Urgences

8 novembre 2007

Mattafix soutient l’action d’Oxfam au Darfour

Si rien n’est fait, l’Est du Tchad risque d’être un nouveau Darfour. Le monde ne peut plus fermer les yeux sur ce qui se passe dans la région. Ce message, porté par un groupe de femmes de haut rang, est aussi celui du single "Living Darfur" réalisé par le groupe anglais Mattafix pour soutenir les actions d’Oxfam dans la région.

Le single "Living Darfur" du groupe Mattafix (auteur du tube "Big City Life") le dit clairement et simplement : pour les populations du Darfour, la paix ne peut plus attendre. Les gouvernements doivent donc rapidement établir un cessez-le-feu, entamer des pourparlers et instaurer une force de paix permettant de protéger les civils de la région.

Le groupe Mattafix a visité un camp de réfugiés situé à la frontière du Tchad et du Darfour. Une région où 200.000 personnes ont perdu la vie ces 4 dernières années. La vidéo de Mattafix (voir ci-dessous), financée par Mick Jagger, a bénéficié du soutien de nombreuses personnalités comme Matt Damon, Elle McPherson, Black Eyed Peas ou l’archevêque Desmond Tutu. Marlon, le chanteur de Mattafix, a séjourné plusieurs jours dans le camp. "J’espère que cette chanson permettra aux gens de voir combien les hommes et les femmes du Darfour sont pleins d’espoir, malgré toute la violence qui se déchaîne", déclare-t-il. "Ces gens veulent oublier la terreur ambiante et retrouver une vie normale. Il est de notre devoir de faire passer leur message : il est plus que temps d’agir. Maintenant."


Le single "Living Darfur" est distribué par EMI et peut être acheté en ligne. Les sommes récoltées par les ventes permettront de soutenir les actions d’Oxfam dans la région. La réalisation du single, de la vidéo et du voyage a été rendue possible par le soutien de nombreux artistes.


Faire entendre la voix des femmes
En septembre, des personnalités internationales comme Mary Robinson (ancienne présidente d’Irlande et ex-Haut Commissaire des Nations unies pour les Droits de l’Homme), Bineta Diop (fondatrice de "Femmes Solidarité d’Afrique") et Asha Hagi Elmi Amin (membre du gouvernement de transition en Somalie et militante pour les droits des femmes et des enfants) se sont rendues dans l’Est du Tchad. Ensemble, elles ont été à la rencontre des victimes de l’interminable guerre qui affecte la région. La journaliste Deborah Scroggins était présente et a tenu un journal de bord. Extraits. (1)

"Tout le monde a déjà entendu parler de la situation au Darfour. Mais peu de gens savent que la guerre s’est étendue au Tchad et à la République centrafricaine. L’année passée, des milliers de gens ont été tués ou chassés de leur habitation au Tchad. En outre, des milliers de réfugiés du Darfour ont traversé la frontière depuis 2004.

La situation dans la région ne pourra s’améliorer que si la paix voit enfin le jour. C’est pourquoi Mary Robinson et les autres membres du groupe ont recueilli des témoignages auprès de la population. Il s’agissait notamment d’écouter les femmes du Tchad et du Darfour et de faire résonner ces récits dans les coulisses du pouvoir, en Europe et aux Etats-Unis.

Les réfugiés dans les camps demandent certes une meilleure alimentation et un meilleur enseignement pour leurs enfants, mais ils demandent surtout la paix. Nous avons parlé avec les dirigeants des camps, avec l’organisation de jeunes. Nous avons écouté les femmes d’un groupe d’entraide. Elles avaient été victimes de pillages, de violence , de répudiation ou de viol par leur conjoint. "Parlez de nous", demandèrent-elles. Parlez de nous.

De retour en Europe, la délégation de femmes a organisé une conférence de presse à Paris, à Berlin et à Londres. Le voyage est derrière nous, mais le résultat est là : une mission de paix pour le Tchad est prévue. Les ministres européens des Affaires étrangères se sont mis d’accord pour envoyer 4.000 soldats au Tchad. Et le gouvernement soudanais a pour sa part accepté un cessez-le-feu durant la période des négociations qui se tiennent à Tripoli.

Au cours d’un congrès du Labour tenu fin septembre, le Premier ministre britannique Gordon Brown a déclaré : "Qui peut rester stoïque à l’écoute du témoignage de cette mère de famille qui a dû cacher ses deux enfants pour leur sauver la vie ? De retour à son village, elle y a découvert les corps sans vie de son mari et de son fils aîné, et a été violée à plusieurs reprises par le Janjaweed... Son témoignage nous touche au plus profond de nous-même et ne peut que nous encourager à passer à l’action."

Mary Robinson a donc bel et bien réussi à faire entendre la voix des femmes du Tchad dans les cercles les plus élevés du pouvoir. Seul le temps nous permettra désormais de voir si ce pouvoir sera capable de passer à l’action."

(1) Deborah Scroggins travaille actuellement à la rédaction d’un livre sur les femmes et la guerre contre le terrorisme. Son premier livre, Emma’s War (Pantheon, 2002) relate la vie d’Emma McCune, une travailleuse humanitaire britannique ayant épousé un chef rebelle soudanais. Cet ouvrage a été couronné de succès, traduit et sera porté à l’écran d’ici peu. Deborah Scroggings a reçu plusieurs prix pour son travail de journaliste. Elle travaille pour The New York Times Magazine, Vogue et d’autres publications.