social

Violence contre les femmes

23 mars 2009

Les femmes africaines veulent avoir leur mot à dire !

Début mars, Mary Robinson et Nyaradzayi Gumbonzvanda se rendaient en Afrique centrale afin d’y rencontrer les organisations de femmes. De passage à Bruxelles pour une conférence de presse, elles lancent un appel à soutenir les initiatives des femmes.

« Dans toute la région des Grands Lacs, par-delà les frontières, il existe une réelle solidarité entre femmes », rapporte Mary Robinson, ex-présidente d’Irlande et ancienne Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme.

« Qu’elles soient du Rwanda, du Liberia ou de la République démocratique du Congo, ces femmes sont solidaires car elles ont toutes, à un moment ou à un autre, été confrontées à la violence, aux abus ou à l’impossibilité de se faire entendre. Dans ces sociétés très changeantes, où tant d’intérêts post-coloniaux rentrent en ligne de compte et où la corruption n’est jamais loin, elles ont dû lutter pour leur survie et celle de leur famille. La force de ces femmes est tout simplement impressionnante. »

Une protection inadéquate
Si fortes qu’elles soient, ces femmes n’en restent pas moins la cible première des violences qui affectent la région, en particulier à l’est du Congo. Les troupes rebelles ont beau s’être officiellement retirées, elles constituent encore une menace pour la population. Régulièrement, des incursions ont lieu dans les villages, faisant fuir les habitants et compliquant considérablement l’acheminement de l’aide humanitaire.

« Les femmes demandent la justice et la stabilité », explique Nyaradzayi Gumbonzvanda, Secrétaire générale de la World Young Women’s Christian Association. « Il est important de démobiliser les troupes rebelles et de les intégrer dans l’armée régulière, mais aucun accompagnement ou programme sérieux n’est prévu pour accompagner ce processus et protéger les femmes. Celles-ci pourront donc se retrouver face à leurs anciens agresseurs, désormais intégrés dans l’armée ou dans la police. A ne va pas ! »

« Le renforcement annoncé de la MONUC, la mission des Nations Unies pour le Congo, est une bonne chose, mais il ne faut pas se limiter à faire venir 3.000 soldats supplémentaires » poursuit Mary Robinson. « Il faut également renforcer le mandat de cette mission, mettre en place un programme de sécurité dans l’entraînement des militaires et s’assurer que le système judiciaire fonctionne. Une approche axée sur le genre s’impose dans tout ce travail pour mettre fin aux violences qui affectent les femmes ».

La parole aux femmes !
« Les femmes veulent jouer un rôle majeur dans les processus de changements que connait toute la région. Beaucoup sont prêtes à se retrousser les manches et à agir. Des juristes, des enseignantes, des parlementaires, d’anciennes victimes de violence et d’abus... » enchaîne Nyaradzayi Gumbonzvanda.

« Durant notre mission, une femme a accepté de témoigner de sa terrible expérience. Violée à plusieurs reprises, elle n’a pas hésité à expliquer en public ce qui s’était passé. En général, les victimes sont plutôt encouragées à se confier dans un environnement plus privé. Mais elle voulait que son histoire soit entendue. Qu’elle serve afin que des mesures soient prises et que d’autres femmes puissent vivre en sécurité. »

Jouer un rôle majeur passe aussi par une représentation politique juste. En RDC, les femmes ne représentent encore que 10 % des parlementaires. Au Rwanda, elles occupent plus de la moitié des sièges (56%) et se retrouvent à des postes de décision à tous les niveaux de la société.

« Un plan d’action spécifique a été mis en place dans ce pays, soutenu par le président Kagamé et bénéficiant de l’implication des organisations de femmes », explique Mary Robinson. « Grâce aux efforts déployés par les femmes, la violence sexuelle au Rwanda est désormais reconnue comme un crime de première catégorie. C’est important car l’impunité est la pire des choses. La situation à l’est de la RDC le montre bien ».

« Il est grand temps que les leaders africains se lèvent et agissent pour défendre les citoyens les plus pauvres et les plus faibles, et que l’Europe soutiennent les initiatives mises en place par les femmes. Celles-ci exigent de jouer un rôle clé dans leur société. Elles sont un élément décisif dans la construction d’un avenir de paix et de sécurité. »