OMC : les pays pauvres tentent de limiter les dégâts

A la veille de la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève, Oxfam International rappelle qu’aucun accord à ce stade ne sera bénéfique aux pays pauvres.
Après presque cinq années de négociations à l’OMC, Oxfam International affirme que les propositions actuelles restent floues et inadéquates pour mettre le développement au cœur des négociations. Les intérêts particuliers des grandes puissances commerciales, en particulier de l’Union Européenne (UE) et des Etats-Unis, déterminent encore le cours de négociations.
“Les Etats-Unis et l’UE ont tellement joué le jeu de l’intransigeance que l’on va perdre l’opportunité de changer les règles du commerce mondial dans un sens profitable au développement“, note Céline Charvériat, responsable de la campagne "pour un commerce équitable" d’Oxfam International à Genève. “Les ingrédients essentiels manquent encore pour déboucher sur un accord qui aiderait les pays pauvres. La grande promesse du « développement » a quasiment disparu“, rajoute-t-elle.
L’Afrique subsaharienne et le Bangladesh verront leur pauvreté s’accroître
Plusieurs études démontrent que les pays les plus pauvres seront les grands perdants du cycle. Selon la dernière étude du think tank Carnegie Endowment for International Peace, l’Afrique subsaharienne (1) et le Bangladesh verront même leur pauvreté s’accroître ! Les pays en développement verront leur secteur agricole reculer, et en premier lieu l’agriculture paysanne.
Les propositions actuelles vont autoriser les pays riches à augmenter leurs subventions agricoles, leur permettant d’exporter leurs produits en dessous des coûts de production. Les Etats-Unis pourraient ainsi passer de 19,7 à 22,7 milliards de dollars de subventions agricoles. Celles de l’UE passeraient quant à elles de 22,9 à 33,1 milliards de dollars.
“Les plus gros et les plus riches producteurs européens et américains continueront à surproduire et à vendre leurs excédents à bas prix sur les marchés mondiaux. Or, c’est précisément ce à quoi les pays en développement s’opposent dans le cadre des négociations“, poursuit Céline Charvériat. “Le fait que les offres actuellement sur la table ne règlent pas ce problème constitue l’une des plus grandes trahisons de l’esprit de Doha.“
Par ailleurs, toujours dans le domaine agricole, plusieurs pays se sont prononcés pour la limitation du nombre de produits agricoles que les pays en développement souhaitent protéger. Et ce malgré le fait que ces pays ont davantage besoin de protéger les ”produits spéciaux”, essentiels à leur développement et à la subsistance de leurs habitants.
De nombreux emplois mis en péril
Dans le domaine industriel, l’Union européenne a proposé une formule qui ouvrirait les marchés industriels mondiaux. Cela signifierait pour les pays en développement une réduction de leurs droits de douane de 70%, alors que les pays riches ne les réduiraient que de 25%. (3) Un accord à l’OMC pourrait confirmer ces réductions et mettre ainsi en péril de nombreux emplois dans les pays en développement.
Les chiffres de l’ONU démontrent qu’en réduisant drastiquement leurs droits de douane sur les biens agricoles et industriels, les pays en développement perdront à peu près 63 milliards de dollars sur leur revenu total.
Le Japon et les Etats-Unis veulent exclure les produits concurrentiels comme le textile
Les pays les plus pauvres du monde pourraient gagner 2,5 milliards de dollars par an s’ils avaient accès aux marchés des pays riches sans droits de douane ni quotas. Or, les Etats-Unis et le Japon veulent exclure les produits pour lesquels les pays pauvres sont les plus concurrentiels, comme le textile. (4) Pour le sucre, le marché européen leur sera ouvert, mais pas avant la baisse de 36% du prix du sucre européen.
“Les pays en développement croyaient en la promesse d’un accord qui leur offrirait un accès plus important aux marchés des pays du Nord. En réalité, les offres en cours les condamneront à ouvrir leur marché pour obtenir très peu en retour“, déplore Céline Charvériat.
Oxfam International considère que certaines propositions mises sur la table pourraient aider les pays en voie de développement, notamment l’engagement des Etats-Unis et de l’Europe à mettre un terme aux subventions aux exportations d’ici 2013. "Mais tout bien pesé, nous croyons que ces offres, prises dans leur ensemble, desserviront les pays en développement", conclut Céline Charvériat. "Ces pays sont aujourd’hui soumis à une pression énorme : soit ils signent l’accord, soit ils prennent le risque d’être blâmés de l’échec."
Notes
(1) Excepté l’Afrique du Sud.
(2) Pour les Etats-Unis : comparaison entre les subventions distorsives pour le commerce (estimées en 2005) et les réductions proposées dans le cadre du cycle de Doha. Les données sont issues des simulations officielles réalisées par le gouvernement canadien pour l’UE, les Etats-Unis, l’Australie et quelques autres membres de l’OMC. Pour l’UE : comparaison entre les subventions distorsives pour le commerce (estimées après la réforme de la PAC, 1999-2003) et les réductions proposées lors du cycle de Doha. Les données sont tirées des simulations d’Oxfam International et du gouvernement canadien.
(3) Ces calculs sont réalisés à partir des réductions proposées par l’UE et sur base des droits de douane moyens sur les biens industriels d’une sélection de pays développés (Canada, Etats-Unis, Japon, UE et Norvège) et de pays en développement (Brésil, Inde, Indonésie, Pakistan, Paraguay).
(4) L’UE et le Canada proposent déjà un accès à leurs marchés sans droits de douane ni quotas, alors que le Japon et les Etats-Unis sont à la traine. Toutefois, les règles complexes du "pays d’origine" empêchent toujours un accès à tous les marchés des pays développés, sauf probablement au Canada.
Pour plus d’informations :
Contactez à Genève, Romain Benicchio au +41 797979 990.


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