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25 juillet 2006

Les réponses actuelles aux crises alimentaires sont un échec pour l’Afrique

Depuis 50 ans, Oxfam s’est attachée à apporter une réponse aux crises alimentaires. Aujourd’hui, l’organisation humanitaire demande à la communauté internationale d’examiner sérieusement les approches actuelles pour savoir si, oui ou non, elles sont probantes. Dans un nouveau rapport, Oxfam soutient que de nouvelles méthodes et de plus amples moyens sont requis si l’on souhaite répondre à long terme aux besoins et à la lutte contre la famine en Afrique.

Dans son rapport intitulé « Les causes de la famine : une vue d’ensemble de la crise alimentaire en Afrique », Oxfam souligne que la moyenne des urgences alimentaires en Afrique a triplé depuis le milieu des années 80. Ce rapport soutient que, bien souvent, les interventions alimentaires d’urgence ne répondent que partiellement aux problèmes, et qu’un appui à long terme à l’agriculture, aux infrastructures et aux systèmes sanitaires et sociaux est vital dans les pays vulnérables.

Alors que l’aide alimentaire est appropriée dans certaines situations, le rapport montre qu’elle est souvent trop tardive, trop onéreuse et trop politisée. Il fait également remarquer que les ravages du VIH/SIDA, les conflits et les changements climatiques sont des causes majeures des crises alimentaires. Des causes pour lesquelles une réponse est possible.

Investir à long terme contre un "tsunami silencieux"

Barbara Stocking, Directrice d’Oxfam UK : “Dans certaines régions d’Afrique, le cycle de désastre et d’insécurité alimentaire peut être amoindri, mais uniquement si le monde répond aux causes de ces crises. Alors que l’aide humanitaire est toujours plus importante, les donateurs et les gouvernements n’appuient pas suffisamment les stratégies à long terme, nécessaires pour réellement aider les pauvres d’Afrique".

Le rapport est publié au moment où de nouvelles crises humanitaires menacent le Niger. Un pays où au moins un million de personnes font face à une crise alimentaire sévère à l’approche de la période de soudure qui s’étend de juillet à octobre. Au même moment, en Afrique de l’Est, près de 11 millions de personnes ont un besoin urgent d’assistance. Une situation qualifiée de « tsunami silencieux » par un haut responsable de l’ONU. Malgré cela, les appels constants des Nations Unies restent sous-financés.

Repenser et dépasser l’aide alimentaire

L’idée que l’aide alimentaire d’urgence demeure l’outil majeur pour répondre à l’insécurité alimentaire est tenace au sein de la communauté internationale. Hormis les récentes initiatives de quelques donateurs ayant acheté leur aide alimentaire dans les pays en développement, la majeure partie de l’aide alimentaire reste encore importée. Cela signifie donc qu’elle peut mettre jusqu’à cinq mois pour arriver à destination, et coûter près de 50% plus cher que la nourriture produite localement.

Bien que l’aide alimentaire joue un rôle important dans les situations d’urgence, elle ne doit pas être considérée comme la seule et unique réponse à l’insécurité alimentaire, particulièrement dans les régions ou la pauvreté est la cause principale de famines. D’autres solutions innovantes peuvent également être apportées, comme le transfert d’argent, les bons d’alimentation et les programmes "argent contre travail".

Une estimation à court terme montre que ces dernières années, les dépenses en faveur de l’aide humanitaire n’ont cessé d’augmenter, alors que l’aide en faveur de la production agricole a chuté de 43% entre 1990-92 et 2000-02.

Les conflits, le VIH/SIDA et les changements climatiques aggravent les crises alimentaires

- Les conflits sont à l’origine de plus de la moitié des crises alimentaires en Afrique. La situation actuelle au Darfour, où 3,4 millions de personnes sont sous assistance alimentaire, est un exemple probant de la désastreuse urgence humanitaire qu’engendrent les conflits.

- Le VIH/SIDA met à mal une des plus importantes ressources pour la production alimentaire : la population. On estime que vers 2020, un cinquième de la main d’œuvre agricole en Afrique du Sud aura été décimée par le VIH/SIDA.

- Les changements climatiques menacent la vie des petits propriétaires terriens et des pasteurs nomades d’Afrique. Les recherches prédisent que vers 2080, environ 60 millions d’africains supplémentaires seront menacés par la famine, à cause de l’augmentation globale des températures.

Barbara Stocking poursuit, "Cela coûterait bien moins cher au monde de faire, aujourd’hui, des investissements massifs pour mettre a mal les racines de la famine, au lieu de continuer ce cycle du trop petit et du trop tardif. Un cycle qui, pendant près d’un demi-siècle, a constitué la seule réponse apportée à la famine."

Oxfam appelle à l’action

Selon l’Organisation des Nations Unies pour le développement de l’Agriculture (FAO), la proportion d’envois d’urgence de nourriture a plus que doublé sur les vingt dernières années. Mais ce que les hommes ont perturbé, ils peuvent tout autant le réparer. Voilà pourquoi, aujourd’hui, Oxfam en appelle à certaines actions.

- Les donateurs, et particulièrement les Etats Unis, doivent réexaminer leur politique d’aide alimentaire, délier leurs contributions et faire en sorte d’accroître la part de la nourriture achetée localement. Ils doivent également assurer plus d’interventions pour venir en aide aux vies les plus menacées.

- Les gouvernements africains doivent se soumettre aux engagements pris par les chefs d’Etats lors du sommet de l’Union africaine en 2003. Des engagements qui visent à augmenter les dépenses en faveur du secteur agricole a hauteur de 10% de leur budget annuel. Les gouvernements doivent également établir, a long terme, des programmes de protection sociale à destination des populations menacées par une insécurité alimentaire chronique, et prévoir des ressources disponible en cas de nécessité.

- Les organisations humanitaires, les donateurs, les Nations Unies et les gouvernements doivent également renforcer l’utilisation de solutions alternatives à l’aide alimentaire, tels que des programmes d’aide au développement local, afin d’offrir aux populations une assistance flexible et durable.

Quelques chiffres

- Entre 1981 et 2001, le nombre de personnes en Afrique subsaharienne vivant avec moins de 1 dollar par jour a doublé. Il est aujourd’hui de 313 millions de personnes, soit 46% de la population.

- En République Démocratique du Congo (RDC), 71% de la population est sous-alimentée. Dans le Nord de l’Ouganda, 48% des enfants présentent des retards de croissance en raison d’une malnutrition chronique.

- Entre 1997 et 2003, l’aide humanitaire en Afrique a plus que triplé, passant de 946 millions de dollars à environ 3 milliards de dollars. Par comparaison, l’aide à la production agricole en Afrique subsaharienne a diminué, passant de 1,7 milliards de dollars en 1990-92 à 974 millions en 2000-02.

- 48% des vivres du Programme Alimentaire Mondial (PAM) proviennent des Etats Unis, en grande partie de productions agricoles subventionnées. Le PAM préfère la souplesse qu’offre un achat local ou régional, mais seule une petite partie des dons que reçoit le PAM se font en argent.

- En Afrique subsaharienne, 26 millions de personnes sont infectées par le VIH/SIDA. Cela représente 60% des personnes vivant avec le VIH/SIDA dans le monde. Vers 2020, on estime qu’un cinquième de la main d’œuvre agricole de l’Afrique du Sud aura été décimée par le VIH/SIDA.

Le rapport complet en français

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Pour plus d’infos, interviews ou photos :

- En Belgique : Thierry Kesteloot
02 501 67 55 - tke(at)oxfamsol.be

- A Nairobi/Afrique de l’Est : Beatrice Karanja
+254-202820136 ou +254-733632810, bkaranja(at)oxfam.org.uk

- A Dakar/Afrique de l’Ouest : Lauren Gelfand
+221-6394178 - lgelfand(at)oxfam.org.uk

- A Johannesbourg/Afrique du Sud : Caroline Hooper-Box
+27-824603184 - chooperbox(at)oxfam.org.uk

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