent toujours au chef de la communauté. Quand les eaux se retireront, sa priorité sera de planter pour ce propriétaire. Car si lui et sa famille ne remboursent pas leurs dettes, d’autres paysans prendront leur place…
Alex Renton, collaborateur d’Oxfam au Pakistan (Sindh)
En savoir plus :
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Contactez Amil Khan, Media Officer d’Oxfam au Pakistan - +92 3085 557 219 - amilkhan(at)oxfam.org.uk


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