Mozambique : de l’eau potable pour tous ?

A Nampula au Nord-Est du Mozambique, seulement 35% de la population rurale a accès à l’eau potable. Le gouvernement dispose de trop peu de moyens pour pouvoir apporter rapidement des changements. C’est pourquoi Oxfam-Solidarité travaille avec des partenaires qui réalisent des progrès substantiels.
Pour le moment, notre partenaire UGCAN de Nampula (Union générale des coopératives & associations agricoles de Nampula) fait creuser un certain nombre de puits ou de forages permettant l’approvisionnement continuel en eau. Un puits ou un forage pouvant subvenir aux besoins en eau de 1.000 personnes coûte environ 5.000 euros et sert environ dix ans minimum. Les forages à Kanakwe (district de MONADO) sont utilisés par quelque 5.000 personnes, la zone étant très sèche.
Donner accès à l’eau potable à un habitant de Kanakwe coûte environ un euro
L’UGCAN travaille également en collaboration avec les autorités sectorielles de l’hydraulique afin d’obtenir des améliorations structurelles et les maintenir. L’union paysanne de Nampula est aussi en train de négocier avec des grands projets (financés par la B.A.D.) de cofinancement de forages. L’union est prête à apporter elle-même de 5 à 10% du coût pour accélérer le creusement de nouveaux forages en zone rurale. L’entretien et le maintien de la qualité jouent un rôle crucial. L’UGCAN prévoit pour chaque point d’eau les pièces de réserve nécessaires et forme des bénévoles aux réparations.
Rapport de Nico Bakker d’Oxfam-Solidarité sur le projet
« Hier, à Kanakwe, j’ai assisté au montage des pompes, comme ils appellent ça là-bas. Kanakwe se situe dans le district de Monapo au Nord-Est de la Mozambique.
Deux forages sont creusés à quatre mètres de distance : l’un de 46 mètres de profondeur et l’autre de 47 mètres. Pour atteindre cette région, il faut d’abord parcourir les 120 kilomètres d’une route bien asphaltée jusqu’à Nonapo Vila et, de là, emprunter un chemin secondaire sans revêtement pendant une trentaine de kilomètres. Ce trajet dure de 30 à 45 minutes en fonction de l’état de la route. Près de petits ponts, des personnes se lavent et font la lessive. Comme il a peu plu cette année, les petits cours d’eau sont déjà asséchés. Après, nous bifurquons vers l’Ouest pour une dizaine de kilomètres supplémentaires sur un chemin sablonneux.
Les techniciens expliquent qu’ils ont augmenté expressément la profondeur des puits en raison du nombre accru d’utilisateurs (environ 1.000 familles par puits). La norme habituelle permet 500 personnes par puits, mais ici, à Kanakwe, il s’agit plutôt de 5.000 personnes (enfants inclus). Celles-ci doivent à présent marcher cinq kilomètres pour atteindre la pompe, mais il s’agit déjà d’une amélioration considérable.
Les habitants de la région parcourent dix kilomètres à pied ou à vélo jusqu’à Monapo Vila, où ils peuvent obtenir un approvisionnement supplémentaire à l’hôpital, ou marchent dix kilomètres pour atteindre une route et là, attendent un minibus.
En attendant la saison des pluies, aller chercher de l’eau devient une tâche de plus en plus ardue. Le point d’eau le plus proche est situé à 30 minutes de marche mais la plupart des personnes vont maintenant chercher de l’eau aux rivières « Rio M’pwuehi » ou « Rio M’pues », ce qui prend plus d’une heure à vélo et deux à trois heures à pied.
Les habitants qui assistent à l’installation de la pompe, se montrent prudents : « Il faut le voir pour le croire. Quand les premières gouttes sortent de la pompe, des femmes et des filles accourent de tous côtés avec des seaux et des jerrycans. Elles apprennent avec déception que l’eau ne peut pas encore être utilisée à cause de la colle des pièces de jonction et que ce n’était qu’un test de fonctionnement de la pompe ».
Chez Albertina Munhokasia, on utilise trois jerrycans (60 litres) par jour
« Nous consommons 60 litres, sans compter la lessive que nous faisons à la rivière. Si vous voulez vous laver tous les jours, ce qui n’est pas du luxe étant donné les températures élevées et la poussière, vous devez rouler trois heures à vélo. Nous vivons à huit dans cette maison : mon mari et moi, nos trois enfants, un neveu et une nièce. Dans cette période de sécheresse, mon mari nous aide également à aller chercher l’eau, une tâche normalement réservée aux femmes mais qui devient trop pénible. Grâce à la pompe, nous pourrons utiliser autant d’eau que nous le souhaitons ».
Constantino Cupera est président de la coopérative Nacala Kanakwe (32 membres )
« Lorsque les gens ont vu que des puits étaient creusés ici, ils ont dit : « enfin, les choses bougent ». Les habitants de Nkolone 1 et de Nkolone 2 (à environ 3 kilomètres), de Siabra (à environ 5 kilomètres) et de Nacala vont pouvoir utiliser ces puits. Je pense qu’il s’agira globalement de 1.000 familles. Grâce aux puits, des personnes souhaitent aussi être membres de la coopérative ou de l’UGCAN et d’autres veulent créer de nouvelles organisations car elles se rendent compte que cela vaut réellement la peine. »
La maison de Assiane Momade compte cinq personnes : la petite fille d’un an et demi, deux nièces et le mari
« Je me réveille avant le lever du soleil (à environ 4h) pour aller chercher de l’eau. Nous utilisons quatre à cinq jerrycans de vingt litres par jour. A cette époque de l’année, mon mari m’aide aussi. Suand il est à la rivière, il emmène un jerrycan. Un tel puits à proximité de la maison va nous aider énormément. Je devrai me lever moins tôt et aurai fini plus tôt car le puits n’est situé qu’à dix minutes de marche de la maison ».
Le président des coopératives dans la zone de Kanakwe, Castro Rude, se déclare satisfait
« Maintenant, nos femmes ne doivent plus parcourir de si longues distances. Soudain, plus personne ne se plaint des contributions à payer à la coopérative, car ils constatent que nous effectuons des actions concrètes. Nous devons maintenant aussi veiller à ce que l’entretien se déroule bien pour ne pas nous retrouver sous peu sans eau ». Par mois, une famille contribuera avec 1000 MZM (environ 4 centimes).
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