lait

Lait

13 juillet 2007

Les choix de la Commission


La Commission européenne dit vouloir défendre un modèle agricole respectueux de l’environnement et offrant des produits de qualité. En réalité, le but premier est de rendre son agriculture plus compétitive sur les marchés internationaux. A tout prix...


Une voie qui nuit à l’agriculture paysanne...
La Politique Agricole Commune (PAC) veut profondément restructurer la production agricole européenne, et prévoit pour cela d’appliquer d’importantes mesures.

Déterminée à devenir la puissance économique la plus compétitive au monde, l’Union européenne (UE) mène toute une série de négociations commerciales avec de nombreux pays du monde. Les "Accords de Partenariat Economique" (APE) négociés notamment avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, font partie de ces accords. Ils visent à imposer à ces pays l’ouverture de leurs marchés aux produits européens.

L’optique est claire : cette politique considère la nourriture comme une simple marchandise, devant être échangée sur les marchés au prix le plus bas. Un tel choix n’est évidemment pas sans conséquences pour les paysans d’Europe et des pays du Sud. Une situation parfaitement illustrée par la question du lait.

Le lait moins cher que l’eau !
En Belgique, en ce début d’année 2007, le prix d’achat au producteur de lait avoisine les 0,25€/l. Pour la Commission, c’est encore trop cher... car la Nouvelle-Zélande parvient à faire encore mieux.
- Produire moins cher, au bénéfice de qui ?
Vendre le lait moins cher, cela implique en premier lieu une diminution des bénéfices pour les agriculteurs. Or, ceux-ci font face à des coûts de production croissants. A qui profite alors cette baisse des prix ? Pas aux consommateurs, qui ne voient généralement pas le prix baisser. Les grands gagnants sont les grandes surfaces et l’industrie agro-alimentaire, qui achètent le lait à petit prix pour le transformer...
- Produire en masse avec un minimum d’agriculteurs
En 15 ans, l’Europe a augmenté sa production laitière... avec deux fois moins d’agriculteurs. Elle veut aujourd’hui supprimer les quotas laitiers (qui limitent la production) et favoriser ainsi la production de masse des grosses exploitations industrialisées. Ce genre de politique a pour effet qu’en Europe, une ferme disparaît toutes les 60 secondes.
- Produire trop et nuire aux autres
L’Europe est loin de consommer tout le lait qu’elle produit. Il y a donc des excédents. Pour pouvoir les exporter à un prix concurrentiel, les contribuables européens sont mis à profit pour financer les subsides, permettant des exportations qui détruisent les capacités de production dans les pays tiers...

Un impact injuste au Sud
Dans de nombreux pays d’Afrique, le lait en poudre importé coûte moins cher que le lait frais produit sur place. Nestlé, Lactalis, Friesland, Candia, des exportateurs belges… mais aussi des importateurs locaux de produits laitiers voient leurs chiffres d’affaires augmenter.

Face à cette concurrence, le potentiel de production laitière dans de nombreux pays d’Afrique ne peut se développer. Les paysans ont de grandes difficultés à vendre leurs produits sur les marchés locaux. En dépit de cette situation, l’Union européenne veut imposer aux pays d’Afrique d’ouvrir toujours plus leurs marchés aux importations de produits agricoles bon marché.

Actuellement, la grande majorité des paysans et des producteurs de lait vivent dans le Sud. Ils sont confrontés à la pauvreté et à la faim. Les infrastructures nécessaires pour développer le potentiel de la production laitière sont insuffisantes. Il est nécessaire que les gouvernements du Sud et la coopération investissent davantage dans le développement rural.

Le lait, une des mamelles de l’agriculture durable…

- Un pilier de l’économie rurale
La production laitière est vitale pour la survie économique de centaines de millions de paysans. Cette activité leur assure des revenus relativement rapides et journaliers, certes modestes mais réguliers et prévisibles. Cette production, qui concerne principalement des femmes, constitue un pilier du développement économique, du droit à la sécurité alimentaire et de la lutte contre la pauvreté. Elle permet de maintenir une activité économique répartie à travers l’ensemble des territoires, y compris dans des régions plus reculées.
- Un besoin de politiques agricoles fortes
L’agriculture paysanne répond à de nombreuses attentes légitimes de la société : sécurité alimentaire, emploi et développement rural, gestion durable de l’environnement et des territoires, bien-être animal, offre de produits sains et de qualité, etc. Cela implique la mise en place de politiques agricoles adaptées aux circonstances des différents pays et qui soutiennent une production durable à échelle humaine.
- Un prix qui permet de vivre de son travail
Les producteurs laitiers doivent pouvoir vivre de leur travail et vendre leurs produits sur les marchés locaux à des prix couvrant les coûts de production et leur garantissant un revenu digne. Pour cela, les Etats doivent protéger leur agriculture des importations bon marché.
- Une gestion du niveau de production
L’Europe et ses entreprises agro-industrielles ne peuvent exporter leurs excédents de production au détriment d’autres producteurs. Le niveau des quotas de production doit donc diminuer pour correspondre à la demande européenne.
- Des organisations paysannes fortes
En Europe et dans les pays en développement, les organisations paysannes doivent se renforcer pour exiger de leurs gouvernements des politiques de souveraineté alimentaire fortes et pour peser par rapport aux intérêts de l’agro-industrie.


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