Les travailleurs ne sont pas des outils, enfonçons le clou !

Officiellement lancée fin 2008, la campagne belge sur le travail décent a déjà engrangé de belles victoires. Retour sur les avancées obtenues... et sur les clous qui restent à enfoncer.
Depuis le lancement de la campagne, Oxfam-Solidarité et les autres membres de la coalition belge pour le travail décent n’ont pas chômé : organisation de séminaires pour les responsables politiques, récolte de pétitions dans les festivals, séances d’information dans les entreprises, actions médiatiques, sensibilisation des jeunes dans nos ateliers d’immersion... Jusqu’à présent, les résultats obtenus grâce à cette mobilisation sont encourageants. Mais il reste du pain sur la planche. Petit aperçu.
Batailles remportées...
Premier résultat à saluer : la mobilisation des citoyens. En un an, près de 100.000 personnes ont signé la pétition portée par les membres de la coalition. Celle-ci exige des autorités belges et européennes qu’elles placent le travail décent au cœur de leur politique internationale et qu’elles établissent des règles destinées à garantir le travail décent à tous les niveaux de la chaine de production. A elle seule, Oxfam-Solidarité a récolté 17.000 pétitions. ce soutien populaire a permis d’appuyer nos revendications et d’engranger les résultats politiques suivants :
Le travail décent a été intégré à la nouvelle loi belge sur la coopération au développement. Dorénavant, la politique de coopération belge aura également comme mission d’améliorer des conditions de travail dans le Sud. Le gouvernement devra rendre des comptes à ce niveau, tout comme il le fait pour d’autres thèmes transversaux comme le genre, l’environnement, le climat ou les droits de l’enfant.
Le Parlement fédéral a voté une résolution exigeant du Gouvernement qu’il impose le respect de normes sociales plus strictes dans ses relations internationales, y compris dans les accords d’investissement qu’il conclut avec d’autres pays. Votée par tous les partis démocratiques, cette résolution constitue un levier politique important pour faire avancer le travail décent dans l’agenda international de la Belgique.
Les gouvernements flamand, wallon et bruxellois ont inscrit dans leur déclaration gouvernementale la nécessité d’inclure des normes sociales dans leurs accords internationaux de commerce et d’investissement.
La pression exercée par la Coalition au Parlement et dans les cabinets ministériels a permis de faire capoter l’accord d’investissement entre l’Union Économique Belgo-Luxembourgeoise et la Colombie. Cet accord ne contenait en effet pas – à la demande de la Colombie - de clauses relatives aux droits du travail alors que ce pays est connu pour les violations régulières des droits des travailleurs. Le rôle et l’expertise d’Oxfam-Solidarité se sont révélés décisifs dans ce dossier.
Le Conseil Fédéral du Développement Durable (CFDD) a appelé le gouvernement belge à intégrer le respect des droits du travail dans les critères des appels d’offres publics. Il a également plaidé pour que la présidence belge de l’Ue mette le respect du travail décent à l’agenda de la politique commerciale européenne.
... et clous à enfoncer
D’autres dossiers ont par contre eu plus de mal à avancer au cours de la première année de campagne. Parmi ceux-ci, deux en particulier doivent retenir notre attention :
La réforme de l’Office national du Ducroire. Cette institution publique a pour mission de financer et d’assurer les projets des entreprises belges à l’étranger. La coalition fait pression pour que ce soutien soit conditionné au respect des normes fondamentales du travail. Jusqu’à présent, les propositions de réforme à l’étude au Parlement n’ont pu aboutir, du fait notamment de l’instabilité gouvernementale et de la priorité donnée par les partis politiques aux questions communautaires.
L’adoption d’une loi sur la transparence des entreprises. Les membres de la coalition se sont régulièrement entretenus avec la ministre du Travail afin de mettre sur pied une proposition de loi qui obligerait les entreprises belges à faire lumière sur le respect des conditions de travail auprès de leurs fournisseurs et sous-traitants. mais une fois encore, l’instabilité politique ambiante a gelé le processus.
Sur ces dossiers comme sur de nombreux autres, Oxfam-Solidarité et ses alliés continueront de faire pression. Le respect des travailleurs ne peut être l’otage des querelles communautaires belgo-belges. Nous continuerons donc à taper sur le clou !
Frédéric Janssens
Article issu du magazine Globo n°30 (juin 2010) : "STOP ! Les travailleurs ne sont pas des outils."
Plus d’infos sur la campagne : www.oxfamsol.be/travail


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