Les financements climat ne doivent pas alourdir la dette des pays en développement

A l’occasion de la conférence de Bonn, qui marque la reprise des négociations sur le climat sous l’égide de l’ONU, Oxfam publie le rapport "Les questions à 100 milliards de dollars". Oxfam y explique pourquoi elle est opposée au recours à des prêts pour aider les pays pauvres à s’adapter au changement climatique, et propose des alternatives.
A Copenhague, les pays riches se sont engagés à octroyer 100 milliards de dollars (80 milliards d’euros) par an d’ici 2020 aux pays pauvres, pour financer leur lutte contre le changement climatique et leur adaptation face à ses impacts.
Mais si cette aide survient sous forme de prêts, comme il a été récemment proposé, ce serait une réelle catastrophe pour des pays déjà surendettés : « Dans un contexte de crise économique, alors même que plusieurs pays pauvres sont contraints de réduire considérablement leurs budgets santé et éducation, les pays riches envisagent de les endetter davantage en réponse à une crise dont ils ne sont pas responsables et dont ils sont les premiers à subir les conséquences » souligne Brigitte Gloire, responsable du plaidoyer climat pour Oxfam-Solidarité. « C’est comme si vous accidentiez la voiture de votre voisin et lui proposiez ensuite un prêt pour couvrir les dégâts. »
L’inquiétude d’Oxfam semble justifiée, alors qu’il est devenu clair qu’une part importante des financements court terme, qui doivent être versés entre 2010 et 2012, seront des prêts et non des subventions. Tout en reconnaissant la nécessité de prêts à faible taux d’intérêt pour aider les pays pauvres à adopter un développement peu polluant, Oxfam s’oppose fermement à l’utilisation de prêts pour aider ces communautés à s’adapter aux impacts du changement climatique.
De nouveaux mécanismes de financement pour le climat
Le rapport "The $100billion questions" établit une feuille de route claire sur la façon dont les pays riches peuvent non seulement garantir les 100 milliards de dollars promis, mais aussi les doubler d’ici à 2020. Il propose de nouveaux mécanismes de financement pour garantir que les gouvernements ne ponctionnent pas les budgets d’aide au développement existants ou futurs :
100 milliards de dollars par an grâce à une taxe sur les transactions financières mondiales – une taxe de 0,05% qui pourrait fournir 400 milliards de dollars par an pour la santé, l’éducation et la lutte contre le changement climatique.
20 à 30 milliards de dollars par an grâce à la création d’un régime d’échange de droits d’émissions dans les secteurs maritimes et aériens internationaux. Cela permettrait de plafonner les émissions de ces secteurs, mais aussi de dégager des financements climat.
75 milliards de dollars par an en contributions publiques pour les pays riches selon leur responsabilité historique et leur capacité financière. Elles pourraient être retenues sur les revenus de la mise aux enchères des quotas d’émission ou prélevées sur les budgets actuellement utilisées pour subventionner les énergies fossiles et les industries à fortes émissions carbone.
16 milliards de dollars par an d’ici à 2012 par le FMI sous forme de prêts à faible taux d’intérêt pour un développement sobre en carbone. En utilisant 120 milliards de dollars des droits de tirage spéciaux des pays riches comme capital, des « titres verts » pourraient être émis, qui pourraient récolter 40 milliards de dollars par an. Ceux-ci permettraient de garantir des prêts pour des investissements dans les énergies non polluantes dans les pays en développement.
Ne pas se reposer uniquement sur les forces du marché
Quels que soient les fonds alloués finalement aux pays pauvres, il est important qu’une part provienne de financements publics.
S’il est vrai que les entreprises ont un rôle à jouer dans les investissements verts, il est probable qu’elles se concentrent sur des projets à grande échelle et à grand rendement financier, comme l’agriculture d’exportation. Les projets de petite envergure, mais vitaux pour la survie des petits paysans (ex. replanter de la mangrove, développer des systèmes d’irrigation...), seraient alors négligés.
Se reposer uniquement sur les forces du marché pour agir contre les impacts du changement climatique reviendrait à oublier l’agriculture vivrière, et donc les millions de familles qui en vivent.
Oxfam appelle les négociateurs présents à Bonn à faire des financements climat leur priorité pour 2010. Un cadre clair pour récolter et doubler les 100 milliards de dollars promis de fonds publics doit être approuvé d’ici au sommet de Cancún en décembre cette année.
Pour plus d’infos :
Contact presse : Brigitte Gloire, responsable du plaidoyer Climat d’Oxfam-Solidarité
Tél : 02 501 67 53 - GSM : 0494 588 606 - e-mail : bgl(at)oxfamsol.be
Lisez le rapport d’Oxfam "Les questions à 100 milliards de dollars"
Signez vous aussi la lettre adressée aux ministres Paul Magnette et Philippe Henry, en charge du climat


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