social

Souveraineté alimentaire

17 octobre 2006

Les pays en développement doivent pouvoir définir leurs politiques agricoles

Les pays en développement sont forcés d’ouvrir leurs marchés, inondés par des importations alimentaires bon marché.. Des millions de producteurs et travailleurs agricoles vivent dans la pauvreté parce qu’ils ne sont pas compétitifs par rapport aux produits importés.

Ceci est analysé et illustré dans le nouveau rapport d’Oxfam ‘Enfoncer la porte’ qui se penche sur le cas du riz.

Téléchargez le rapport "Enfoncer la porte : En quoi les prochaines négociations de l’OMC menacent les agriculteurs des pays pauvres" (pdf-625K)

Les revenus de centaines de millions d’agriculteurs de pays en développement sont insuffisants pour vivre dignement. La cause principale en est la concurrence venant d’importations alimentaires bon marché.Les pays riches utilisent depuis longtemps le FMI (Fonds Monétaire International) et la Banque mondiale, et des accords commerciaux bilatéraux agressifs, pour ouvrir la porte des marchés des pays en développement. Aujourd’hui, l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) constitue une fois encore le champ de bataille où les pays en développement se voient forcés de réduire leurs tarifs douaniers. Cette tendance pourrait entraîner un accroissement de leur vulnérabilité, anéantir le développement économique de zones rurales, menacer la sécurité alimentaire et plonger des millions de paysannes et paysans dans une grande pauvreté, a annoncé le rapport « Enfoncer la porte ».

La promesse a été faite aux pays en développement que les produits vivriers de base seraient exemptés des réductions tarifaires à l’OMC. Toutefois plusieurs pays riches tentent à présent de revenir sur leur promesse. Les Etats-Unis ont déclaré notamment qu’ils n’accepteraient qu’un « nombre très limité » d’exemptions. Cela n’a pas empêché les Etats-Unis et l’Union Européenne en particulier d’adapter leurs subventions agricoles de telle sorte qu’elles apparaissent conformes aux règles de l’OMC, leur permettant ainsi de poursuivre le dumping de produits comme le riz, le blé, le lait, le sucre et le coton à des prix bien en deçà de leurs coûts de production réels.

Des conséquences dramatiques pour le secteur du riz Le rapport d’Oxfam montre à quel point ce problème est sérieux pour l’aliment de base le plus important du monde, le riz. La moitié de la population mondiale dépend principalement du riz pour son alimentation. Dans les pays où le riz représente une denrée vitale pour lutter contre la faim et réduire la pauvreté, les gouvernements utilisent l’agriculture et les politiques commerciales - comme les taxes à l’importation - pour encourager le développement rural, pour sauvegarder les moyens de subsistance des petits cultivateurs ou pour accroître la productivité du secteur.

Si l’Etat diminue son soutien de manière prématurée et que les tarifs sont réduits, cela risque d’engendrer un afflux d’importations bon marché. Qu’elles proviennent d’exportateurs de riz compétitifs comme le Vietnam ou la Thaïlande ou des Etats-Unis grâce à des soutiens publics, ces importations menacent les moyens de subsistance de millions de familles d’agriculteurs et hypothèquent toute perspective de développement rural. Parmi les pays les plus affectés on compterait l’Inde, la Chine, le Nicaragua, le Honduras ou encore l’Egypte, pays regroupant plus de 200 millions de producteurs.

Chaque année, les Etats-Unis dépensent 1,3 milliard de dollars en subventions dans le but de soutenir la production rizicole. Ces subventions favorisent le dumping de 4,7 millions de tonnes de riz sur les marchés mondiaux, en le vendant à 34% en dessous des coûts de production.« Le riz américain ne serait pas compétitif sans les subventions massives de l’Etat. Il est scandaleux de voir que les pays pauvres sont obligés de rivaliser avec les Etats-Unis. Et pire encore, on leur refuse le droit de se défendre face au dumping » dit le rapport.

En 1995, le FMI a forcé Haïti à réduire ses tarifs douaniers sur le riz de 35% à 3%, entraînant une augmentation des importations de plus de 150% entre 1994 et 2003. Aujourd’hui, les trois quarts du riz consommés en Haïti viennent des Etats-Unis. Pour Riceland Foods of Arkansas, la plus grande usine de riz au monde, c’est une bonne nouvelle. Les bénéfices de Riceland ont fait un bond de 123 millions de dollars entre 2002 et 2003 grâce, en grande partie, à une augmentation de 50% des exportations, principalement vers Haïti et Cuba. Cependant, cela porta un coup terrible aux cultivateurs haïtiens en particulier dans les zones consacrées à la culture du riz qui enregistrent les taux de malnutrition et de pauvreté les plus élevés.

Au Ghana, les pressions exercées par la Banque mondiale et le FMI afin d’encourager une déréglementation ont causé une hausse des importations de riz. Cela a incité le parlement à approuver en 2003 une majoration des prix de soutien pour le riz local. Mais le FMI, poussé par son « intérêt à poursuivre une politique de libre-échange pour le Ghana », fit pression sur le gouvernement pour qu’il revienne sur son engagement.

Conclusions et recommandations

Pour sortir de cette impasse, les pays en développement doivent être autorisés à réglementer les flux commerciaux pour soutenir l’agriculture afin que la sécurité alimentaire, le développement rural et la croissance à long terme puissent être garantis. Ils doivent avoir le droit de déterminer leur propres politiques agricoles.

Durant la période précédant la Conférence ministérielle de l’OMC de décembre 2005 (à Hong Kong), il est fondamental que les pays riches témoignent de leur volonté de négocier des politiques commerciales qui contribuent à réduire convenablement la pauvreté plutôt que de s’entêter à poursuivre leurs ordres du jour bornés servant leurs propres intérêts et les bénéfices des entreprises.

Le rapport d’Oxfam contient les recommandations suivantes :

- Chaque nouvel accord de l’OMC doit permettre aux pays en développement de réglementer les importations de produits qui menace les moyens de subsistance des cultivateurs.
- Les pays riches doivent arrêter de négocier des accords commerciaux bilatéraux visant à obliger les pays en développement à ouvrir leurs marchés.
- Le FMI et la Banque mondiale doivent arrêter de contraindre les gouvernements pauvres à réduire systématiquement leurs tarifs douaniers.
- Les gouvernements des pays pauvres doivent garantir que leur politiques agricoles contribuent à réduire la pauvreté.

Téléchargez le rapport "Enfoncer la porte : En quoi les prochaines négociations de l’OMC menacent les agriculteurs des pays pauvres"(pdf-625K)

Contact presse

Thierry Kesteloot, Oxfam-Solidarité Tél : 02/501.67.55 - 0475.54.37.23 ; email : thierry.kesteloot(at)oxfamsol.be

Kingsley Ofei-Nkansah, président de la GAWU (Ghana Agricultural Workers Union) a participé pour Oxfam à la recherche sur le riz au Ghana.

Il sera en Belgique le jeudi 14/4 pour une conférence de presse à 10h à l’Eurovillage Hotel (Bd Charlemagne à Bruxelles) dans le cadre de la Semaine Globale d’Action et disponible pour des interviews en anglais.