Les jeunes Haïtiens s’ élèvent contre la violence liée au genre
En Haïti, Oxfam travaille avec des organisations partenaires locales autour de la problématique de la violence liée au genre. Jane Beesley, responsable communications d’urgence d’Oxfam Grande-Bretagne, a rendu visite a un des partenaires actif dans la communauté de Croix-des-Bouquets, à l’est de la capitale Port-au-Prince.
En plus d’offrir des formations, de développer des systèmes d’orientation vers des structures spécialisées et d’organiser des campagnes de sensibilisation, Oxfam travaille avec ses partenaires pour développer une solide réponse stratégique face à cette problématique, en coopération avec la société civile et les autorités locales, y compris la police. Un de ces partenaires, ACSIS ( Action Communautaire Solidarité Intervention Sociale), est très impliqué dans le combat contre la violence liée au genre dans la communauté de Croix-des-Bouquets. Jane Beesley a rencontré quelques jeunes membres de cette organisation.

« Je ne savais pas qu’un petit ami pouvait violer sa propre copine »
La violence liée au genre est depuis longtemps un problème majeur en Haïti. Mais depuis le tremblement de terre de janvier 2010 celle-ci a encore empirée et les cas d’agressions sexuelles et de viols ont augmenté, en particulier dans les camps de réfugiés où plus d’un million de personnes ont trouvé refuge.
Les jeunes que j’ai rencontrés sont des étudiants volontaires, âgés de 20 à 35 ans. Il sont actifs au sein d’ACSIS, une organisation crée peu après le tremblement de terre. « Nous avons décidé de nous engager en groupe pour notre communauté », explique Azor Richardson (T-shirt vert). « Il y a beaucoup de violence dans cette communauté et travailler avec Oxfam était pour nous une opportunité de s’impliquer aider à la réduire ».
Une des premières choses que le groupe m’a dit, c’est qu’ils ne savaient pas ce que signifiait précisément la violence liée au genre avant la formation d’Oxfam. Ils ont entre-temps réalisé que celle-ci ne concerne pas uniquement les femmes et peut également toucher les hommes et les enfants.
Beneicia Aoxidor (T-shirt noir) avoue candidement : « Je ne savais pas qu’un petit ami pouvait violer sa propre copine. Je pensais que cela concernait uniquement les faits commis sur des femmes par des personnes qu’elles ne connaissent pas. » Les autres jeunent hochent la tête en signe d’approbation.
Formations autour de la violence liée au genre
La chaleur qui règne dans leur bureau ne semble pas les déranger le moins du monde. Ils racontent leur expérience avec enthousiasme et ne sont jamais à court d’arguments . Pierre Jiphie (T-shirt jaune) explique quel rôle Oxfam a joué dans leur développement personnel. « Oxfam a organisé des formations pratiques sur la violence liée au genre pendant lesquelles nous avons fait de nombreux exercices pratiques, développé des stratégies pour répandre des messages et mettre en place des structures d’accueil et appris la meilleure façon de mobiliser la communauté ».
« Nous avons étudié les différentes formes de la violence liée au genre et les conséquences pour les victimes, la famille et la communauté en général », explique Pierre. « Le plus important problème en Haïti est le manque de sensibilisation à cette thématique », ajoute-t-il. « beaucoup de mythes existent encore au sujet de ce type de violence ».
« Un de ces mythes », raconte Kerline Dorvelus (à droite sur la photo), « c’est que les hommes croient qu’ils ont le droit de battre leur femme quand elle a fait quelque chose de mal ou quelque chose qu’ils n’apprécient pas. »
Le travail du groupe a suscité différentes réactions de la part de la communauté – certaines positives, d’autres négatives. « Nous avons été accusés d’essayer de faire croire aux femmes qu’elles sont supérieures aux hommes, tandis que d’autres étaient conscients de l’importance de la sensibilisation à ces thèmes », poursuit Pierre. Quand ils expliquent que les hommes peuvent également être victimes de violence liée au genre, ils deviennent plus réceptifs et intéressés.
Nous devons nous montrer forts
Les jeunes constatent déjà une évolution dans leur travail. « Notre message n’est pas encore passé à 100%, mais nous avons pu engranger quelques succès » dit fièrement Kerline. « Un jeune homme qui battait régulièrement sa copine a été invité à une de nos session et a maintenant changé son comportement, comme nous l’a expliqué sa copine. »
Certains parlent ouvertement des changements qu’ils ont constatés eux-mêmes, comme en témoigne Kerline : « Quand vous nous regardez, vous voyez des jeunes, mais à cause la la violence de genre nous ne le somment plus vraiment », témoigne Kerline.
Quand nous rencontrons des victimes, nous sommes supposés être forts et avoir une oreille attentive. Si nous montrons de l’émotion, cela pourrait affecter la victime », dit Azor Johnny (T-shirt rouge). Et d’ajouter après une courte pause : « Tout ce que nous entendons est confidentiel, et nous ne pouvons pas le partager avec des amis ou notre famille. » L’un ou l’autre admet qu’il aimerait avoir quelqu’un à qui parler. Par la suite, j’apprends qu’Oxfam va cherche des personnes de confiance afin qu’ils puissent se confier à quelqu’un.
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Pendant ce temps, Pierre tient à m’expliquer ce qu’ils retirent de leur travail avec Oxfam : « Nous travaillons désormais plus en équipe et avons redéfini le but de notre organisation. En grandissant, nous devenons également plus indépendants et apprenons à faire connaître notre organisation et à résoudre les problèmes et conflits éventuels. »
Ils sont en tout cas d’accord sur un point : Ils ont encore beaucoup à apprendre et espèrent qu’Oxfam continuera à travailler avec eux. Même si certains pensent retourner aux études, ils assurent qu’ils continueront à distiller leur message, par exemple auprès des autres étudiants.
ACSIS, ainsi que deux autres organisations partenaires d’Oxfam travaillant sur la violence basée sur le genre (FRADES et le Réseau Santo), ouvriront bientôt des centres d’accueil pour les personnes touchées par la violence de genre.
Pour en savoir plus :
Consultez la rubrique Violence faite aux femmes
Lisez l’article expliquant le travail d’un autre partenaire d’Oxfam Solidarité Fanm Ayisyen
Contactez Ka Aneca via kan(at)oxfamsol.be ou au 02 501 67 45


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