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Partenariat sud

12 août 2008

Les travailleuses de Kings Land en lutte pour leurs droits

Au Cambodge, des centaines d’ouvrières de l’usine textile Kings Land sont en grève depuis des mois. Elles réclament de meilleures conditions de travail. La syndicaliste Phal Saven témoigne...


Une pétition est en ligne pour soutenir les travailleuses. Signez-la sur le site de la Clean Clothes Campaign !


Kings Land est une usine textile située à Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Les vêtements produits par Kings Land, comme les T-shirts et les sous-vêtements, sont surtout vendus à l’étranger, notamment à la chaîne de supermarchés Wal-Mart, gros client de l’usine. L’atout économique de Kings Land : les très faibles coûts. Un atout qui se fait au détriment des travailleuses.

Depuis le 11 janvier 2008, les ouvrières sont en grève afin d’obtenir de meilleures conditions de travail. Le propriétaire de Kings Land, un homme d’affaires de Hong Kong, ne respecte pas la législation du travail. Les syndicats lui font horreur et il refuse de discuter avec les délégués syndicaux. Jusqu’à présent, sa principale réaction a été de renvoyer des leaders et des membres du syndicat, même si cela est explicitement interdit par la loi cambodgienne.

Chaque jour, les travailleuses se réunissent devant la porte de l’usine, espérant voir une solution émerger. La fédération syndicale C.CAWDU (Coalition ou Cambodian Apparel Workers’ Democratic Unions), partenaire d’Oxfam-Solidarité, aide ces femmes dans les négociations et leurs actions de solidarité.

57 dollars par mois...
Phal Saven, mère de 5 enfants, dirige le syndicat dans ce combat d’usure. Selon elle, la solidarité internationale est d’un intérêt majeur dans la stratégie des ouvrières.

« Je viens de la province de Kandal », explique-t-elle. « Etre paysanne ne rapportait plus assez, cela devenait très difficile de s’en sortir financièrement. Un jour, un homme est venu dans le village nous expliquer que Kings Land cherchait à embaucher des ouvrières. Je l’ai immédiatement suivi. Nous avons dû lui donner les 65 premiers dollars que nous avons gagnés, soit l’équivalent d’un mois et demi de travail.

Les conditions de vie n’ont cessé d’empirer. La principale raison à cela est que nous sommes payées à la pièce, et non par mois. Or, le prix par pièce est trop faible pour parvenir à vivre décemment de notre travail. Le plus que je sois parvenue à gagner en un mois, c’est 57 dollars, soit 2 dollars de plus que le salaire minimum. Et en tant que mère de 5 enfants, je n’ai pas le temps de faire des tas d’heures supplémentaires... »

Travail syndical
Le plus souvent, Phal Saven est payée comme il se doit. Mais ce n’est pas le cas de toutes ses collègues. « Je sais bien me défendre », poursuit-elle, « Ca, je l’ai appris grâce au syndicat. Avant, j’étais membre d’un autre syndicat, mais il faisait pas grand chose. Je l’ai quitté lorsqu’il a accepté de l’argent du patron. Je suis alors allée à C.CAWDU, qui m’a énormément appris : comment négocier, quelle est la législation du travail... Il n’y a que comme ça que nous pouvons nous défendre. »

Pousser les collègues à rejoindre un syndicat n’est pas toujours facile. Mais Phal Saven a appris à mieux défendre ses opinions, à discuter avec d’autres. Elle est donc parvenue à persuader 400 de ses collègues de s’affilier à C.CAWDU. Certaines hésitent un peu, regardent d’abord comment tout cela fonctionne et finissent par rejoindre le mouvement. Mais d’autres ont peur. Elles subissent la pression de l’employeur. C’est surtout le cas de celles occupant des niveaux supérieurs : gagnant plus, elles ont peur de perdre ce qu’elles ont... »

Conditions de travail
« Les problèmes sont apparus quand les ouvrières ont commencé à parler de leurs difficultés et ont établi une liste des infractions à la loi. Les principales plaintes portaient sur le non-respect de la réglementation sur les congés maladie. Des ouvrières malades disposant d’une attestation médicale légitime ont été enregistrées comme ’absentes’ et ont donc subi des pertes de salaires. Un autre grand problème concerne l’obligation de prester des heures supplémentaires : si une fille refuse de venir travailler le dimanche, elle est inscrite sur la liste des ’inactives’ pendant une semaine, et perd donc son salaire pour cette semaine-là. Cela rend le refus des heures supplémentaires très délicat. La plupart d’entre-nous travaillent sans contrat à durée indéterminée. Normalement, nous devrions avoir droit à de tels contrats une fois la période d’essai passée, mais nous ne recevons que des contrats temporaires. »

Pas de discussion !
« Le patron a refusé de négocier avec nous, et 19 militants syndicaux ont été licenciés. Nous avons alors porté plainte auprès de la commission de conciliation. Celle-ci s’est prononcée en notre faveur, mais le patron ne veut rien savoir. Nous faisons donc grève depuis début janvier. Notre principale revendication porte sur l’autorisation effective des activités syndicales et sur la réintégration des collègues licenciés.

Tout le monde s’occupe désormais de cette affaire : l’Organisation Internationale du Travail, le Ministère du Travail, les syndicats internationaux... Malgré cela, le patron campe encore et toujours sur ses positions. Il y a peu, il nous a envoyé la police et nous a même foncé dessus avec une voiture de l’entreprise. Plusieurs ouvrières se sont retrouvées à l’hôpital. Il menace aussi de fermer l’usine. Mais nous n’abandonnons pas. Nous irons jusqu’au bout ! »

Si elle avait l’occasion de négocier avec le gérant de société, Phal Saven lui expliquerait que les ouvrières n’ont commis aucune faute grave et qu’elles sont prêtes à reprendre le travail à l’usine. Au monde, elle souhaite surtout témoigner de l’exploitation que subissent ses collègues et elle-même, des difficultés de vivre avec des salaires totalement insuffisants face aux coûts croissants de la vie. Faire comprendre que cela ne peut plus durer. Malheureusement, le chômage au Cambodge est très élevé, et trouver un meilleur travail dans une autre usine est extrêmement difficile...

Pourquoi continuer ?
« Je crois dans la justice. L’épreuve que nous endurons ensemble dans l’usine nous tient soudées. La volonté de changer les choses fait notre force. Beaucoup de gens sont là pour nous aider, et surtout le secrétariat de C.CAWDU. »

Phal Saven émet un appel. Un appel à faire pression sur l’usine et sur le Ministère du Travail. Cette pression, vous pouvez l’exercer via une pétition disponible sur le site de la campagne internationale « Vêtements Propres » (Clean Clothes Campaign)

Hilde Van Regenmortel, gestionnaire de programmes Asie du Sud-Est.


Soutenez les ouvrières de Kings Land dans leur lutte pour de meilleures conditions de travail. Votre solidarité est fondamentale pour changer les choses. Signez la pétition ici.


En savoir plus :
- Salaire et pouvoir d’achat dans le secteur textile au Cambodge
- Les ouvrières poursuivent la grève chez Kings Land

Liens :
- Brève description de C.CAWDU
- Site web de C.CAWDU (anglais)

 
 

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